d'architectures
Le magazine de la création architecturale
Bois-aluminium : Bugal mise sur l’hybridation pour réduire son empreinte
Spécialiste du garde-corps en aluminium depuis 1978, Bugal opère une mutation stratégique : sa première gamme en bois-aluminium répond aux exigences environnementales croissantes. Sous la pression de la RE2020 et des labels HQE ou BREEAM, la PME de Malville (Loire-Atlantique) lance une série de garde-corps et de claustras associant aluminium recyclable et bois certifié PEFC d’origine française.
Ce marché longtemps périphérique devient un terrain d’expérimentation pour la décarbonation : l’aluminium est réduit à l’essentiel, le bois sert de remplissage ou de structure secondaire, et l’ensemble s’appuie sur des FDES mères (SNFA1) personnalisables pour chaque chantier. En valorisant une ressource locale, l’entreprise s’aligne sur les attentes des prescripteurs et sur les stratégies bas carbone des maîtres d’ouvrage.
Techniquement, la gamme respecte les normes NF et assure la même résistance que les systèmes métalliques, tout en offrant des qualités sensibles nouvelles : confort hygrothermique, filtrage solaire naturel, chaleur visuelle. Mais la rupture reste mesurée : l’aluminium demeure porteur, notamment pour les lisses et fixations. L’innovation relève davantage d’une optimisation pragmatique que d’un basculement radical vers le biosourcé.
C’est aussi une évolution culturelle : circuits d’approvisionnement repensés, nouvelles esthétiques, assemblages hybrides… Bugal inscrit le garde-corps dans une palette architecturale plus large, entre tradition et design industriel. Comme pour d’autres produits « secondaires », le bois est autant un levier de notation environnementale qu’un choix sensoriel.
Reste à voir si la gamme convaincra durablement : vieillissement des bois, entretien, pérennité des assemblages mixtes seront déterminants. En investissant ce segment, Bugal ouvre une voie médiane : transformer progressivement des produits industriels sous contrainte climatique, sans rompre avec son savoir-faire aluminium. Une stratégie à suivre de près.
1. L’organisation professionnelle représentative des concepteurs, fabricants et installateurs de menuiseries extérieures en profilés aluminium.
www.bugal.fr $##$
Odace, une (r)évolution discrète de l’appareillage électrique
Schneider Electric refond en 2025 sa gamme Odace : design affleurant primé, installation simplifiée, connectivité native et engagement environnemental mesuré. Derrière le slogan « révolutionnairement mieux » se cache une évolution technique et esthétique qui mérite l’attention des architectes.
Côté design, l’esthétique affleurante récompensée par un iF Design Award renouvelle le langage de l’appareillage : interrupteurs et prises s’effacent dans le mur tout en conservant le format carré emblématique. Couleurs inédites et effets matière élargissent les possibilités d’intégration, des intérieurs minéraux aux réhabilitations patrimoniales, grâce aux plaques modulables Architecte.
La transformation est aussi technique : mécanisme ultra-compact (16,5 mm), ajustement automatique breveté, conversion rapide en poussoir… Schneider couvre 95 % des besoins avec 12 références principales, simplifiant la logistique et réduisant de 10 % les émissions carbone. Les supports renforcés visent la durabilité, notamment en ERP et dans les logements collectifs.
La connectivité native constitue l’autre pivot : Odace s’intègre à l’écosystème domotique Wiser, permettant le pilotage d’éclairage, de température ou de consommations via smartphone ou scénarios programmés, sans passerelle initiale. Pour les architectes, cette intégration discrète autorise une cohérence esthétique sans sacrifier la performance numérique.
Sur l’environnement, Schneider avance des chiffres précis : 57 % de plastique recyclé, 70 % de carton recyclé, suppression des plastiques à usage unique, production européenne à énergie 100 % renouvelable. On peut regretter l’absence de transformation structurelle des produits, mais l’effort reste notable dans un secteur traditionnellement lent à évoluer.
Cette refonte conjugue quatre axes — esthétique, technique, numérique et environnemental – sans rompre avec la sobriété attendue de l’appareillage mural. Reste la dépendance à l’écosystème propriétaire Wiser, qui peut freiner les projets recherchant des protocoles ouverts. Normative dans son esthétique affleurante, Odace n’en constitue pas moins une base prescriptive solide pour accompagner la montée en exigence des projets architecturaux de la décennie à venir.
Du parpaing d’argile à la brique calibrée, des panneaux préfabriqués sablés aux vitrages sous vide, les projets réunis dans ce dossier témoignent d’une même réalité : l’architecture ne se joue pas seulement dans l’invention spectaculaire, mais dans la capacité à requalifier des matériaux communs et à ajuster des procédés industriels. Les façades deviennent alors des terrains d’expérimentation où se confrontent réglementation, budgets contraints et ambitions architecturales. Entre la relecture critique du parpaing par SAME, les « ravioles » préfabriquées de Vazistas, la réhabilitation calibrée de la tour Ariane et les innovations produits qui étendent la palette des possibles, se dessine une voie faite de compromis assumés et de rigueur constructive. Ici, la technique n’est ni arrière-plan ni artifice : elle est motrice du projet, révélant comment l’existant, l’ordinaire et le standard peuvent encore être sources de formes et de performances nouvelles.