d'architectures
Le magazine de la création architecturale
À l’heure où les architectes sont enjoints à « habiter le trouble » d’un monde qui court au désastre, quel pouvoir leur reste-t-il ? Leur faut-il entrer en résistance et mettre leur pratique et leur discipline au service d’une cause ? Elles et ils sont de plus en plus nombreux à le faire. Avant d’aller à leur rencontre, il nous faudra d’abord nous demander ce que l’on entend par « l’engagement des architectes ». Dans la mesure où se mettre au service de la qualité architecturale exige une détermination inébranlable, cet engagement ne relève-t-il pas de la tautologie ? Ce mérite ne signe pourtant pas seul l’acte d’engagement. En tant que promesse, l’engagement est accompli quand, se concrétisant, il dépasse le seul périmètre du projet et de son appareil productif. Il se définit alors par sa double portée politique. D’abord par sa capacité à transformer le réel pour l’extraire du principe de « destruction créatrice » propre au monde du bâtiment. Ensuite parce que l’engagement au service d’une architecture réparatrice ne peut être solitaire : il appelle à une mobilisation collective au service du bien commun et de l’intérêt public au sens de la loi du 3 janvier 1977, qui, à l’orée de ses cinquante ans, mérite d’être ravivée. Et nous verrons qu’en tant que discipline du sensible, l’architecture fait atterrir autant d’expressions esthétiques qu’elle incarne de causes différentes.
Certains architectes décident de sauter dans le grand bain de la promotion immobilière. Leur rôle élargi leur permet de garder la maîtrise des opérations jusqu’à la commercialisation. En devenant maître d’ouvrage, ils ne se contentent plus de répondre à une commande : ils initient le projet, en définissent les enjeux, choisissent le terrain, établissent le programme et décident des arbitrages économiques.
Le hors-site – nouveau visage de la préfabrication, longtemps décriée – suscite un regain d’intérêt depuis quelques années. Une opportunité pour construire plus durablement à l’heure où la décarbonation du bâtiment est impérative, mais qui soulève toutefois un certain nombre de questions chez les architectes.
La Biennale d’architecture et de paysage d’Île-de-France est la plus importante exposition d’architecture dans l’Hexagone. Pour sa troisième édition, Sana Frini, du cabinet mexicain LOCUS, et Philippe Rahm, du cabinet français Philippe Rahm Architectes, ont été sélectionnés comme cocommissaires de l’exposition de l’École nationale supérieure d’architecture de Versailles, qui sera présentée dans les écuries du Château de Versailles jusqu’au 13 juillet.
L’exposition part du constat que la France connaîtra une hausse de 4 °C des températures d’ici 2100, faisant passer son climat de tempéré à subtropical.
Le développement durable est, comme l’écrit Pierre Caye, essentiellement une affaire de maintenance. Cela explique probablement l’intérêt croissant en France, dans le domaine de l’architecture, pour ce sujet. Non seulement Le soin des chosesde Jérôme Denis et David Pontille (La Découverte) a été lauréat en 2023 du Prix du livre d’architecture décerné par l’Académie d’Architecture, mais il a également été offert à tous les nouveaux étudiants de l’ENSA Paris-Belleville l’année dernière.
Parmi la collection des Tracts Gallimard, l’essai du biologiste Olivier HamantAntidote au culte de la performance. La robustesse du vivant a connu un vif succès éditorial depuis sa parution en 2023, car il bouscule nos idées reçues quant aux voies à suivre pour surmonter la crise socio-écologique.Sa proposition, étayée par ses observations scientifiques du vivant, est un renversement total qui détrône notre quête systématique de performance au profit d’une recherche de robustesse bien plus apte à nous faire traverser les fluctuations du monde.
Aussi provocatrice qu’elle puisse sembler, cette question conjecture au contraire une hypothèse qui pourrait s’imposer plus rapidement que les architectes ne l’imaginent. Ne plus construire – au sens ne pas construire ex nihilo – n’est pas synonyme d’immobilisme. La transformation de l’existant est une alternative à la démolition mais également à la construction neuve. Le potentiel d’action est immense sachant qu’environ 80 % du parc immobilier de 2050 est déjà sous nos yeux. Pour réhabiliter ou transformer ce patrimoine, il y aura autant, voire davantage, besoin des architectes même si leurs pratiques devront être profondément questionnées. Finalement, la question est moins de dire qu’il faut arrêter de construire que de savoir si on a encore les moyens de construire comme avant.
Jusqu’à quel point la créativité architecturale naît de la contrainte ? Assommé d’une multitude croissante de règles, l’architecte doit sans cesse composer avec des normes de plus en plus coercitives. Le cas de la façade est symptomatique d’une époque où la réglementation vient progressivement remplacer l’expertise du sachant tant il semble ne plus trouver de marge de manœuvre entre les différentes exigences techniques et esthétiques qui s’appliquent à l’interface entre l’intérieur et l’extérieur des bâtiments.
Démolir 175 000 logements pour en reconstruire 223 000 en vingt ans, c’est le pari qu’ont fait l’ANRU et ses partenaires – élus locaux, techniciens, urbanistes – pour sortir la France du « malaise des banlieues ». Ciblant les grands ensembles construits entre 1957 et 1976, qui représentent plus de 90 % des démolitions, cette entreprise d’effacement de l’histoire de la reconstruction et du patrimoine social moderne, menée au nom de la mixité sociale par la diversification de l’habitat, a montré ses limites, aussi bien sur le plan social qu’en termes de coûts financiers et environnementaux.