L’agence d’architecture : grandir ou périr ?

Rédigé par Olivier NAMIAS
Publié le 14/12/2012

Article paru dans le d'A n°214

La croissance en taille est-elle une évolution inévitable de la profession ? La complexité croissante du métier d'architecte semble y inciter. Onze pour cent du PIB national : c'est ce que représente le secteur du BTP dans l'économie nationale, une branche d'activité d'autant plus importante qu'elle est difficilement délocalisable et qu'elle parvient même à s'exporter. Elle possède de beaux champions, les fameuses « majors » du BTP incarnées par les trois mousquetaires, Vinci, Eiffage, Bouygues. Eiffage se classe cinquième entreprise du secteur au niveau européen, quand Vinci est premier groupe de construction à l'échelle mondiale.

Son chiffre d'affaires dépasse en 2010 les 34,8 milliards d'euros, ses effectifs montent à cent soixante mille employés à travers le monde. Soit près de mille fois plus que les premières agences d'architecture françaises, qui ne sont elles-mêmes qu'une fraction d'une profession s'exerçant principalement en solitaire.

L'Observatoire de la profession publié par l'ordre national des architectes* révélait que plus de 70 % des architectes exerçaient seul ou avec un salarié. La médiane des chiffres d'affaires se situe à 105 000 euros annuels. Si l'on se fonde sur les catégories établies par l'Insee, la majorité des sociétés d'architecture relèvent des micro-entreprises (moins de dix salariés) ou de la très petite entreprise (TPE), structure de moins de vingt personnes apparaissant au Top 200 à partir de la 30e place. Seules une poignée d'agences d'architecture mériteraient en France l'appellation PME ! Par comparaison, les plus grandes agences étrangères se rangent dans la catégorie supérieure, celle des ETI (entreprises de taille intermédiaire).


Des branches rémunératrices délaissées

Toujours selon l'Observatoire, 12 % seulement des agences ont un chiffre d'affaires supérieur à 500 000 euros. Celui des vingt premières entreprises est compris entre 30 millions et 12 millions d'euros ; on retrouve à peu près les mêmes noms que l'année précédente.

L'Observatoire recouvre des réalités très diverses. ADPI et Arep ne réalisent pas uniquement des missions d'architecture : elles effectuent également des missions d'études techniques, du conseil, de l'AMO. La première agence portant le nom d'un architecte est celle de Renzo Piano. Difficile d'imaginer que les 42 millions de CA soit générés par les honoraires du couvent des sœurs Clarisses à Ronchamp. Ce résultat fabuleux s'expliquerait en fait par la structure de la société : les résultats seraient centralisés sur un holding enregistré à Paris. La bonne santé de l'agence Piano et de quelques autres récipiendaires du prix résulterait de l'effet Pritzker.

Sous d'autres projecteurs, des pratiques marginales de la maîtrise d'œuvre semblent assurer un volant d'affaires confortable, comme la décoration, voire le $space planning$. Certaines agences ont ouvert des départements hôtellerie et architecture intérieure afin d'investir ces marchés qui échappent généralement aux architectes.


Qui fait l'architecture ?

L'hétérogénéité des profils reflète la dynamique de mutation de la maîtrise d'œuvre : des entreprises enregistrées suivant le code NAF 7112B, correspondant à l'activité d'ingénierie et d'études techniques, réalisent des bâtiments. C'est le cas des deux premiers du classement. Certaines entreprises d'architecture peuvent être tentées par le mouvement inverse, créant des sociétés immatriculées comme BET pour conduire le développement des projets, la conception restant dans une société au personnel restreint. Cette organisation pourrait améliorer le résultat des entreprises en diminuant l'imposition sur le chiffre d'affaires. Difficile pour l'instant de mesurer l'ampleur de ce phénomène qui n'irait pas sans risque pour la profession d'architecte, totalement incapable à terme de financer la formation continue de ses membres. En effet, les cotisations versées par une structure BET abondent une caisse professionnelle réservée au BET.

Une partie du personnel des grandes sociétés d'architecture est constituée de non-architectes : ce sont les métiers dits « supports », qui soulagent au quotidien la tâche des architectes en exercice.

Les métiers-supports concernent aussi bien les travaux de secrétariat que la gestion du réseau informatique, la communication ou le chargé de développement allant prospecter la clientèle, etc. Pour prendre l'exemple d'Arte Charpentier, sur les soixante-dix salariés de l'entreprise, vingt ressortent de la catégorie des métiers-supports. Ces postes sont loin d'être un confort superflu. Ils permettent à l'architecte de se soulager d'une partie des tâches toujours plus lourdes pour se consacrer davantage au projet.

L'intégration de ces métiers pourrait constituer une incitation au regroupement des plus petites agences, tant il paraît difficile à une personne seule de faire face à la complexité du métier. Cette logique sera sans doute mal admise dans une profession jalouse de son indépendance, qui a fait de l'artisanat son modèle d'exercice. Il faut pourtant savoir qu'une autre profession libérale se pose le problème dans des termes similaires. Les médecins envisagent le regroupement comme réponse à l'accroissement de complexité qui touche également leur métier. Pour en revenir aux agences d'architecture, même des structures de taille conséquente ont pu fusionner.


* Observatoire de la profession d'architecte 2011, téléchargeable sur le site de l'ordre national des architectes : <http://www.architectes.org/outils-et-documents/publications-de-l-ordre/observatoire-de-la-profession-2011>

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