Béton bas carbone : Manifeste pour une fragilité heureuse (1/7)

Rédigé par Karine DANA
Publié le 04/05/2022

Startup Lions Campus, Turkana County, Kenya, architecte Francis Kéré

Dossier réalisé par Karine DANA
Dossier publié dans le d'A n°298

Matériau Barbapapa par excellence depuis les années d’après-guerre, le béton cristallise aujourd’hui toutes les angoisses liées à la crise environnementale, notamment dans le secteur du bâtiment. Accusé d’être responsable de l’hyper-urbanisation, de se poser comme l’arme massive du capitalisme et de rendre le monde uniforme et monotone, il porte aujourd’hui toutes les imputations morales, politiques et énergétiques de notre société. Unilatérale et matérialiste, cette vision n’en est pas moins représentative de la pensée dominante dans toutes ses contradictions. Faudrait-il alors préférer une solution tout-bois – qui aurait autant d’effets dévastateurs sur l’environnement ?

Plutôt que de se focaliser sur les torts du béton, ce qui mène d’ailleurs à des politiques de remplacement infructueuses – car les ressources sont manquantes et qu’il serait aberrant de se priver d’un matériau si performant et si complet –, il s’agit donc aujourd’hui, certes, d’en réduire intrinsèquement l’impact en optimisant notamment la formulation et l’acheminement, mais surtout de questionner les manières de construire. Conduisant à sortir de toute approche exclusive, ce point de vue est passionnant pour les architectes. Et c’est bien là tout l’engagement concentré dans ce dossier « parlé » : remettre au centre du débat sur les matériaux bas carbone l’architecture et l’intelligence constructive. En première ligne, c’est le mode intensif d’utilisation du béton, générant des constructions ultra-rigides, très vite mises en œuvre, de plus en plus épaisses, inflexibles et si lourdes, qui doit aujourd’hui polariser toutes les attentions. Il est d’ailleurs unanimement dénoncé par les architectes que nous avons interrogés pour ce dossier. L’embonpoint de nos mégalopoles et l’affaissement qu’il provoque – aggravé par le réchauffement climatique, la montée du niveau des mers et le pompage excessif des eaux souterraines – menacent d’ailleurs d’engloutissement un cinquième de la population mondiale... À ce modus operandi « vite et massif » sont associées l’hyper-standardisation et la réduction des espaces de vie. Le mal-construire et le mal-habiter allant bien sûr de pair. (...)

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