Bioclimatisme tropical. La villa Klébert à Schoelcher, Martinique.

Rédigé par Olivier NAMIAS
Publié le 16/05/2012

Article paru dans le d'A n°208

Les architectes Xavier Lagurgue et Günther Domenig étudient actuellement un projet pour deux villas bioclimatiques aux Antilles. Deux maisons modèles utilisant une série de dispositifs destinés à être diffusés largement dans la construction locale, qui recourt quasi exclusivement à la climatisation.
Les principes d'architecture bioclimatique ont été tellement diffusés au cours de ces cinq dernières années qu'on finirait par les croire universels, oubliant qu'ils s'inscrivent avant tout dans un contexte européen. Les murs massifs, les bâtiments étanches à l'air qui font les beaux jours du BBC ne valent plus rien dès lors qu'ils sont dépaysés sous d'autres latitudes.

Conçue par les architectes Xavier Lagurgue et Günther Domenig, de l'agence XLGD, la villa Klébert est aux antipodes de nos « thermos » nord-européens. Au lieu d'être étanche, elle est totalement poreuse pour laisser circuler l'air. Son matériau principal, le métal, pourrait en faire l'équivalent contemporain des villas tropicales de Jean Prouvé. Elle doit être construite entre le tropique du Cancer et l'Équateur, en Martinique.


L'expérimental au coût de l'ordinaire

Avec celle du Vieux Moulin, la villa Klébert est une des deux maisons bioclimatiques étudiées à la demande de l'Agence française de développement, l'AFD, une structure gouvernementale qui soutient des projets de développement hors de l'Hexagone. La démolition de deux habitations trop vulnérables au risque sismique a été l'occasion de développer un projet pilote sur le plan environnemental. Les objectifs de consommation fixés se situent autour du zéro énergie.

La maison, qui sera habitée par des cadres de l'AFD détachés en outre-mer, présente de nombreux dispositifs innovants, comme un système de capteurs solaires dont l'énergie sera mutualisée entre l'habitat et un véhicule électrique, une manière de limiter l'impact des déplacements induits par la localisation périurbaine de l'habitation, située dans le tissu diffus entourant Fort-de-France. Le cahier des charges impose de rester dans des coûts de construction comparables à ceux de la construction courante. Il prévoit à terme le recours aux filières locales, pour l'instant peu développées dans le bois et le métal, principaux matériaux utilisés par les deux villas.


Le métal remis à l'honneur

Le choix du métal, en particulier, va à rebours des techniques employées par les entreprises locales, qui ne travaillent qu'en maçonnerie. Il impose également l'importation des matériaux de construction. « Si la maçonnerie est bien adaptée au tissu économique et social des entreprises locales, elle est totalement contre-productive du point de vue bioclimatique, explique Xavier Lagurgue. Son inertie joue à contretemps. Bien que l'amplitude thermique soit faible, les murs maçonnés restituent très peu de fraîcheur le jour, mais beaucoup de chaleur la nuit, au moment où l'on s'en passerait. De plus, la maçonnerie est sujette aux attaques de champignons, qui dégradent les murs et les font noircir. »

Bien qu'elle ait cédé la place au parpaing, la tôle est avec le bois un matériau de l'architecture créole traditionnelle, qui l'employait précisément pour sa faible inertie. Sur la villa du Vieux Moulin, prévue sur deux niveaux, les concepteurs vont tester les capacités de la tôle perforée à dissiper la chaleur, et donc à moins chauffer.


Machine à vent

Les villas Klébert et du Vieux Moulin sont des maisons des courants d'air. Elles mettent largement à contribution la ventilation naturelle. Sur la villa Klébert, de plain-pied, la toiture est orientée en fonction des alizés, qui soufflent constamment de l'est vers l'ouest. La prise d'air se fait sur le pignon de la façade, à travers une grille calibrée de façon à bloquer l'air arrivant à trop grande vitesse, lors d'un ouragan par exemple.

Le comble est un espace vide réservé aux mouvements éoliens : chauffé par convection, l'air est évacué dans deux « tuyères » latérales. Ce dispositif est complété par une lame d'air de 15 centimètres installée dans un complexe de mur constitué d'une tôle ondulée sur la face extérieure et d'un panneau dont la composition reste à déterminer sur la face intérieure : il pourra s'agir d'un matériau de type Fermacell ou de bois.

Sous les parties chambres, un vide sanitaire renforce le dispositif de ventilation : il apporte de l'air frais dans les murs, tout en conservant la fraîcheur du sol. La construction des deux maisons devrait débuter cette année. Des tests et des mesures seront effectués au cours de l'année suivant la livraison, qui devrait avoir lieu en 2013, afin de vérifier la validité des dispositifs employés.


Villa Klébert

Maître d'ouvrage : Agence française de Développement

Maître d'œuvre : XLGD architectures. BET : environnement, Tribu.

Surface : 211 m2.

Coût : 500 000 euros HT.

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