CAB Architectes : le gymnase futsal de l'Ariane à Nice

Rédigé par Jean-François DREVON
Publié le 06/05/2016

À Nice, nul besoin de la mer pour évoquer l’horizon, la vue sur le lit d’un torrent capricieux et les collines qui l’entourent suffira. L’agence CAB livre une salle de football solidement ancrée et ouverte sur le paysage. Il est assez trivial de découvrir dans les collines niçoises des ensembles construits, posés ou lovés sur les hauteurs comme la villa Arson (Michel Marot architecte) ou le terminal du tramway (Marc Barani architecte). Le gymnase quant à lui est littéralement une marche creusée dans la roche qui relie le quartier de l’Ariane, en haut, à son fleuve, en contrebas. Édifié dans la massivité du béton, il est l’expression d’une rigueur constructive non feinte de ses auteurs.


Il y a quelques années, Alexander Tzonis évoquait Descartes en rassemblant des architectes comme Ibos & Vitart ou Dominique Perrault. Il faudrait aujourd’hui ajouter l’agence CAB. En les nommant « les nouveaux cartésiens », il ne voulait pas lancer un nouveau style dans un paysage de l’architecture française déjà bien encombré, mais plutôt souligner une pratique presque universelle où le projet – dispositif organisé selon des plans rigoureusement tramés – établit un rapport franc entre espace intérieur et environnement extérieur, un dispositif minimal et indispensable pour distinguer le connu de l’inconnu, le simple du complexe.

Le programme du concours s’est fixé sur du foot en salle, qui semblait, dixit la maîtrise d’ouvrage, le plus approprié pour à ce type de quartier. En bout de la vallée du Paillon qui, comme le Var, organise la ville dans l’axe nord-sud, des opérations de logements se sont accumulées depuis les années 1960. Ce quartier de l’Ariane est en cours de rénovation, nouveaux bâtiments de logement et petits équipements étant prévus. Le gymnase est le premier programme à retrouver le bord du fleuve en s’ouvrant largement sur son cours ; cours irrégulier qui passe d’un lit de pierre à celui de torrent lors de la fonte des neiges. En revanche, le programme ne prévoyait pas une deuxième salle. CAB a alors proposé de convertir à moindres frais la couverture du gymnase en terrain normalisé aux sports type hand ou basket (22 x 44 m) en débord de la salle intérieure de foot, plus petite (18 x 30 m).


Structure absorbante

Les contraintes sismiques ont poussé les architectes à imaginer une structure béton innovante : un rack à poutres où chacune est libre de tout encastrement, ce qui lui permet d’évacuer les efforts de torsion, à l’instar d’un xylophone où chaque touche vibre indépendamment. Chacune des poutres de 25 mètres est posée sur son âme et admet ainsi un mouvement de balancier transversal. La hauteur de poutre a dû être surdimensionnée à 1,25 mètre, luminaires et réseaux air et eau ont ainsi pu être aisément intégrés tout en les laissant apparentes. Ces fluides sont repris dans un étage intermédiaire et technique au-dessus des bureaux de l’entrée, libérant ainsi entièrement l’étage supérieur de tout équipement. L’entre-axe de 1,80 mètre de la structure se décline sur les façades vitrées et la maçonnerie coffrée. La trame du béton lasuré devient si présente qu’elle pourrait en devenir obsessionnelle, si elle ne trouvait avec le rythme inhérent de la pratique sportive une résonance qui lui donne son point d’équilibre.

Le bâtiment est posé perpendiculairement à la rue, et le volume autonome de l’étage est en porte-à-faux, protégeant l’entrée à l’ouest et une cour à l’est ; c’est donc paradoxalement dans sa longueur que ce dispositif offre la vision de l’activité intérieure et la liaison ville-fleuve à travers des grandes baies vitrées, tandis que sur le toit le portique béton et sa maille métallique emprisonnent les collines alentour.

Il faudra donc remonter le Paillon vers le nord lorsque le fleuve réapparaît à l’air libre avant de s’engouffrer sous la ville, pour croiser ce petit édifice de béton et quelques fils de fer qui tentent de rétablir un lien entre la nature et des territoires malmenés, et qui s’ignoraient jusqu’alors.



[ Maître d’ouvrage : Ville de Nice – 
Architectes : CAB architectes mandataire ; 
Marine Cangione chef de projet – 
 Programme : équipement de quartier de football en salle, gradins 200 places, bureaux associations, vestiaires, terrain multisport extérieur sur le toit –
 BET structure : Batiserf –
BET fluides et QE : Choulet – Économie : BMF – Surfaces : 1 300 m² SDP 
– Coût : 3 000 000 euros – Livraison : 2016 ]


Lisez la suite de cet article dans : N° 244 - Mai 2016

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