N° 163 - Avril 2007

Douze candidats, deux réponses

Allo? Bonjour, je suis bien au service de presse de Mr (Mme) X? "Oui?" C’est le magazine d’a. Nous voudrions savoir quelles sont les propositions des candidats à l’élection présidentielle sur la ville et l’architecture. Comme nous n’ a vons rien trouvé dans le programme de Mr (Mme) X et que personne au Parti n’est chargé de ces sujets, nous avons pensé lui poser quelques questions afin de mieux connaître à la fois ses intentions s’il (elle) était élu(e) et les rapports plus personnels qu’il (elle) entretient avec cette culture… "Ah! Oui, euh, c'est-à-dire que, bien sûr, euh… mais vous savez, nous sommes énormément sollicités en ce moment…" Mais l’habitat, le développement des banlieues, l’étalement urbain, la transformation du paysage, l’environnement, le patrimoine, ce sont des questions fondamentales qui touchent
intimement chaque citoyen et pour lesquelles X ne s’est jamais exprimé(e)! "Bien sûr c’est important! Et en plus X a énormément de choses à dire sur ce sujet". C’est
le moment ou jamais, non? "Oui". Alors? "Nous allons voir ce que nous pouvons faire…" Sans illusion sur la capacité de proposition ni sur la culture architecturale de la majeure partie des candidats à l’élection présidentielle, nous avons donc rédigé un petit questionnaire afin qu’ils puissent se repérer dans un monde qui paraît loin de leurs préoccupations. Nous y avons introduit quelques questions personnelles pour éviter de recevoir les réponses d’un brillant conseiller. Nous a vons peu insisté sur les problèmes du logement, sujet évidemment très important mais sur lequel les
programmes répondent déjà en partie. Adressé aux candidats il y a deux mois, il nous aura fallu beaucoup de ténacité pour obtenir enfin des réponses à ce questionnaire sur l’architecture. Il est vrai que les prétendants sont soumis à un flot de sollicitations de la part des médias. Seules Ségolène Royal et Marie-George Buffet ont finalement répondu. Face aux nombreuses demandes, les candidats ont fait
des choix, signifiant par là l’intérêt qu’ils portent ou non à l’architecture et à la ville : le questionnaire ne portait tout de même pas sur la préférence entre caniche et teckel ou entre Johnny et Cali! François Bayrou, souhaitant «répondre personnellement aux questions» (nous n’en attendions pas moins!), n’a pas su trouver le temps (en deux mois). Pour Dominique Voynet, selon son attaché de presse, «l’architecture n’est malheureusement pas un des enjeux forts de la campagne» (pour nous non plus, qu’elle se rassure, mais l’architecture n’a-t-elle que si peu d’impact sur l’environnement?). Jean-Marie Le Pen avait promis une réponse qui n’est jamais arrivée. Quant à Olivier Besancenot, qui ne veut pas répondre sur ses goûts personnels, il avoue humblement ne «pas être en
mesure de répondre aux questions plus techniques». Rien chez Nicolas Sarkozy, au grand dam du ministre de la Culture qui vient juste d’ inaugurer la Cité de l’architecture et qui a toujours manifesté un réel intérêt pour la culture architecturale. On nous avait pourtant promis une réponse mais Cécilia, qui était chargée du questionnaire –comme l’attaché de presse nous l’a appris–, n’a pas non plus trouvé le temps de répondre à la place de son mari. Nous avons pourtant repoussé le bouclage de notre numéro de jour en jour, durant une semaine. En dehors de sa déclaration pour que «notre pays engage un effort profond de renouvellement architectural», qui ne nous renseigne en rien sur ses intentions, nous resterons donc sur cette médiocre impression laissée par l’immeuble kitsch-nouveaux riches dans lequel le couple avait acheté un appartement sur l’île de la Jatte, avec escalier «en chêne ciré» et «dallage en marbre»… L’ordre national des architectes avait eu la bonne idée, il y a quelques mois, d’interroger les candidats. Leurs réponses se tro u vent sur le blog www.architectures2007.com. La question du logement social est la seule pour laquelle tous les candidats ont des intentions clairement affichées. Elles restent cependant surtout quantitatives. À quelques chiffres près, ils s’alignent tous les uns sur les autres, mais sans que l’on sache exactement comment ils parviendront à réaliser leurs ambitions ; on sait aujourd’hui que la construction de logements sociaux n’est pas, loin s’en faut, qu’une question d’argent mais de cohérence des processus décisionnels et de financements dans le jeu des différentes collectivités territoriales, de pénurie de foncier et de difficultés à trouver des entreprises répondant aux appels d’offres. Chaque candidat semble avoir bien compris également qu’il ne fallait plus négliger l’impact polluant de l’habitat sur l’environnement ; beaucoup veulent rendre obligatoires les normes HQE® pour les permis de construire (Voynet, Buffet, Royal) et proposent des aides pour l’isolation du bâti ancien (prêts à taux zéro pour Sa rkozy). Quant à la promotion de la culture architecturale, les candidats se contentent de vagues mais enthousiastes déclarations d’intention sur sa diffusion dans les écoles. Seule Dominique Voynet avance des propositions plus concrètes, avec notamment la collaboration des CAU E .
Emmanuel Caille

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