N° 166 - Septembre 2007

À ne parler que de ça et à se payer de mots, le risque de lasser ou de décourager les tièdes et les septiques s’amplifie. C’est ainsi que le développement durable sert aujourd’hui à vendre aussi bien des yaourts, du PVC que des livrets d’épargne: on ne sait plus à quel saint Bio se fier. Avec son ambition de déclencher une révolution dans les comportements et les mentalités, le ministre de l’Écologie, du Développement et de l’Aména- gement durables n’aura pas le droit de décevoir. Son «Grenelle de l’environnement » devrait aboutir dès la rentrée à des propositions concrètes et détonantes, notamment dans le domaine de l’habitat et de la construction. Pour que cette initiative ne soit pas un fumet écolo de plus, elle devra
résoudre un paradoxe inhérent aux problématiques environnementales: elle ne pourra pas se passer de nouvelles réglementations et de nouveaux labels. Or un tel cadre, par nature, engendre une complexité et des rigidités qui peuvent constituer des obstacles à l’intelligence d’adaptabilité requise pour un développement responsable. L’enchevêtrement et la variabilité des données sociales, techniques, historiques et géographiques composent en effet une infinité d’équations. Ainsi,
telle solution a priori très «durable» peut se révéler inopérante ou contre-productive dans un contexte différent. C’est pourquoi le cadre législatif doit être profondément refonder. Il faut décloisonner ses champs d’application, en le rendant plus incitatif et moins contraignant, chose évidemment plus facile à dire qu’à faire. Enfin, il ne faudrait pas oublier que, contrairement aux êtres vivants, le meilleur critère de «durabilité » d’une architecture reste sa beauté. Un Centre Pompidou –parfait contre- exemple de bâtiment «durable»–, qui sera encore présent dans un siècle, sera toujours plus «durable» qu’une construction techniquement exemplaire d’un point de vue écologique mais dont la laideur et l’inadéquation la condamneront à une rapide démolition: qui se soucie en effet que la villa Savoye soit recyclable? ■
Emmanuel Caille

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