N° 182 - Mai 2009

Baril de poudre

L’actualité nous offre parfois des images saisissantes qui, sans que les faits qu’elles illustrent soient pour autant déterminants au regard de l’Histoire, ont le pouvoir de résumer le passage d’une période à une autre, comme si la complexité et l’enchevêtrement des événements pouvaient se cristalliser en un seul instant décisif. Ainsi le feu d’artifice du dernier nouvel an chinois, qui a réduit en cendres la tour de l’hôtel Mandarin Oriental à Pékin, restera-t-il sans doute dans nos mémoires comme la ridicule tragédie marquant le basculement de l’euphorie des profits virtuels dans l’affliction de la crise. Dernier bras de l’étonnante tour pliée conçue par Rem Koolhaas pour la télévision d’État chinoise, le bâtiment s’était érigé en icône de l’hypercroissance avant même son achèvement. Il trône désormais en dérisoire cénotaphe d’une décennie passée où, de Dubaï à Moscou et du Mipim à la Biennale de Venise, une certaine architecture spectaculaire s’affichait avec une insolente arrogance. Tâchons cependant de ne pas sombrer dans un excès de moralisme, car entre insouciance et cynisme, cette période aura également su nous émerveiller. Peut-être la regarderons-nous bientôt comme nous regardons aujourd’hui les « années folles » lorsque, après 1929, la Grande Dépression a enjolivé leur débauche d’extravagance et de réelle inventivité d’un voile de nostalgie.
Dans son édition de mai, d’architectures s’est demandé dans quelle mesure les crises, qu’elles soient d’origine financière, énergétique ou environnementale, peuvent influencer le comportement des architectes et modifier le cours de leur réflexions théoriques. Les historiens que nous avons interrogés nous rappellent que ces périodes suscitent souvent un retour aux fondamentaux, à l’Histoire ou à des préoccupations plus sociales. Mais ils relèvent également qu’aux premiers signes de relance les architectes semblent frappés d’une soudaine amnésie. À la crise suivante, l’augmentation du prix du baril de pétrole semble ainsi étrangement liée à celle de la taille du baril de la poudre réinventée.

Emmanuel Caille

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