N° 191 - Mai 2010

Acide ou basique ?

Narcissisme, mégalomanie ou pulsion démiurgique, les architectes ont toujours été accusés de toutes les prétentions. Ils le savent et sont d’ailleurs les premiers à reprocher ces forfanteries à leurs confrères, soit par conviction, soit par jalousie, la modestie se faisant alors parangon de vertu chez ceux qui n’ont encore rien à faire briller. L’architecture aux formes virtuoses (ou gesticulante, selon le point de vue) est souvent suspectée d’être l’expression de cette vanité, une sorte d’exacerbation du désir de « faire auteur ». Le minimalisme, dans sa fausse sobriété, n’en est que la figure inversée. Tout aussi maniériste, il se réduit vite à une posture chic, se nourrissant de l’illusion que l’austérité des formes nous garantira de l’agitation du monde.

La morale et ses jugements ne sont jamais loin pour condamner cette arrogance. Pour lutter contre ce péché d’orgueil, une attitude plus componctueuse paraît aujourd’hui de mise : rester neutre. Il s’agit désormais de minimiser l’empreinte écologique, de se conformer à ce qui est techniquement et économiquement disponible, d’amplifier les potentialités génériques de l’espace pour garantir sa mutabilité, et surtout, en se soustrayant à la dictature de l’eurythmie des formes, d’affecter de ne jamais vouloir faire beau. Relevant de questions totalement obsolètes pour certains, la beauté doit pour d’autres advenir de cette neutralité, gage de vérité.

S’il y a quelque chose de salvateur dans cette attitude, dans sa manière de renverser les codes esthétiques traditionnels ou dans la réaction qu’elle oppose à la société du spectacle, on y pressent également la menace d’un nouvel ordre moral imposant à son tour ses propres conventions. Cette forme de radical réalisme est également une manière de privilégier la figure du maître d’œuvre acteur politique, au détriment de celle de l’auteur. L’architecture et l’architecte y gagnent-ils une liberté propice à leur puissance de proposition ? Dans un premier temps, sans doute ; après, rien n’est moins sûr.

Emmanuel Caille

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