N° 196 - Décembre 2010

Mix-mac cité

Un nouveau centre de rétention administrative pour les émigrés clandestins à Vincennes, la nouvelle galerie du plus grand marchand d’art à côté du palais de l’Élysée, des maisons d’abattage ou des claques de luxe, des palaces pour les gagnants des joutes financières offshore, des logements de la cité des Beaudottes qu’il faut dynamiter à Sevran pour en expulser de stupéfiants trafiquants… Comme l’écrirait le magazine Vogue à propos du porno chic ou des jeans déchirés Gucci : en 2010, le mariage des contraires aura été furieusement tendance. Ghettos des riches et territoire des pauvres auront en effet concouru cette année à dessiner de jolis motifs contrastés. En rouge, noir ou vert, ils se déclineront bientôt pour tous les goûts mais pas pour toutes les bourses.

Si la décence est dans l’habillement, l’indécence est parfois dans l’habitat. La ségrégation spatiale semble aujourd’hui croître à mesure que s’élève le chœur des architectes chantant les vertus de la mixité sociale. Mais l’avènement de cette urbaine harmonie se décrète-t-il vraiment d’un coup de crayon ? Les meilleures intentions, si elles flattent notre bonne conscience, ont peu d’effets sur la réalité. Faut-il pour autant renoncer à jouer un rôle, aussi modeste soit-il, dans la mise en œuvre d’un espace commun dans lequel chacun puisse dignement trouver sa place ? $A contrario$, les architectes doivent-ils se détourner de missions moins flatteuses, lorsqu’il leur faut concevoir des lieux dont l’existence même heurte leur conscience ? N’est-ce pas justement en se tenant au plus près de ceux qui souffrent – qu’ils soient victimes, condamnés ou seulement démunis – que l’architecture acquiert sa plus noble légitimité ? N’est-ce pas en s’affrontant au dénuement le plus extrême de l’espace que le projet s’oblige à renoncer aux artifices ?

Dans ce dernier numéro de l’année, ce n’est pas un hasard de l’actualité mais bien un signe tangible du présent qui provoque ce télescopage des lieux de l’esclavage sexuel, du luxe, de l’art business ou de l’internement. Les ghettos ne sont plus ce qu’ils étaient, apprenons à les reconnaître.

Emmanuel Caille

Abonnez-vous à D'architectures

Sommaire 

Magazine

Photographes

» Edgar Martins, en quête d’ambiguïtés

Livres

» Archi & BD, la ville dessinée
» De Stijl. 1917-1931
» Culture numérique et architecture
» Learning from vernacular. Pour une nouvelle architecture vernaculaire

Points de vue / Expos

» Les nouveaux ghettos du Gotha — 2. Ensemble, tout devient possible

Innovations

» Immeuble de bureaux ou champ d’algues ? La tour biO2 de l’agence X-TU

Questions pro

» Engagés ou « dégagés » ? Quel rôle pour les architectes-conseils de l'état ?

Archives PDF

Le téléchargement des archives au format PDF est réservé aux membres inscrits possédant un abonnement au magazine papier.
Vous n'êtes pas identifié.
SE CONNECTER S'INSCRIRE
» «H2o» à Rouen Une lanterne magique sur les quais texte de Emmanuel Caille
» Rotor L’architecture d’occasion texte de Valery Didelon
» Edgar Martins, en quête d’ambiguïtés

> L'Agenda

Mai 2022
 LunMarMerJeuVenSamDim
17      01
1802 03 04 05 06 07 08
1909 10 11 12 13 14 15
2016 17 18 19 20 21 22
2123 24 25 26 27 28 29
2230 31      

> Questions pro

Détruire ou non ?

Faïence dans les halls, aplats colorés en façade, l’indigence des signes a trop souvent résumé la réhabilitation des barres des grands…

Renforcer le positionnement des architectes. Entretien avec Christine Leconte, présidente du CNOA

Comment les architectes peuvent-ils répondre aux enjeux de la transition écologique sans obérer la création architecturale et en se faisant…

Faire vivre le patrimoine. Entretien avec Benoît Melon, directeur de l’École de Chaillot.

L’entretien et les réhabilitations concernant 28,4 % des travaux d’architectes, la spécialisation en deux ans proposée …