Des doctorants en contrat CIFRE dans les agences

Rédigé par Christine DESMOULINS
Publié le 02/11/2015

Dossier réalisé par Christine DESMOULINS
Dossier publié dans le d'A n°240

Entretien avec Lorenzo Diez, directeur de l’ENSA de Nancy et rapporteur du groupe innovation de la Stratégie nationale pour l’architecture


DA : SUR QUOI VONT CONCRÈTEMENT DÉBOUCHER LES TRAVAUX DU GROUPE INNOVATION DE LA SNA DANS LES ÉCOLES D’ARCHITECTURE ? 



Lorenzo Diez : Dans le cadre du rapport, notre groupe de travail a proposé une petite révolution dans le milieu de l’architecture afin que l’innovation repose sur une nouvelle alliance entre enseignement, recherche et profession. Nous sommes partis du constat que trop peu d’écoles d’architecture développaient des liens avec le milieu professionnel et l’industrie afin de structurer un dispositif d’innovation organisé et pérenne. Notre proposition est somme toute bien simple. Elle consiste à faire, en matière d’innovation en architecture, ce que font les autres disciplines universitaires, notamment dans le domaine de l’ingénierie ou du management. Il s’agit de renforcer les liens entre les écoles et leurs laboratoires de recherche et les agences d’architecture afin de pouvoir accéder aux dispositifs d’aide à l’innovation de droit commun que sont les contrats CIFRE (convention industrielle de formation par la recherche en entreprise) du ministère de la Recherche, ou encore le crédit d’impôt recherche et le crédit impôt innovation. Vous allez me dire : « Pourquoi n’y avons-nous pas pensé avant ? » À mon avis parce que par certains côtés le fait de raisonner en termes de profession protégée installe des habitudes intellectuelles qui nous masquent des champs de développement potentiel. Définir les agences comme des entreprises correspond à, certes, un glissement sémantique, mais aussi à une réalité plus pragmatique qui nous ouvre des nouveaux horizons pour financer les recherches et innovations en architecture. Aujourd’hui, force est de constater que l’innovation, c’est l’architecte qui la paie en nuits blanches ! 



DA : COMMENT FONCTIONNE LE CIFRE ? 



LD : Géré par l’Association nationale de la recherche et de la technologie, le CIFRE s’inscrit dans la politique du ministère de la Recherche pour le rapprochement des systèmes de formation, de recherche et d’innovation avec les milieux socioéconomiques. Il développe les partenariats entre les laboratoires de recherche publique et les entreprises pour favoriser l’emploi des docteurs par les entreprises. Il cofinance la formation d’un doctorant recruté par une structure qui lui confie une recherche liée à sa propre stratégie de R&D et qui servira de support à une thèse de doctorat en collaboration avec un laboratoire de recherche. 



DA : QUEL EST L’INTÉRÊT DE SON APPLICATION DANS LES AGENCES ? 



LD : Nous avons pensé que la première « innovation » serait d’aider les agences, qui sont des entreprises, à bénéficier de ce dispositif ouvert à tous. Leur petite taille, si elle paraît être un obstacle au premier abord, pourrait donner lieu à des regroupements inédits, à l’image des collectifs d’architectes qui fleurissent aujourd’hui. Atteignant une taille critique, ces consortiums d’agences pourraient ainsi embaucher des doctorants sous contrat CIFRE et porter un projet de recherche appliquée fortement lié à la pratique architecturale et susceptible de devenir un atout pour une discipline. 



DA : COMMENT FONCTIONNERA L’ACCOMPAGNEMENT DU DISPOSITIF AU SEIN DES ÉCOLES ? 



LD : Les solutions sont à inventer ici aussi. À Nancy, dans le cadre du projet stratégique « Région Architecture1 » que nous mettons en place notamment avec l’école d’architecture de Strasbourg et les professionnels, nous envisageons la mise en place d’une plateforme de conseil au montage de dossiers pour obtenir les financements et mettre en lien les agences d’architecture, les laboratoires des écoles et les candidats au doctorat. En effet, il s’agit de faire émerger collectivement les sujets de recherche et d’innovation qui bénéficieront pleinement au développement du milieu professionnel de l’architecture et par conséquent à l’évolution des enseignements en architecture. L’autre vertu de ce dispositif est de permettre à des jeunes de cumuler en trois ans une première expérience professionnelle et un diplôme de docteur en architecture. 



1. Appel collectif en cours lancé par les acteurs de l’architecture de la future région Alsace-Champagne- Ardenne-Lorraine et qui ambitionne de faire de l’architecture une filière d’excellence régionale (www.regionarchitecture.eu). 

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