Eau et bois à tous les étages : Wood stocks, la réserve de poutres habitée

Rédigé par Olivier NAMIAS
Publié le 12/03/2016

Dossier réalisé par Olivier NAMIAS
Dossier publié dans le d'A n°242

Plus qu’un immeuble, un engagement, qui se manifeste en façade par l’inscription en toutes lettres du contrat passé entre les habitants et le reste du monde. Si les occupants consomment plus de 2 000 watts par an et par personne, tout un chacun pourra leur réclamer une compensation. Un lourd défi, relevé par l’agence Pool, qui développe ici de multiples tactiques environnementales et spatiales.

Développé par l’École polytechnique fédérale de Zurich, le concept de « société à 2 000 watts » place l’individu au centre des stratégies de maîtrise de l’énergie. À la découpe de consommations entre différents secteurs – l’habitat, le transport, etc. –, il préfère agir sur la quantité d’énergie nécessaire à chacun pour couvrir l’ensemble de ses besoins. En partant d’une base de 6 000 watts consommés en une heure aujourd’hui par un Européen moyen – 12 000 watts aux États-Unis –, il s’agit d’atteindre à terme une consommation de 2 000 watts1, correspondant à la consommation des années 1950 ou à celle des pays en voie de développement en 2005. L’immeuble de la Badenerstrasse à Zurich entend appliquer au mieux ces principes, prenant en compte non seulement la quantité d’énergie dépensée par les bâtiments, mais aussi toutes les questions d’énergie grise2. Les volets sociaux trop souvent absents des démarches environnementales où ils devraient pourtant figurer font aussi partie du projet. Le maître d’ouvrage, une coopérative réunissant des entrepreneurs du BTP, a voulu construire l’immeuble pour aider les compagnons de ses entreprises à trouver un toit sur un marché du logement onéreux.

Gradins et cours ouvertes

Le terrain a été cédé par une grande surface qui a conservé tout le rez-de-chaussée. Les 54 logements, exclusivement des deux et trois pièces, ont été construits en superstructure au-dessus d’un socle en béton entièrement dédié à l’activité commerciale. La mixité programmatique a contraint les architectes à placer les accès aux appartements en périphérie du plateau, l’implantation de halls au centre du supermarché n’étant pas envisageable. La répartition des logements dans une suite de six plots décalés pour former des cours ouvertes fait référence aux dispositions de l’immeuble de Perret rue Franklin, dans le 16e arrondissement à Paris. Reflet d’un contexte urbain de transition, cette volumétrie oscillant entre l’immeuble du centre-ville et les villas de la périphérie a été préférée à un système de cours fermées présentant l’inconvénient de nombreux vis-à-vis. Tous les logements sont traversants et disposent, grâce à un système de courettes, de vues secondaires biaises. Les circulations verticales en béton dessinent des petites tours révélées par le retrait progressif des étages, emprunt aux immeubles à gradins d’Henri Sauvage, et autre référence faite par l’agence Pool à l’habitat parisien des années 1920.

Logement ou dépôt de bois ?

L’abaissement des consommations produites pour la fabrication de matériaux explique en premier lieu le recours à la structure bois. « Nous n’avons pas souhaité utiliser des panneaux de bois collés, explique Mathias Heinz, associé de l’agence Pool. Nous voulions que dans cinquante, cent ans, quand l’immeuble arrivera en fin de vie, il puisse être démonté et que les matériaux puissent être réutilisés dans d’autres constructions, ce qui est difficile avec les systèmes de panneaux massifs. » La technologie utilisée dans le projet a été développée par l’ingénieur Hermann Blumer, concepteur du « chapeau chinois » qui coiffe le Centre Pompidou de Metz. Le recours à la préfabrication se limite à la découpe de poutres en scierie, des madriers en épicéa dont la section est de 10 par 20 mètres. Placés côte à côte, ces éléments reconstituent des parois porteuses pleines. Des tourillons en partie haute et basse facilitent leur mise en place et leur maintien. Les planchers sont préfabriqués et constitués de bois sciés dans un rayon de 100 kilomètres autour du chantier. Les panneaux de façade proviennent également d’une usine locale qui a développé des procédés d’extrusion du ciment. « Le client construisait pour lui-même et n’était pas dans une logique d’investisseur. Il a pu choisir ce revêtement onéreux mais rentable si l’on raisonne sur le long terme », souligne Mathias Heinz. Les plis des modules bétons portent ombres sur les joints, dissimulant les interstices de la double peau pour restituer une impression de massivité propre aux constructions de pierre. Une des nombreuses inventions de cette opération, qui comporte aussi des caissons sur mesure pour abriter une ventilation double flux, ou des structures métalliques formant des parois creuses logeant les alimentations en eau. 


1. En conservant le même niveau de confort. Le chiffre de 2 000 est une moyenne en watts par heure, calculée sur les 8 760 heures de l’année.

2. Qui prend en compte l’énergie globale dépensée de la conception au recyclage d’un produit, en passant par l’extraction de la matière première, la commercialisation du produit ou encore son entretien au cours de son cycle de vie.



Constitution de la toiture (de l’extérieur) :

Gravier rond 80 mm

Lé de protection 10 mm

Étanchéité isolant thermique 150-250 mm

Pare-vapeur

Panneau OSB 10 mm

Module bois massif lamellé chevillé 200 mm

Coupe-vent

Ossature métallique à ressort 27 mm

Panneau plâtre cartonné (type placoplâtre) 18 mm


Constitution de la façade (de l’intérieur) :

Panneau plâtre cartonné 2 x 12,5 mm

Feutre

Structure porteuse 30 mm

Isolation thermique 80 mm

Madrier bois massif debout 100 mm

Coupe-vent

Isolant thermique 160 mm

Structure porteuse 30 mm

Module en béton de fibre 70 mm


Constitution du plancher (en partant du dessus) :

Revêtement de sol 10 mm

Dalle ciment intégrant le chauffage 70 mm

Isolant phonique contre les bruits d’impact 30 mm

Module caisson :

– Panneau triplis ou contreplaqué 40 mm

– Nervure 160 mm/remplissage 50 mm

– Panneau triplis ou contreplaqué 40 mm

Ossature métallique à ressort 27 mm

Panneau plâtre cartonné 18 mm


Constitution d’un séparateur de logement :

Panneau plâtre cartonné 2 x 12,5 mm

Feutre

Structure 30 mm

Madrier bois massif debout 100 mm

Isolant thermique 40 mm

Madrier bois massif debout 100 mm

Structure 30 mm

Feutre

Panneau plâtre cartonné 2 x 12,5 mm


Constitution du plancher (vu du dessus) :

Revêtement de sol 10 mm

Dalle ciment intégrant le chauffage 70 mm

Isolant phonique contre les bruits d’impact 30 mm

Module caisson :

– Panneau triplis ou contreplaqué 40 mm

– Nervure 160 mm/remplissage 50 mm

– Panneau triplis ou contreplaqué 40 mm

Ossature métallique à ressort 27 mm

Panneau plâtre cartonné 18 mm

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