Éloge du vide, Conservatoire national, Vanves

Architecte : Babin + Renaud
Rédigé par Richard SCOFFIER
Publié le 02/03/2017

Enclavé entre un lycée et un cimetière, le conservatoire de Vanves vient habilement s’immiscer le long d’une rue étroite plongée dans un quartier perdu. Tout en conservant une écriture blanche, presque générique, Babin et Renaud ont déplacé leur construction au fond de son terrain afin de dégager un vide qui lui accorde un discret caractère institutionnel.

 

Pas de grandes orgues ni d’effets d’orchestre, il ne faudra pas chercher une expressivité quelconque dans ce petit bâtiment sobre et neutre qui sait se mettre en retrait pour générer son propre parvis. Autour de ce vide, les différentes salles d’enseignement s’organisent attentivement afin de mieux le desservir et de le convertir en salon à ciel ouvert. Un dispositif qui rappelle le silence transfiguré des partitions de John Cage.

Tout est presque trop évident, comme si les contraintes avaient directement dicté l’organisation des espaces, et chaque élément est exactement à sa place : la salle dans son plan comme la fenêtre dans sa façade. Ainsi la totalité de la parcelle est-elle investie en sous-sol par les activités les plus bruyantes : au fond vient s’allonger le grand auditorium tandis que les salles de formation symphonique et de musiques actuelles se glissent sous le parvis et trouvent leur éclairage naturel à travers des cours anglaises. Dans la partie émergente de l’iceberg, le rez-de-chaussée, toujours obéré par la présence de grande salle, se concentre sur sa fonction d’accueil. Seules trois salles de cours trapézoïdales viennent se presser contre la façade principale. Au premier se distribuent les salles de formation musicale et de musique ancienne. Enfin, libéré de la masse de l’auditorium et de ses annexes techniques, le dernier étage s’organise différemment autour d’une vaste terrasse qui se creuse vers le nord pour éclairer le studio de danse et le bureau du directeur, tandis que l’attique est occupé par la salle d’art dramatique.

 

Plans et séquence

Les plans semblent ainsi avoir été dessinés pour que la séquence d’entrée puisse être poussée à son plus haut degré de pertinence et d’efficacité. Elle témoigne en effet d’une rare maîtrise des lois de l’espace. La façade lisse et rectangulaire est vue de loin comme une portée dont les lignes correspondraient aux planchers. Les interlignes sont ensuite aléatoirement rythmées par deux types de percements toute hauteur, séparés par des panneaux d’aluminium laqué blanc. D’abord des fenêtres, dont l’abstraction est encore renforcée par les doubles châssis extérieurs fixes – sans allèges, ni impostes – qui s’alignent au nu du bardage. Ensuite, de larges baies qui disparaissent pendant la journée derrière le barreaudage métallique et minimaliste de leurs pare-soleil verticaux.

Le parvis est cerné par deux édicules latéraux qui font oublier les constructions mitoyennes hétérogènes – allant du pavillon à l’immeuble – et lui accordent une très forte unité. Le premier édicule contient les boîtes techniques des branchements aux réseaux et cache le départ du plan incliné qui descend vers le parking situé au deuxième sous-sol. Le second correspond à l’escalier de secours des salles enterrées. Quant au sol, revêtu d’une élégante peau de pierre grise, il se surélève opportunément d’une trentaine de centimètres pour assurer une césure avec la rue et achever la modification de ce vide en pièce urbaine ouverte sur le ciel. Une surélévation qui permet de distiller les autres effets constitutifs du parcours kinesthésique menant de l’étroit trottoir jusqu’à l’intérieur. Ainsi vous ne percevrez pas en arrivant par la rue le fossé planté qui borde la façade comme une douve pour lui accorder une monumentalité archaïque. Vous ne le découvrirez qu’après avoir gravi la rampe qui monte en pente douce du trottoir vers l’entrée, juste avant de franchir la passerelle qui, comme un pont-levis, vous permettra d’accéder au seuil creusé dans la masse du volume.

Après cette aristocratique mise à distance, les choses s’inverseront, comme ces forteresses qui semblent d’abord imprenables et qui tombent ensuite d’un coup, avides de se livrer au-delà de toutes espérances. En effet, une fois la porte passée, vous plongerez immédiatement au cœur de l’édifice par un étonnant raccourci renvoyant aux télescopages programmatiques professés par Rem Koolhaas. Après la banque d’accueil, la séquence s’achève brutalement sur une vaste vitrine occultable, une ouverture vertigineuse qui vous permet d’embrasser d’un seul regard la totalité de l’auditorium qui se déploie en contrebas.

Une salle qui se présente comme une boîte dont le revêtement uniforme de lattes de bois verticales vous rappellera les énigmatiques pare-soleil extérieurs. Totalement modulable, elle a été prévue pour recevoir plus de 220 spectateurs. Ses panneaux amovibles, capables de la doter rapidement d’une conque acoustique, et sa fosse d’orchestre escamotable lui permettent d’accueillir les événements les plus variés : concerts classiques ou de musique amplifiée, spectacles de danse, pièces de théâtre et opéras.

 

Métamorphoses

Vous serez encore surpris en visitant les salles d’enseignement. Elles parviennent, en combinant les mêmes éléments, à se constituer comme de véritables univers autonomes et à s’émanciper de la rigueur orthonormée du plan. Ainsi la salle de formation symphonique – avec ses panneaux absorbants qui se creusent comme des bas-reliefs pour s’encastrer dans les parois et son plafond à facettes réfléchissantes qui diffusent les sons dans toutes les directions de l’espace – se détermine-t-elle comme un véritable instrument de musique.

Mais retournons sur le parvis qui sait se métamorphoser en fonction des heures de la journée. Ce noctambule dort le matin pour ne se réveiller que l’après-midi en réagissant aux chauds rayons du sud-ouest. Le lourd banc de pierre qui le coupe en suivant la rampe d’accès s’affirme comme son élément moteur et devient l’objet de toutes les convoitises. Les élèves viennent s’y allonger et paresser avant leurs cours, comme leurs parents s’y asseoir et bavarder en les attendant pour les raccompagner.

Et à la nuit tombée, cette cour de récréation devient un espace de réception. Les spectateurs de la grande salle peuvent s’y mettre en scène avant ou après la représentation. Le sol, avec ses réglettes d’éclairage qui viennent adroitement s’y encastrer, prend des airs de dancefloor, tandis qu’à travers le volume désormais transparent lui répondent les plafonds scandés de manière très similaire par leurs tubes fluorescents. Comme si l’impeccable construction blanche s’évanouissait pour permettre à son sol et à ses plafonds de s’émanciper et de se transformer en autant de façades horizontales et lumineuses portant la promesse d’une construction à la fois utopique et chimérique.



Projet HQE - Label BBC

Maîtres d'ouvrages : Grand Paris Seine-Ouest / ville de Vanves 
Maîtres d'oeuvres : Babin + Renaud
BET : Grontmij Etco
Entreprise générale :
Legendre
Acousticien : ACV

Scénographe : XNS

Surface SHON : 3198 m2
Cout : 11 828 150 euros HT
Date de livraison : 2016


Lisez la suite de cet article dans : N° 251 - Mars 2017

Conservatoire national, Vanves, Babin + Renaud<br/> Crédit photo : SEPTET Cécile Le pont enjambant la douve, vu du parvis.<br/> Crédit photo : SEPTET Cécile La salle de danse qui sait s’ouvrir largement au nord-ouest sur la terrasse du dernier étage.<br/> Crédit photo : SEPTET Cécile La grande salle rectangulaire et son habillage de bois avec, sur le côté, la grande baie donnant directement sur l’entrée.<br/> Crédit photo : SEPTET Cécile La salle d’orchestre enterrée qui décline le dispositif acoustique de parois absorbantes creusées comme des bas-reliefs et un plafond réfléchissant à facettes.<br/> Crédit photo : SEPTET Cécile

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