Entretien avec Hans Kollhoff

Rédigé par Édouard ROPARS
Publié le 03/10/2018

Article paru dans le d'A n°266

Hans Kollhoff nous reçoit dans son bureau lambrissé de la Reinhardtstrasse à Berlin au cœur de l’été 2018. L’architecte allemand né en 1946, figure majeure du débat sur la reconstruction de Berlin dans les années 1990, a développé depuis trente ans une œuvre puissante et singulière tant en Allemagne qu’aux Pays-Bas et en Suisse – il a longtemps enseigné à Zurich – et aujourd’hui en Italie. Mais au-delà de l’importance, de la diversité et de la qualité de ses réalisations, c’est la dimension théorique de son travail et son lien à l’histoire qui interrogent plus que jamais les pratiques contemporaines de l’architecture.

D’A : Votre œuvre semble structurée en trois moments : celui de l’expressionnisme plastique et des mégastructures (les années 1980, marquées entre autres par l’opération de l’île KNSM d’Amsterdam livrée en 1994), celui du débat sur la reconstruction critique de Berlin et de votre défense dans ce débat d’une « architecture urbaine » (les années 1990, marquées par la tour Daimler-Chrysler à la Potsdamer Platz livrée en 2000), et celui d’un retour à la « Wohnkultur », l’art d’habiter, à des projets d’échelles plus domestiques et que certains qualifient de néoclassiques. Comment expliquez-vous ses glissements théoriques et stylistiques ?


Il est toujours difficile de distinguer des chapitres ou de former des groupes de projets dans le mouvement continu d’un travail d’architecte, mais il est exact que les hasards des commandes et l’environnement culturel et politique de ce travail peuvent le faire évoluer : ce fut évidemment le cas au moment de la chute du mur de Berlin. Mais s’il fallait chercher un mot pour affirmer une continuité dans ce travail, c’est certainement le mot d’« Architecture » lui-même que j’utiliserais. Lorsque j’ai commencé mes études à Karlsruhe dans les années 1970, la discipline de l’architecture était réduite à un fonctionnalisme perverti. Berlin, qui était à ce moment-là encore quasiment dans l’état dans lequel l’avaient laissé les destructions de la guerre, a représenté pour moi une échappatoire : (...)

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