Entretien avec Richard Scoffier : Le bonheur insoupçonné de "1984"

Rédigé par Emmanuel CAILLE
Publié le 01/09/2011

Richard Scoffier parmi ses étudiants à l'ENSAV

Article paru dans d'A n°202

Richard Scoffier, architecte enseignant, critique et chroniqueur régulier de da, a fait paraître au printemps un petit livre, Les Quatre concepts fondamentaux de l'architecture. Le titre, emprunté au célèbre essai de Lacan, affiche d'emblée son ambition de refonder les valeurs éthiques et esthétiques de l'architecture. Maniant l'emphase et la provocation avec talent, il livre un brûlot stimulant qui devrait faire bondir plus d'un architecte. Ne rêve-t-il pas en effet d'un monde ayant apprivoisé l'horreur orwellienne, d'immeubles parasites qui, dans leur gated communities, « capteront indument les ressources de leur contexte sans rien donner en retour »?

Un monde qui aura renoncé aux vertus obsolètes de l'espace public, dans lequel les habitants pourront être parqués comme des légumes cultivés hors sol ? Dans un monde « désormais fondamentalement post-humain, [qui] ne s'appréhende qu'à travers la stupéfaction et la sidération […]. Il est temps – ajoute-t-il – de penser la ville en faisant correspondre le discours à la réalité. » Orwell ne se serait trompé que sur un seul point : le monde de 1984 pouvait ouvrir la voie de la félicité. Cynisme, provocation ou lucidité régénérante ? Nous avons essayé d'en savoir davantage.


Emmanuel Caille : Pourquoi faudrait-il arracher l'architecture à la modernité ?

Richard Scoffier : Les critères qui nous permettent de comprendre et de juger l'architecture moderne ne sont plus efficaces pour appréhender l'architecture contemporaine. Sous une apparente continuité s'est produit un changement de paradigme. Il n'est plus possible de considérer l'architecture comme le fait par exemple William Curtis, à partir des principes développés par Kenneth Frampton il y a plus de trente ans. Au travers de ce prisme, l'architecture contemporaine ne peut qu'être assimilée à une dégénérescence du modèle moderne et condamnée sans appel. (...)

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