Entretien avec Terunobu Fujimori : Comme si les modernes n’existaient pas…

Rédigé par Hiromi MATSUGI et Achille RACINE .
Publié le 15/11/2019

Article paru dans le d'A n°276

L’architecture moderne, il la connaît sans doute mieux que quiconque. À la fois historien et architecte, Terunobu Fujimori est une figure absolument incontournable de la scène architecturale japonaise, dont les investigations sur l’architecture commerciale et banale ont inspiré la jeune génération comme l’atelier Bow-Wow. Pourtant, comme s’il avait été immunisé par ses recherches universitaires, il va produire à partir de l’âge de 44 ans une série de constructions étonnantes et naïves qui interrogent – et agacent – par la liberté qu’elles prennent avec à peu près tout ce qui s’est fait au cours du XXe siècle. L’architecte, que nous sommes allés interviewer dans sa ville natale de Chino, se révèle aussi déroutant et stimulant que son architecture. Peu enclin à théoriser sa pratique, qu’il juge difficilement reproductible, il semble assez peu intéressé par l’écologie ou du moins par ceux qui s’en revendiquent, et rappelle avec malice à celui qui chercherait chez lui un engagement politique combien ceux des architectes modernes (Le Corbusier et plus encore Tange, dont il fut le seul biographe autorisé) ont été fluctuants. Auréolé des branchages qui s’échappent du fauteuil dans lequel il nous répond, Fujimori s’enthousiasme en revanche lorsqu’il évoque le premier style international – le seul qui l’intéresse en tant que concepteur –, celui des hommes du Néolithique…

D’A : Votre premier bâtiment est un petit musée pour lequel vous avez dessiné des murs épais et rudimentaires, des intérieurs confinés, convaincu que l’architecture « transparente et cristalline » ne convenait pas…

Il était difficile pour moi de trouver une architecture qui s’accorde avec les objets de la collection du musée Jinchokan, qui remontent littéralement à la nuit des temps, tout en satisfaisant aux préoccupations muséales contemporaines. La solution, je l’ai trouvée dans un texte de Takamasa Yoshizaka, un disciple de Le Corbusier, qui racontait son émotion devant la simplicité de l’architecture mongole faite de murs de boue et d’un seul pilier, pour ne pas dire un bâton, une simple étoffe pour cacher l’entrée (...)

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