Exercice de style - Concours pour la réalisation d’un équipement sportif et d’une résidence pour étudiants - ZAC porte de Vincennes

Rédigé par Richard SCOFFIER
Publié le 25/06/2017

Article paru dans le d'A n°255

Un programme atypique : une résidence étudiante construite sur des locaux techniques de la RATP et un gymnase-pont lancé au-dessus du périphérique. Des maîtres d’ouvrage publics habitués à gérer des opé- rations complexes : SEMAPA et Logis-Transports. Une sélection d’équipes de maîtrise d’œuvre assez homogène qui reflète une nouvelle génération architectes, à la fois régionale et européenne. 

Ce concours lancé l’année dernière demandait aux équipes en concurrence de proposer deux bâtiments séparés : une résidence étudiante de 150 logements et un équipement sportif comprenant un gymnase et deux salles polyvalentes, l’une pour la danse et l’autre les arts martiaux. Jusque-là rien que de très banal, sauf que la résidence sera placée au-dessus d’un bâtiment de stockage de la RATP et que l’équipement franchira une portée de 46 mètres au-dessus du périphérique. La résidence devra de plus tenir compte du maintien de l’activité du local technique, notamment au cours du chantier. Quant à l’équipement, il s’alignera contre le pont de l’avenue Courteline pour assurer la continuité urbaine entre le 12e arrondissement et les communes résidentielles de Vincennes et de Saint-Mandé. Il comportera un avant-bec planté laissant le libre passage aux animaux, afin d’établir un couloir écologique entre les deux zones séparées par l’autoroute. Une problématique symptomatique de la politique actuelle de désenclavement du périphérique qui préfère le recouvrement partiel pour contourner la réglementation concernant les tunnels routiers, devenue draconienne depuis l’accident du Mont-Blanc. Le choix des équipes retenues reflète un réel renouvellement de la maîtrise d’œuvre et rend compte des nouvelles stratégies d’implantation des jeunes agences en régions et en Europe. Elles viennent ainsi souvent de province – d’Aix-en-Provence pour Fernandez & Serres, de Nice pour CAB, de Nantes pour Bourbouze & Graindorge – et sont révélatrices des retombées des politiques Erasmus et Europan. Ainsi Sandrine Puech & Manuel Savoy ont-ils été tous deux formés à l’ENSAIS (Strasbourg) et à l’ETSAB (Barcelone), tandis que María Colomer Betoret et Adrien Dumont (MCBAD) ont fait leurs études entre Valence (Espagne), Venise et Paris. Quant à André Kempe et Oliver Thill, ce sont deux Allemands de l’Est qui ont fondé leur agence à Rotterdam après avoir été lauréats d’Europan 5. Pas d’effet de casting, mais des associations très cohérentes d’agences qui avaient déjà été amenées à collaborer, ou qui semblent avoir été poussées presque naturellement à travailler en commun par leur philosophie très proche du projet. La plupart des équipes ont su plier la commande aux fondamentaux qui déterminent leurs démarches. Notamment l’infrastructure, pour les CAB associés à Bourbouze & Graindorge; la morphologie, pour Kempe Thill et Puech & Savoy, ou encore le monument pour MCBAD et Barozzi Veiga. Des réponses précises et concises qui se déclinent comme autant d’exercices de style à la manière de Raymond Queneau.


« La politique actuelle de désenclavement du périphérique qui préfère le recouvrement pour contourner la réglementation concernant les tunnels. »



INFRASTRUCTURE

CALORI, AZIMI & BOTINEAU (CAB) + BOURBOUZE & GRAINDORGE

[LAURÉATS]


Les deux équipes ont mis en avant les solutions structurelles de leurs deux bâtiments. Ainsi le franchissement est-il assuré par deux façades poutres, l’une plus haute que l’autre, qui maintiennent le gymnase au-dessus du périphérique. Sur ce grand espace viennent se disposer les salles polyvalentes qui donnent sur une terrasse plantée ouverte sur l’avenue Courteline. Leur toiture est posée en semi- équilibre sur la poutre la plus haute et contrebalancée par les tirants qui suspendent l’avant-bec écologique. Quant à la résidence étudiante, elle se constitue comme une barre qui vient se poser en léger décalage sur grande poutre à la Sol Lewitt dans laquelle viennent s’immiscer les services annexes. Une structure portée par seulement huit piles neutres qui enjambent le bâtiment existant. Au-dessus, les façades, qu’elles correspondent aux coursives donnant sur le périphérique ou aux chambres donnant sur la ville, sont rigoureusement identiques, ce qui leur accorde un aspect à la fois générique et métaphysique. Une architecture qui sait renoncer à tout effet et trouver sa beauté, en se montrant nue, sans honte, comme une infrastructure.



MORPHOLOGIE

KEMPE THILL + PUECH & SAVOY


Contrairement au précédent, c’est moins la question du franchissement que celle de la continuité urbaine qui a retenu l’attention des équipes Kempe Thill et Puech & Savoy. Aussi se sont-elles interrogées sur la morphologie de l’immeuble de logement lancé au-dessus du local de la RATP, afin d’éviter la barre et l’effet de fermeture qu’elle pourrait engendrer. Elles ont ainsi cherché à lui accorder une profondeur optimale pour lui permettre de se greffer le mieux possible au tissu urbain avoisinant. Une dizaine de portiques enjambent largement le bâtiment existant pour porter un nouveau sol sur lequel viennent s’implanter deux plots autour d’un espace arboré. Protégées des nuisances du périphérique par un bouclier acoustique transparent contenant les coursives de desserte, les chambres s’organisent en U autour des noyaux de circulations verticales des deux plots. Elles s’orientent majoritairement à l’ouest et s’équipent d’espaces tampons munis de rideau thermiques permettant de réguler la température ambiante. Concernant l’équipement sportif, les salles polyvalentes sont cette fois placées en rez-de-chaussée. Une disposition qui permet de lancer à ce niveau les trois grandes poutres treillis métalliques qui vont assurer le franchissement. Sur ce socle va ensuite s’élever la structure du gymnase. Une composition dynamique et équilibrée, notamment vue du périphérique intérieur, où la superposition partie opaque/partie transparente s’inverse d’un bâtiment à l’autre, jouant avec le mur et le glacis qui bordent à ce niveau l’autoroute annulaire.



MONUMENT

MCBAB + BAROZZI VEIGA


Les architectes Colomer et Dumont associés aux Espagnols Barozzi et Veiga – notamment auteurs de la philharmonie de Szczecin, en Pologne, prix Mies van der Rohe 2015 – semblent avoir parié sur une certaine monumentalité en proposant des pyramides aztèques aux terrasses recouvertes de végétation. Une typologie qui permet de jouer habilement sur les échelles : les bâtiments apparaissent hauts de loin mais savent se rapetisser lorsque l’on s’approche. Une question qui aura son pendant dans les typologies des chambres. Celles composant la strate inférieure s’ouvriront sur des balcons en jouant sur une proximité et une continuité avec la ville. Tandis que celles du haut s’organiseront autour de fenêtres à allège offrant des vues sur le lointain. Cette approche additive se retrouve dans l’organisation de l’équipement sportif. Une première couche est formée par le long hall d’accueil ouvert sur l’avenue Courteline et le gymnase. Ensuite le vide de la grande salle et enfin les salles polyvalentes. Quant à la structure de la résidence étudiante, elle est assurée par douze portiques qui reprennent au-dessus du local existant la trame des refends porteurs des chambres. Ce rythme très rapproché permettra d’obtenir un effet de colonnade qui se retournera sans raison structurelle sur les pignons sud et nord. Tandis que la structure du gymnase, moins héroïque que les solutions précédentes, sera constituée par une dalle de reprise portée par un poteau érigé sur le terre-plein central du périphérique. Elle sera ensuite constituée par des poutres Pratt qui s’étageront en fonction des strates et prendront appui sur les murs pignons accueillant les espaces servants et les circulations verticales.



UNITÉ

FERNANDEZ & SERRES


L’agence d’Aix-en-Provence a réuni organiquement les deux bâtiments et présenté une proposition moins transparente que celles des autres équipes en compétition. Ils semblent être partis des angles arrondis des locaux de la RATP et s’être concentrés le thème de l’emboîtement. La structure de la résidence étudiante est relativement simple – des portiques dont l’espacement correspond ensuite au cloisonnement des logements – mais sa façade descend et recouvre partiellement le bâtiment technique, comme si elle venait l’enchâsser. De même le gymnase repose-t-il en encorbellement sur les salles polyvalentes qui se glissent entre trois poutres treillis métalliques pour donner le même effet d’insertion. Il se constitue comme une élégante coque en bois renforcée par des arêtes qui soutiennent un plafond à caissons d’où tombe la lumière. Comme s’il s’agissait d’un auditorium ou d’une bibliothèque occupé par effraction par des manifestations sportives.



SÉQUENCE

BABLED & K ARCHITECTURES


Thibaud Babled, Karine Herman et Jérôme Sigwalt, les deux équipes parisiennes, ont surtout considéré l’opération comme une séquence, un chaînon urbain manquant entre Paris et Saint-Mandé. Elles ont volontairement minimisé les questions structurelles. Ainsi, les poutres treillis qui portent l’équipement sportif restent-elles cachées, tandis que les piles métalliques qui soutiennent la résidence étudiante se plient pour composer comme une jupe plissée autour des locaux de la RATP. Un plissement qui, renforcé par un système d’ouvertures en quinconce, organise ensuite les façades donnant sur la ville, en référence aux redans des HBM de ceinture. L’enveloppe de l’équipement est traitée de la même façon afin d’obtenir une continuité maximale. Et sur le périphérique la résidence ose une façade arrière, rappelant celles qui donnent sur les grandes saignées ferroviaires menant aux gares.


Lisez la suite de cet article dans : N° 255 - Juillet 2017

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