Favoriser l’apprentissage par l’expérience et l’innovation au sein des écoles d’architecture

Rédigé par Christine DESMOULINS
Publié le 02/11/2015

Dossier réalisé par Christine DESMOULINS
Dossier publié dans le d'A n°240

Entretien avec Nathalie Mezureux, directrice de l’ENSA de Lyon et vice-présidente du conseil d’administration des Grands Ateliers de L’Isle-d’Abeau.

DA : LE RAPPROCHEMENT ENTRE ÉCOLES D’ARCHITECTURE ET D’INGÉNIEURS COMMENCE À PROGRESSER. EST-CE UNE MANIÈRE DE REVALORISER UN ENSEIGNEMENT PROFESSIONNALISANT DANS LE CURSUS LMD ? 



Nathalie Mezureux : Dans les écoles d’architecture françaises, on a trop tardé à mettre les étudiants en situation d’expérimentation et de maîtrise d’oeuvre au cours de leurs études, ce qui se pratique régulièrement aux États-Unis, notamment au Rural Studio en Alabama. En s’inspirant de cursus d’études relevant d’autres disciplines et notamment de celui des écoles d’ingénieurs où les liens entre les études et le milieu professionnel sont féconds, il faut parvenir à cibler des objectifs permettant d’apprendre aux étudiants comment innover. Cela suppose d’ailleurs de réfléchir à de nouvelles voies d’innovation. En tant qu’architectes, les étudiants ont besoin de disposer des savoir-faire des ingénieurs. C’est d’autant plus vrai que de nombreux architectes travaillant au sein de petites agences déposent des ATEx et des brevets. Si un architecte sait collaborer avec les ingénieurs et qu’il ne craint pas la confrontation avec la réalité extérieure et l’industrie, des pistes intéressantes s’ouvrent à lui. Or, malgré les débats qui ne sont pas nouveaux sur ce sujet, on a trop longtemps traité de façon différenciée l’enseignement des architectes et celui des ingénieurs. Nous avons également constaté que la professionnalisation ne se fait pas seulement après l’école ; il faut donc l’intégrer dès le début du cursus et, pour nous, permettre aux étudiants d’expérimenter est un devoir. Les médecins font un clinicat et un doctorat. Le doctorat leur apprend à se servir des recherches de leurs confrères pour nourrir le métier et la mise en situation en clinique est fondamentale. Pour les architectes, les outils de la recherche et de l’innovation ont besoin d’être peaufinés et il nous faut des complices opérant dans les entreprises du BTP. Si l’on regarde le bilan annuel de la profession publié par le Conseil européen des architectes, la France constitue le plus fort marché de construction mais elle n’est qu’à la sixième place des pays européens en ce qui concerne la place qui y est occupée par les architectes. Il faut donc qu’ils investissent les groupes de BTP et que de grands groupes comprennent l’intérêt de financer des chaires dans les écoles d’architecture. Définir de nouvelles technologies à partir d’intentions architecturales est une noble intention. 



DA : QUEL EST LE SENS DU NOUVEAU DOMAINE D’ÉTUDE DE MASTER « ARCHITECTURE VERTUEUSE » QU’ANIME PAUL VINCENT ? 



NM : Notre objectif est d’aider les étudiants en architecture à assumer des innovations et d’aller jusqu’à déposer des brevets pour protéger leurs inventions architecturales. L’ENSAL sera prochainement associée à l’INSA (Institut national des sciences appliquées de Lyon) pour bénéficier, entre autres, de son savoir-faire sur ce sujet et des services de sa filiale valorisation INSAVALOR. 



DA : CETTE VOLONTÉ D’EXPÉRIMENTATION S’INSCRIT-ELLE DANS L’ESPRIT DES GRANDS ATELIERS DE L’ISLE-D’ABEAU ? 



NM : Bien évidemment. Cet outil – qui existe depuis 2001 – a été conçu pour redonner place à l’expérience constructive dans l’enseignement de l’architecture, mais il pourra devenir un moyen de donner une véritable expérience régulière de maîtrise d’oeuvre à tous les étudiants. Ces Grands Ateliers, qui ont aujourd’hui pour directeur scientifique l’architecte enseignant et chercheur Pascal Rollet, forment le premier pôle français d’enseignement supérieur de recherche et d’expérimentation de l’architecture et de la construction. Cette expérience de l’apprentissage en situation réelle leur a permis de porter une initiative d’excellence en formation innovante IDEFI, dénommée « amàco », dont le potentiel a été extrêmement bien évalué par l’Agence nationale de la recherche. 

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