Forme vivante : l’architecture japonaise contemporaine en 64 projets

Rédigé par Theodora BARNA
Publié le 09/12/2021

Maison à Nishisakabe, YOSHIMURA Maki, 2019

« Quand la forme parle », l’exposition en cours à la Maison de la culture du Japon à Paris (MCJP), présente les projets de trente-cinq agences d’architecture qui ont vécu le lendemain de l’éclatement de la bulle spéculative à la fin des années 1980 au Japon. Ébranlée par la crise économique subséquente, cette génération de concepteurs a dû interroger sa manière de construire face à des impératifs antagonistes. D’une part la recherche des formes pures –héritage du courant moderne auquel ils étaient sensibilisés –, et d’autre part l’instabilité économique et les aléas naturels.

 

Activité sismique, tsunamis, catastrophes nucléaires, contraintes financières… l’écriture architecturale peut-elle demeurer autonome soumise à ces pressions ? Les soixante-quatre projets exposés tentent d’y répondre. Les agences sélectionnées, tout comme leurs œuvres, sont réparties sur tout le territoire nippon, allant même au-delà de cette frontière pour quelques-unes. Ce panorama étendu embrasse une variété de programmes et d’échelles : la fenêtre, la maison, l’équipement public, le gratte-ciel… Les plans, les coupes, et les perspectives abondent, mais l’outil de représentation privilégié par le commissaire de l’exposition, Taro Igarashi, est la maquette. Installées dans la boîte dans laquelle elles furent transportées depuis le Japon, les maquettes sont regroupées par deux. Le couplage fait dialoguer des projets issus d’agences différentes, mais dont le programme ou la démarche partagent des similitudes. Loin d’un objet froid et monochrome, les maquettes exposées rendent sensibles la matérialité, la forme et la pesanteur des projets, allant même jusqu’à la représentation des phases intermédiaires de conception. C’est le cas de Studio Velocity qui cristallise le moment de mise en tension des portiques courbés en bois constituant la structure porteuse de leur bâtiment de bureau à Sanno. Cette mise en tension est figurée par l’accrochement des pierres, suspendues aux poutres par un fil : le contraste entre les masses intensifie la légèreté de la structure bois. 

 

En plus du couplage, les projets sont aussi regroupés en trois rangées, chacune selon une thématique : « concevoir avec la communauté », « la forme et l’environnement », et « le nouveau rapport public-privé ». Elles suggèrent le renouement de ces jeunes concepteurs avec les milieux locaux et spécifiques dans lesquels ils agissent. L’autonomie de la forme, héritage du modernisme, n’est pas écartée de leurs préoccupations. Cependant, il n’est pas question de produire de l’Art pour l’art. Lorsqu’elles sont mobilisées, les formes opèrent au service des communautés. Le temple Chushiin-ji de Katsuhiro Myamoto, qui figure aussi sur l’affiche de l’exposition, est le porte-étendard de cette médiation. Le toit en béton armé du temple, dont la forme réinterprète celle d’une pagode traditionnelle, exprime pérennité et protection. À l’intérieur, une structure secondaire en bois, flexible et légère, rend possible une mutation de ces résidences selon l’évolution des usages.

 

« Quand la Forme Parle » était initialement programmée en 2018 dans l’Asile Flottant, péniche aménagée par Le Corbusier et son disciple Kunio Maekawa. Avant que les travaux de réhabilitation (dont Shuhei Endo fut chargé en 2006) touchent leur fin, la péniche a coulé lors de la crue exceptionnelle de la Seine en 2018. Il faudra attendre deux ans et huit mois pour qu’elle soit remise à flot. La présentation de cette longue et complexe réhabilitation amorce l’exposition à la Maison de la culture du Japon, une occasion de rendre hommage à la rencontre entre Le Corbusier et Maekawa.

 

Architectes exposants : Alphaville Architects, Manabu Aritsuka, Ryuichi Ashizawa, Manabu Chiba, Coelacanth K&H Architects, Katsuhiko Endo, Shuhei Endo, Tomohiro Hata, Akihisa Hirata, ICADA, Kumiko Inui, Ryoko Iwase, Yusuke Koshima, Kubo Tsushima Architects, Keisuke Maeda, Shigeki Maeda, MIKAN, Akiko Miya, Katsuhiro Miyamoto, Yu Momoeda, Yuko Nagayama, Hiroshi Nakamura, Ryue Nishizawa, o+h, ofa, Ryutaro Saito, Yo Shimada, studio velocity, Daisuke Sugawara, Tsuyoshi Tane, Tezuka Architects, Susumu Uno, Yasuhiro Yamashita, Takashi Yonezawa, Maki Yoshimura

 

Quand la forme parle – Nouveaux courants architecturaux au Japon (1995-2020) 

Jusqu’au 19 février 2022 à la Maison de la culture du Japon à Paris (101 bis quai Branly 75015 Paris)

Entrée gratuite

8 janvier à 15h

Rencontre avec Klaas De Rycke, Yves Moreau, Yo Shimada, Tsuyoshi Tane

Modérateur : Shigeki Maeda

Les articles récents dans Actus brèves

Constructions légères, enjeux pesants Publié le 16/12/2021

Au Pavillon de l’Arsenal, l’exposition « Construire léger et décarboné » met à… [...]

Lesley Lokko, curatrice de la 18e Biennale d’Architecture de Venise Publié le 15/12/2021

La curatrice de la Biennale d’Architecture de Venise 2023 sera… [...]

Aurelio Galfetti (1936-2021) Publié le 14/12/2021

L’architecte tessinois Aurélio Galfetti, né à Lugano en 1936 s’est éteint le 5 décembre… [...]

Les résultats EUROPAN 16 dévoilés ! Publié le 13/12/2021

Les lauréats du concours d’idées Europan viennent d’être dévoilés.… [...]

La sélection livres de Noël Publié le 08/12/2021

Comme chaque année à l'approche des fêtes, la rédaction de d'architectures vous présente sa… [...]

.

Réagissez à l’article en remplissant le champ ci-dessous :

Vous n'êtes pas identifié.
SE CONNECTER S'INSCRIRE
.

> L'Agenda

Janvier 2022
 LunMarMerJeuVenSamDim
52     01 02
0103 04 05 06 07 08 09
0210 11 12 13 14 15 16
0317 18 19 20 21 22 23
0424 25 26 27 28 29 30
0531       

> Questions pro

Faire vivre le patrimoine. Entretien avec Benoît Melon, directeur de l’École de Chaillot.

L’entretien et les réhabilitations concernant 28,4 % des travaux d’architectes, la spécialisation en deux ans proposée …

Quels conseils donner aux jeunes diplômés ?

Boxeur professionnel à 17 ans, Tadao Ando voyageait pour combattre avant de se former en autodidacte à l’architecture, métier qu’il dit…

Les ABF, de la censure au dialogue constructif

Légitimes gardiens du temple, les architectes des bâtiments de France accompagnent souvent des architectes et des maîtres d’ouvrage éclairés…