Genre et espace : une table-ronde entre professionnel.le.s

Rédigé par Stéphanie DADOUR
Publié le 11/12/2018

Dossier réalisé par Stéphanie DADOUR
Dossier publié dans le d'A n°268

De plus en plus de professionnel.le.s et de chercheurs portent un regard genré sur l’espace en France. Convoquant les réflexions d’une urbaniste, d’une géographe, d’une architecte, d’une anthropologue et d’une théoricienne, cette table ronde animée par Stéphanie Dadour vient ici compléter le dossier central publié dans le numéro 268 de D’A.

Intervenantes

 


Lucile Biarrotte

Doctorante en urbanisme, travaillant sur les dimensions genrées de la culture professionnelle des urbanistes en France.


Chris Blache

Anthropologue urbaine, co-fondatrice et coordinatrice de Genre et Ville. Genre et Ville est une plateforme d’innovation urbaine qui interroge et transforme les territoires par le prisme du genre de manière intersectionnelle.


Pascale Lapalud

Urbaniste designer, co-fondatrice de Genre et Ville.


Giulia Custodi

Architecte, fait un stage de terrain de thèse à la Mairie de Paris dans le Service Égalité, Intégration, Inclusion. Travaille sur une thèse intitulée Cartographies genrées. Symboles, stéréotypes et coexistences parmi les genres, les espaces et les esthétiques dans la ville européenne actuelle.


Sophie Orlando

Professeure de théories de l’art et d’histoire de l’art à la Villa Arson, École nationale supérieure de Nice. Elle travaille avec les épistémologies féministes intersectionelles en histoire de l’art par une écriture critique et théorique.


Édith Maruéjouls

Géographe et créatrice de L'ARObE, L'Atelier Recherche OBservatoire Égalité, experte en égalité intégrée.


 

Stéphanie Dadour : Pourquoi parler de genre dans la conception spatiale ?

 

Lucile Biarrotte : Le genre est un système inégalitaire de catégorisation sociale qui traverse tous les domaines de la vie humaine, sans exception. Les territoires, en tant que constructions humaines, n’y échappent pas non plus, de l’échelle du corps jusqu’à celle des nations. Ils cristallisent spatialement les inégalités de genre, dans les constructions en dur et dans les usages. Cela a été largement montré par les géographes féministes depuis les années 1980, pour des lieux et des époques très variés. On peut citer quelques exemples parlants : l’inégale répartition et accès aux toilettes publiques, la production stéréotypée de logements selon le standard des familles nucléaires hétéronormées, ou encore l’accaparement des lieux sportifs par certaines formes de masculinités hégémoniques, comme l’a démontré Édith Maruéjouls dans sa thèse.

 

Giulia Custodi : Pourquoi en parler? Parce qu’il s’agit de comprendre les arrières plans de la pensée de notre société, se confronter aux racines de nos stéréotypes, sexistes, racistes, etc.

 

Pascale Lapalud : Mais aussi parce qu’il s’agit d’une histoire assez récente dans le sens où la ville du XIXème fait entrer la modernité et bouscule l’ordre. La morphologie urbaine s’adapte aux gares, les trains entrent jusqu’au cœur des villes, les usines et fabriques qui attirent de la main d’œuvre. Mais surtout, ce nouvel ordre intime politiquement, socialement et physiquement une répartition des fonctions entre deux mondes : celui du privé attribué aux femmes et celui du public organisé pour le pouvoir, les hommes et les fonctions du travail. La montée d’une classe bourgeoise d’hommes blancs transmet ses nouvelles valeurs d’ordre et de morale qui légitiment ou non la présence des femmes, le tout encadré par les valeurs religieuses qui pèsent surtout sur les femmes. La ville du XIXème n’est pas accessible pour les femmes bourgeoises qui veulent aller seule dans la rue, n’ont pas droit de citer au restaurant et doivent être chaperonnées pour les soirées et spectacles. Quant aux femmes dites « du peuple », elles travaillent et vivent dans les cours et la création des halles et marchés couverts participent plus du privé que de l’espace public. Nous voyons encore aujourd’hui la différence entre l’homme public et la femme publique.

 

Chris Blache : Sur le plan urbain et architectural, il existe un impensé très fort sur les inégalités générées par la construction ou l’aménagement d’espaces. Il est communément entendu que l’espace est créé par et pour tou.te.s, car il s’agit de structures, d’équipements, privés ou publics à destination de l’ensemble de la population. Pourtant, lorsqu’on analyse à la fois les effets directs – aménagements à usages très normatifs comme la plupart des équipements sportifs ou symboliques comme les noms de rues – de très fortes disparités apparaissent. Questionner les normes de genre, c’est questionner toutes les normes et les rapports de forces qui vont avec. Pourquoi les voitures ont-elles priorité sur les piéton.ne.s ? Pourquoi les hommes occupent l’espace avec amplitude, là où les femmes se contraignent ?  Pourquoi les lesbiennes ne semblent pas avoir de lieux de sociabilité visibles dans l’espace public au contraire des gays ? Le genre ouvre une discussion sur la normalisation des corps. Quelle place pour des corps non conformes aux codes dominants ? Son étude nous interpelle sur des référents uniques dont l’architecture n’est pas exempte. 

 

Édith Maruéjouls : Les stéréotypes sexués fonctionnent selon deux modes : l’accentuation de la différence entre les deux groupes sociaux femmes/hommes (binarité absolue) et l’uniformisation à l’intérieur de chaque groupe (la femme, l’homme). Les stéréotypes impliquent la normalisation des rôles sexués : qu’est-ce qu’être une fille, qu’est-ce qu’être un garçon? Les femmes et les hommes qui ne s’y conforment pas sont considérés comme « déviants ». Le sexisme est le processus de hiérarchisation des deux classes sexuelles ainsi obtenues, instaurant l’inégale valeur entre le groupe des femmes et celui des hommes. Appartenir au groupe des hommes est plus valorisé. La distinction entre les filles et les garçons s’opère dès la naissance sous la forme de l’apprentissage d’une norme, ensemble de rites, de critères, de règles, de principes (par principe un garçon ne porte pas de robe). Une non-conformité constitue, aux yeux du groupe, plus qu’une transgression, un travestissement. Cela fait des hommes efféminés, faibles, peureux, sur lesquels plane un doute quant à leur sexualité (homosexuels ?). Et des femmes « anormales », « a-normées » deviennent des hommes ratés (des garçons manqués). Distinction qui se renforce (ou qui prend son sens) dans la valeur consciente ou inconsciente que l’on donne à la parole d’un homme par rapport à celle d’une femme. Au-delà de l’image plus ou moins stéréotypée, mais en tous cas conforme, qui s’impose à la majorité d’entre nous, c’est le crédit que l’on va donner à la parole en fonction du sexe qui est en jeu. Hiérarchiser la parole entre des individu.e.s adulte- c’est instaurer une domination. Le marquage de l’espace (les murs, la délimitation) mais également l’exclusion, à travers la notion de propriété, sont des processus à l’œuvre. La lutte pour garder et protéger son territoire est un cadre d’analyse toujours pertinent en particulier dans la sexuation des espaces. L’argument souvent mis en avant lorsqu’on invoque la possibilité de présence des filles dans des lieux et espaces uniquement masculins, consiste à avancer le risque d’exclusion des garçons. Dans le loisir dit « généraliste », l’image du garçon conquérant du territoire « public », la turbulence intrinsèque, la virilité, lui confèrent une légitimité d’occupation, d’immobilité et de visibilité. Les filles sont, elles, plus aisément associées au territoire scolaire et domestique. L’enjeu se situe alors dans l’« affrontement » et/ou la récupération du « territoire » dans une stratégie de canalisation en (re)définissant des territoires autorisés pour ces jeunes garçons. La construction massive en France de city stade et/ou skate parc en est l’illustration. En simplifiant, c’est la problématique de la stagnation et l’appropriation par les jeunes garçons des pieds de tour et/ou du quartier que l’on va traiter en « sériant » l’espace et en autorisant un territoire plus petit, plus clos, le city stade. C’est ce qui est nommé « l’institutionnalisation de la présence masculine » (voire de la domination masculine).

 

Stéphanie Dadour : Vous semblez toutes d’accord sur le fait qu’il existe des différences genrées dans les pratiques, les usages et les modes d’appropriation des espaces. Est-ce aux professionnels de l’aménagement d’en tenir compte ? N’est-ce pas des questions à régler au niveau des fondements de la société tout d’abord ?

 

Lucile Biarrotte : En effet. Toutes les études concordent là-dessus, tout en montrant les variations locales et temporelles. L’une des réponses les plus courantes que les professionnel.le.s de l’urbanisme me font lors des entretiens est justement : « Mais c’est un problème d’éducation ! Pas d’espace ! ». Ils et elles ont à la fois raison et tort d’après moi. On ne peut pas, en tant qu’architecte, urbaniste ou paysagiste, obliger les gens à utiliser les aménagements que l’on produit de manière égalitaire. Cependant, la manière dont on les crée n’est elle-même pas dénuée de biais sexistes. Les professionnel.le.s sont aussi des personnes avec des présupposés à questionner ! Et dans ce sens, elles et ils peuvent remettre en question leurs pratiques en objectivant, via des études méthodiques, les usages genrés réels. Bien sûr que nos disciplines ne peuvent pas régler le problème du sexisme toutes seules, mais elles doivent prendre leur part dans l’effort collectif en questionnant ce qui, chez elles, travaille à perpétuer des inégalités, quelles qu’elles soient.

 

Édith Maruéjouls : Le rapport des jeunes filles et des jeunes garçons au territoire du loisir est influencé par une stratégie politique – la construction d’un loisir majoritairement masculin – d’un côté, une ségrégation historiquement portée par la norme de genre (hiérarchisation des sexes, stéréotypes etc.) de l’autre. S’intéresser à la superstructure, c’est saisir l’aspect invisible de la question de la répartition sexuée des loisirs des jeunes, c’est-à-dire identifier les choix politiques qui ont motivé la création des équipements. L’invisibilité du genre dans l’analyse politique (ne pas observer la mixité, l’aveuglement par rapport au genre) et le processus d’invisibilisation (décrochage) sont essentiels dans la compréhension de la sexuation des loisirs des jeunes. Formaliser un espace légitimé par la société comme une pratique des garçons dans un espace public (ou semi public, comme la cour d’école par exemple) est une forme de privatisation de l’espace public. Les filles ici, les femmes plus tard, sont disqualifiées d’office. Être à inégale légitimité est être à inégale valeur et ne permet pas la possible égalité dans le partage d’un espace. Dans l’exemple que je donnais des loisirs et des pratiques sportives, ceci reviendrait à se demander s’il est vraiment important que les femmes fassent du sport. Ou qu’elles aient une parole publique.

 

Chris Blache : De manière plus générale, ce sujet nécessite aussi un engagement politique, au sens premier du terme, car les normes sont légion et elles sont résistantes. Interroger la spatialité d’un bâtiment et de ses logements dès la conception, c’est questionner ce que produit la notion de dedans et de dehors, ce que produisent l’organisation d’un logement et les fonctionnalités qui lui sont attribuées.  C’est intégrer de la complexité dans la conception là où pour des questions de facilité de construction, de coût ou d’esthétique seront souvent privilégiées des formes uniques, reproductibles, calibrables. 

 

Giulia Custodi : J’ai l’impression que dans nos professions, nous nous cachons trop souvent derrière la technique : ni humanistes, ni scientifiques, nous nous situons dans l’entre-deux, sans véritable approfondissement, ni d’un côté ni de l’autre. Nous faisons confiance aux études des autres (pour les questions thermiques par exemple, ou de développement durable, etc.) pour justifier nos conceptions. Nous sommes aussi obligé.e.s de respecter les normes, les lois et certaines contraintes : se mettre à les critiquer semble parfois impossible, fatiguant, inutile. Et pourtant, c’est une question d’engagement, de choix : qu’est-ce qu’on peut faire, en tant que professionnel.le.s, pour limiter les défauts d’une construction spatiale qui reproduit les stéréotypes et limite les droits à la ville pour certain.e.s ? Je suis convaincue qu’il faut essayer de prendre position et agir à son propre niveau avec les outils à disposition : ne pas reproduire des inégalités dans les appels d’offre dans la conception, dans les chantiers… Mais surtout : commencer à en parler dans les écoles, car c’est là que les constructions stéréotypées se reproduisent.

 

Sophie Orlando : Tout à fait ! Prenons un exemple simple. À la Central Saint Martin, University of Arts de Londres, on trouve dans les bureaux, trois toilettes distinctes : homme, femme et queer. Cette visibilité des sexes ne repose plus seulement par une injonction binariste mais invite à l’autodétermination. De plus, ces trois espaces sont la preuve d’une reconnaissance institutionnelle des variétés de genre et de sexe. L’architecte en charge de la rénovation de ce bâtiment à Granary Square a produit un espace de dénormalisation. Un acte politique clair et simple.

 

Stéphanie Dadour : À ce rythme, on aura des centaines de toilettes. Ajoutons les personne à mobilité réduite, les différences liées aux religions, etc. Comment faire ?

 

Chris Blache : Il ne faut pas caricaturer. Le fait d’introduire des toilettes queer est un marqueur d’éveil. Comme le dit Sophie, cela oblige à avoir un regard situé, à se positionner, donc à s’interroger sur ce qui se joue. La séparation femme/homme des toilettes nous engage à nous déterminer de façon binaire.  Il est intéressant de constater que dans l’espace privé ou dans certains espaces publics comme la plage, ou certains restaurants par exemple, les toilettes sont mixtes sans que cela nous interroge. En revanche dès que ces dernières sont nommées, on a immédiatement injonction à se ranger dans la bonne case, et toute transgression est accompagnée soit d’une réflexion intériorisée (« je ne suis pas à ma place, ça va se voir »), soit de regards appuyés, soit de remarques ou de marques d’étonnement… Sans parler parfois de violence notamment à l’égard de trans qui ne sont bienvenu.e.s ,ni d’un côté ni de l’autre.

 

« Prescrire un usage (jouer au foot, faire du skate, jouer aux boules) c’est prescrire un public (le public attendu, légitime) et proscrire tous les autres usages et publics. »

 

Édith Maruéjouls : C’est donc en réinterrogeant les effets induits de l’aménagement sous l’angle du genre que des espaces alternatifs se profilent. Parce que partager un espace, c’est pouvoir négocier et renoncer. Pour cela, il faut se trouver ensemble dans un même lieu au même moment afin d’engager une discussion sur l’usage. Sur un city stade, un skate park ou un boulodrome, on ne peut pas pique-niquer, on ne peut pas danser. Sur un terrain de foot dans la cour, on ne peut pas décider de faire un autre jeu collectif. Prescrire un usage (jouer au foot, faire du skate, jouer aux boules) c’est prescrire un public (le public attendu, légitime) et proscrire tous les autres usages et publics.  La mixité est donc le premier élément d’un espace public à partager. La mixité des publics (femmes-hommes, âgé/es-enfants, valides-non valides, etc.), mais également la mixité des usages (du sport, de la culture, de la convivialité, du jeu, du repos, etc.), la modularité des temps (le matin, l’après-midi, la journée, le soir) et la mixité de l’intervention, de l’occupation (la puissance publique, les associations, les riverain/es, les touristes, etc.). Il s’agit de rendre perméables et ne plus morceler les espaces en réfléchissant à du mobilier mobile, à des matières favorisant diverses pratiques, à l’emprise des bancs, à la place de la végétalisation, la place des pieton.ne.s, à l’éphémère, à la création, l’imagination. L’aménagement devient alors le sujet de la ville comme projet collectif. Il est ici essentiel de percevoir que seul l’espace public est l’espace de citoyenneté, de parole publique et de participation ensemble à la société. L’espace privé privatise la parole, la discussion, l’échange. Avoir un effet de seuil pour les femmes, les filles, c’est invisibiliser aussi leur place publique, leur parole citoyenne. Parce que partager un gâteau, ce n’est pas avoir chacun un gâteau mais bien faire des parts dans le même gâteau, c’est négocier et renoncer. L’égalité ne s’entend que dans la relation, dans le miroir. On n’est pas égal.e à soi-même mais bien à l’autre. Faire de l’égalité entre les femmes et les hommes dans le droit à la ville, dans l’aménagement des espaces publics, l’enjeu principal, c’est (ré)affirmer l’égale liberté.

 

Stéphanie Dadour. Comment rendre ces enjeux opératoires, c’est-à-dire quelles seraient les conditions qui permettraient de mieux prendre en compte les questions de genre dans la conception spatiale ?

 

Lucile Biarrotte : Il faut en premier lieu produire des données ventilées par sexe, voire prenant en compte la variété des identités de genre (les personnes intersexuées et trans notamment), pour les usages des espaces et services publics, du logement, des transports… Il faut insister en particulier sur les domaines longtemps invisibilisés par les statistiques officielles, c’est-à-dire tout ce qui concerne le travail non rémunéré de reproduction, dont le soin des personnes dépendantes. Cela pour mieux organiser les espaces urbains ou ruraux en fonction des besoins quotidiens de déplacements, de sécurité, mais aussi de bien-être. Par exemple, placer les lieux de garde d’enfants près des infrastructures de transports stratégiques permet de rationaliser les déplacements quotidiens pour les parents qui vaquent à leurs occupations.

 

Pascale Lapalud : Comme tu le dis Lucile, il ne faut pas se contenter de données indexées à des modèles sociétaux mis en place il y a plusieurs décennies et qui perdurent de manière archaïque lorsqu’en phase de diagnostic de territoire on parle de ménage, d’usager, d’habitant, de PMR ou d’extraterrestres qui manquent d’incarnation. Il faut donc dépoussiérer les normes et entrer des données qualitatives comme le temps disponible hors travail ou charge de care. Il faut donc travailler à toutes échelles avec des outils appropriés et remettre les corps, les sens et les rêves au centre de l’aménagement. Il faut remettre aussi en question les outils de la planification urbaine qui se pratique aujourd’hui avec des logiciels qui permettent de mesurer les impacts de telle ou telle politique sur les territoires : l’ajout ou le retrait d’un axe pénétrant, l’implantation ou non d’un espace commercial ou même la correction nécessaire pour diminuer un îlot de chaleur urbain. Les femmes et les hommes y sont introduits de façon binaire uniquement dans des fonctions.

 

Giulia Custodi : Du point de vue général, je rejoins Lucile : il faut avoir plus des données et sortir du binarisme de genre, et il faut réfléchir à des solutions spatiales à la fois non genrées et attentives aux genres. En tant que concepteur.trice.s, c’est important de savoir qu’on ne construit pas pour un public neutre, mais qu’il faut bien avoir en tête toutes les possibles différences humaines : genres, sexes, âges, classes, etc.

 

Sophie Orlando : À mon avis, nous sommes face à de nouvelles nécessités : tout d’abord reconnaître que les outils féministes ne sont pas situés à la marge du centre, mais portés par des décennies de recherches, pratiques, textes et donc que l’épistémologie féministe s’enseigne et se pratique dans toutes les disciplines aujourd’hui. Autrement dit, il est temps de simplement assumer de travailler avec ces outils légitimes, plutôt que de les situer à distance, en tant que phénomènes observables. Passons du statut de représentations des genres et des sexualités à un outil de construction des savoirs situés (Haraway, Harding, De la Bellacasa) qui ne pense plus l’écart entre une norme et une déviance, mais une construction des connaissances par des subjectivités variées, conscientes d’elles-mêmes, présentes dans les gestes d’architectes, d’urbanistes, d’historien.ne.s, de critiques, d’artistes, etc.

 

Chris Blache et Pascale Lapalud : Nous rejoignons Sophie sur la nécessité de légitimation des travaux féministes et queer. Il est grand temps de dé-marginaliser nos travaux, mais en même temps nous savons que cette marginalisation fait partie intégrante du système sociétal fondé sur l’hégémonie masculine. Le changement de paradigme nécessaire à une cité plus incluante correspond de fait à la nécessité d’une transition sociétale majeure, intégrant à la fois la question des inégalités de genre, ethniques, sociales, intergénérationnelles, la remise en question de notre système économique dysfonctionnel ainsi que les enjeux écologiques. Ce changement implique de remettre en question nos façons d’habiter, de cohabiter, de consommer, et donc de construire et d’organiser l’espace. 

 

 

Dans un « Résumé d'éducation pratique » de 1873 par Madame Paul Caillaud — Déléguée pour l'Inspection des Écoles Primaires de filles — on découvre des liens  extraordinaires entre l'éducation à l'ordre et la formation du sentiment de culpabilité. Le texte instaure une parenté, des homologies profondes, entre l'ordre dans le ménage, l'ordre dans la conscience et l'ordre du monde. Sous le titre général « De l'ordre » (premier entretien), on glisse d'une manière incongrue et apparemment sacrilège de la poussière sur les meubles à la grandeur de Dieu et à l'invariable mouvement des astres.

In Fumat Yveline. La socialisation des filles au XIXe siècle, Revue française de pédagogie. Volume 52, 1980. pp. 36-46.

 

 

 

 

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