HMONP, épisode 3. Bilan d’étape pour les "HMONPistes"

Rédigé par Christine DESMOULINS
Publié le 10/10/2011

Article paru dans le d'A n°203

Avec l'avis des jeunes architectes s'achève notre enquête sur l'HMNOP. Nous avons également interrogé le directeur de l'Architecture au ministère de la Culture et de la Communication sur les points forts et les aspects perfectibles du dispositif. Si les plus déterminés à s'engager en maîtrise d'œuvre voient l'HMO comme une étape d'information précieuse, se faire repérer tôt par ses professeurs reste un atout pour aborder la carrière d'architecte.

Du très pour…
Profil type du jeune architecte ambitieux, Arthur Rose (vingt-cinq ans) a validé l'HMO à Bordeaux après une mise en situation professionnelle (MSP) chez Brochet-Lajus-Pueyo. Outre les stages obligatoires et un an d'Erasmus à Athènes, il avait déjà effectué d'autres stages dans cette agence et dans celle de Bernardo Gómez-Pimienta au Mexique. « Avoir dès la fin de la licence des premières responsabilités sur des projets et une approche du chantier est agréable, dit-il. L'HMONP a complété l'expérience et m'a aidé à saisir le fonctionnement des agences, la part administrative, la relation avec les entreprises et la façon de créer une répartition des rôles et un climat relationnel favorable à la productivité. »
La phase théorique en cinq séminaires d'une semaine lui paraît « peu pratique quand ces séminaires se cumulent avec une charrette d'agence ». Et s'il regrette que le contrôle des connaissances clôture immédiatement chaque séminaire car un temps d'assimilation plus long serait plus profitable, il est ravi que le cours sur le CCTP (cahier des clauses techniques particulières) soit tombé pile au moment où il s'y confrontait à l'agence. « L'HMONP est positive car elle nous met en garde, quitte à anticiper les pires risques en matière de responsabilité, ce qui peut aussi décourager », conclut-il. Confiant, Arthur Rose a créé une SARL d'architecture. Les projets sont au rendez-vous et son associé attendra quelques années pour valider ses acquis par l'expérience.

et du plus mitigé
Diplômée fin juin, Nathalie Befve (vingt-quatre ans) devait trouver une agence avant le 2 septembre pour s'inscrire en HMNOP à Marne-la-Vallée. Ayant déjà effectué un stage long chez Tectone entre licence et master et trois mois dans une agence néo-zélandaise, elle a adressé par courrier à une quinzaine de petites agences ciblées un « vrai book ». Hélas, faute de travail ou d'envie de recruter quelqu'un en MSP, aucune ne l'a embauchée, ce qui l'a fait regretter cet investissement en vrais books. « Avant le diplôme, nous n'avons guère le temps de chercher une agence. Ensuite, malgré l'aide des enseignants, le temps passe vite et certaines agences ferment en août. Fin juillet, l'un de mes profs m'a orientée vers un BET environnemental qui m'a embauchée en CDI. » Pas encore prête à créer son agence, elle voulait valider l'HMO pour clore un cycle d'études. Elle y a momentanément renoncé au profit d'un emploi qui complétera son master Habitat énergie et lui donnera des connaissances techniques.

En HMO à Grenoble, Olivier D. revient sur le principe. « C'est assez délicat de trouver une agence. Elles sont réticentes à recruter quelqu'un à qui elles consacreront du temps et qui ne sera là que trois à quatre jours par semaine. Les salaires avancés dans votre premier article (d'a-Guide de juin-juillet 2011) me semblent loin de la réalité (hors de Paris en tout cas). C'est plus proche du Smic. Otez les heures d'enseignement à l'école, il reste environ 800 euros. Via la junior entreprise – un contrat excluant les cotisations de retraite et de congés payés –, ce sont 1 200 euros, moins le temps passé à l'école et les périodes où l'agence ferme. Les cours sont bien mais de retour à l'agence, on redevient un employé lambda. À nous donc de fixer nos propres objectifs et de prendre du recul. Il est parfois difficile de ne pas se faire piéger en échappant totalement aux objectifs de la formation. De plus, faute d'une harmonisation entre les écoles, qu'en sera-t-il si nous n'avons pas tous les mêmes formations ? Après les starting-blocks de la MSP suivie d'un CDD, Olivier veut ouvrir son agence, conscient de devoir continuer à se former pour exercer l'un des métiers les plus complexes et les plus complets qui soient.

« L'HMONP est une excellente formation pour apprendre beaucoup, rapidement, mais si je compare avec ce que préconise l'ouvrage 170 Séquences pour mener une opération de construction*, ma MSP chez un confrère libéral œuvrant en solo à Grenoble m'a surtout appris tout ce qu'il ne faut pas faire en maîtrise d'œuvre, s'amuse Christophe Oltra. Mon employeur faisait tout le contraire de ce que l'on nous enseigne et ignorait ce qu'impliquait l'accueil d'un HMONP ! » Après cinquante heures par semaine pour 1 400 euros mensuels nets, il a démissionné au bout des six mois réglementaires pour valider la formation, alors que son contrat était de huit mois. Fort d'autres expériences en agence, il a aussitôt retrouvé du travail et reste déterminé à monter son agence avec deux amis.

Un autre architecte diplômé en 2007 à Marseille évoque son expérience juste après la réforme. « En phase de mise en route d'un dispositif mal connu, trouver une agence était ardu. Difficile de demander aux architectes de nous embaucher, de nous apprendre les facettes administratives et de nous verser un salaire. Sans échapper à certaines charges sociales, ils attendent que nous soyons productifs ! Sur deux cents CV envoyés, je n'ai reçu que quatre réponses, dont celle d'un architecte qui refusait de me payer. Travaillant seul, l'architecte libérale chez qui j'étais n'avait pas le temps de m'entraîner au CCTP ou aux pièces écrites. Contrairement à des amis qui ont fait beaucoup de pièces administratives et de suivi de chantier, je me suis écarté du contenu strict de la MSP au profit d'un travail de rendu classique. Après mon diplôme, je voulais monter une agence. L'HMO m'en a dissuadé car j'avais peur de me lancer sans tout connaître du métier. La MSP m'a appris en revanche à aborder un permis de construire d'ouvrage d'art en relation avec des ingénieurs et de nouveaux outils informatiques. Cela m'a incité à faire une formation post-diplôme en 3D et une spécialisation Monuments historiques qui a débouché sur un emploi salarié en recherche et développement dans une entreprise où je m'épanouis. »

Pour ceux qui refusent de relater des expériences négatives, rappelons que l'HMO peut donner lieu à un travail critique sur une agence. Pascal Chombard de Lauwe, responsable de l'HMO à l'Ensa Marne, a ainsi évoqué le cas d'une ancienne étudiante qui a fini par reprendre l'agence de faible notoriété où elle avait fait sa MSP.

* Hervé Debaveye et Pierre Haxaire, 170 Séquences pour mener une opération de construction, Paris, éditions du Moniteur, 2010, collection « Méthode », 393 pages, 75 euros.



LE POINT AVEC BERTRAND-PIERRE GALEY, directeur adjoint au directeur général des Patrimoines, en charge de l'architecture au ministère de la Culture et de la Communication


DA : Quels sont les points positifs ou perfectibles de l'HMONP française ?

Bertrand-Pierre Galey : Que la formation d'un architecte intègre une mise en situation professionnelle préparant l'entrée dans le métier ne peut être considéré que comme satisfaisant. Cette formation complète l'enseignement des écoles ciblé sur le projet dans une dimension praticienne, et il est donc bon qu'elle soit encadrée par les écoles. C'est une garantie pour les étudiants qui échappent ainsi aux aléas d'une certaine cooptation professionnelle, même si s'engager dans toute carrière reste difficile si l'on n'est pas reconnu par ses pairs. Cet encadrement pédagogique présente donc de réels avantages. On peut certes toujours discuter des modalités de sa mise en œuvre, mais il est certain que le principe rencontre du succès. Depuis 2006, les trois quarts des architectes diplômés s'inscrivent à la formation de HMONP et les trois quarts des inscrits l'obtiennent. 

Dans l'ensemble, la profession reconnaît l'intérêt du dispositif. Et si certaines critiques évoquent une main-d'œuvre bon marché, d'autres soulignent l'investissement que l'accueil d'un HMO représente pour une agence. Il est en revanche dommage qu'il soit difficile de suivre au moins partiellement cette formation hors de France. En partenariat avec des écoles étrangères, il nous appartient de travailler à cette extension internationale du système. Autre point perfectible : des situations contrastées selon les agences d'accueil et une difficulté à en trouver dans les régions autres que l'Île-de-France, où les architectes sont moins nombreux. Il faut sans doute améliorer encore dans certaines écoles l'assistance qu'elles apportent à la recherche de ces agences d'accueil ; mais dans l'ensemble, celle-ci évolue favorablement.


DA : Comment l'habilitation est-elle organisée ailleurs en Europe ? Avons-nous des enseignements à en tirer ?

BPG : Le système se met progressivement en place. Rien n'est harmonisé, ne serait-ce qu'en raison de la diversité de l'organisation de la profession selon les pays. Le plus souvent, qu'il y ait ou non un Ordre, une mise en situation ou une phase d'expérience professionnelle est requise pour accéder à la profession. En Espagne, aucune expérience professionnelle ou complémentaire n'est exigée, mais la formation académique dure six ans pour devenir architecte de projet et quatre ans seulement pour être architecte d'exécution. En Allemagne, en Autriche, en Hongrie et en Pologne, une expérience professionnelle de deux à trois ans est requise, complétée par une formation professionnelle annexe dans certains Länder d'Allemagne. Au Royaume-Uni, deux ans d'expérience professionnelle sont imposés et il est vivement conseillé d'intégrer l'une de ces deux années entre licence et maîtrise. En France, nous avons instauré l'HMNOP parallèlement à la mise en place du LMD. Ce système, sans doute perfectible, n'est en aucun cas le pire et le consensus qu'il recueille laisse à penser que nous sommes sur la bonne voie.


DA : La validation des acquis va-t-elle progressivement supplanter l'HMONP ?

BPG : Actuellement, avec en 2009-2010, 134 ADE (architectes diplômés d'État) en VAE, soit 10 % seulement des inscrits sur les dix-huit écoles d'architecture françaises, nous n'avons noté aucune évolution dans ce sens.


DA : Certains aimeraient faire l'HMONP dans un service départemental de l'architecture et du patrimoine ou chez un maître d'ouvrage. C'est paradoxal, mais pourrait constituer un débouché pour ceux qui ne trouvent pas de contrat en agence. Cette évolution est-elle envisageable ? Aiderait-elle à la réorientation des ADE ?

BPG : L'HMONP concernant la maîtrise d'œuvre, elle doit réglementairement comprendre une MSP « dans le secteur de la maîtrise d'œuvre architecturale et urbaine », donc en principe dans une agence. Le principe même de l'habilitation est en effet, on ne saurait l'oublier, d'ouvrir l'accès à l'exercice libéral de la profession d'architecte.

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