Le grand écart 7 : Construction et performance

Rédigé par Jean-François CHEVRIER
Publié le 13/12/2013

Article paru dans le d'A n°223

Pour conclure sa série d'articles, qu'il a intitulé « Le grand écart », Jean-François Chevrier pointe les rencontres de l'architecture et des arts de la scène, en particulier la danse et la performance, quand ceux-ci se pensent eux-mêmes comme des activités constructives et investissent l'environnement urbain. On invoque commodément une aire d'expérimentation commune à toutes les disciplines. Mais l'expérimentation, nécessaire contre la routine et la sclérose du métier, ne peut être une fin en soi. Les projets d'architecture comme les œuvres se distinguent avant tout par une qualité d'expérience.

En 1987, l'artiste hollandais René Daniëls peignait un tableau intitulé Le Retour de la performance. La composition figure un espace scénique, mis en perspective de manière schématique. Au centre, un bouquet de (sept) micros sur pied dans un cercle de lumière. Au fond, la silhouette du personnage qui va entrer sur scène. Au premier plan, divers volumes géométriques, dérivés sans doute de la forme du piano droit. Les trois parois en perspective dessinent un nœud papillon – motif récurrent chez Daniëls –, orné de trois rectangles monochromes. Deux volumes flottent au-dessus de la scène.

Daniëls fait partie des artistes qui, à la fin des années 1970, ont réinvesti la peinture et l'espace du tableau, quand l'art d'activité, auquel ressortit la performance, s'était défini contre l'œuvre et l'objet statique, contre le tableau. On parlait d'un « retour de la peinture » : la peinture retrouvait ses droits, comme discipline à part entière. Dix ans plus tard, Le Retour de la performance affirmait le besoin, vital pour Daniëls, de penser la peinture avec la performance (et non contre elle), c'est-à-dire notamment, comme l'indique le tableau, avec la musique.


Illustrations : 

Trisha Brown, Roof Piece (Pièce de toit), 1971 : Du 53 Wooster Street au 381 Lafayette Street, New York. Douze danseurs repartis sur les toits de dix blocs d'immeubles. Des gestes improvisés, plus ou moins statiques, étaient initiés au 53Wooster, copiés par la ligne suivante, et ainsi de suite. Le mouvement était ainsi transmis au 381 Lafayette Street en quinze minutes, puis dans la direction inverse en quinze minutes à nouveau. (Trisha Brown Dance Company. Photographie © 1973, Babette Mangolte)



Lisez la suite de cet article dans : N° 223 - Décembre 2013

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