Le manque de logements : une fatalité ?

Rédigé par - JOFFROY PASCALE ET GUILPAIN LAURELINE
Publié le 02/04/2020

Dossier réalisé par - JOFFROY PASCALE ET GUILPAIN LAURELINE
Dossier publié dans le d'A n°279

Pénurie de logements bon marché, logements trop chers, qualités insuffisantes… les questions que pose le logement en Europe ne sont pas nouvelles, mais l’augmentation continue depuis un siècle de son coût dans le budget des ménages donne un poids plus dramatique à ce sujet, considéré aujourd’hui comme un des principaux facteurs d’inégalité. Les « crises » du logement seraient-elles entrées dans une phase nouvelle ?

À Lyon, pendant le Festival international du Logement social en juin dernier, la porte-parole du réseau européen Housing for All, créé à Vienne, indiquait que 82 millions de personnes souffrent des coûts du logement en Europe. Le nombre des sans-abri dans l’Union européenne a augmenté de 70 % en dix ans. « La construction de logements sociaux a été divisée par quatre en cinq ans dans l’UE », affirmait Cédric Van Styvendael, président la fédération européenne du logement social, Housing Europe, précisant que « dans le même temps, on voit se déployer les stratégies spéculatives d’investisseurs qui se portent massivement acquéreurs de logements, y compris sociaux ». La Banque mondiale elle-même alerterait pour la première fois les pays de l’UE sur la pénurie de logements abordables, qui nuit au développement économique. « Il y a une crise du logement à l’échelle mondiale. C’est la crise sociale la plus importante du moment, aussi urgente que la crise climatique. À Stockholm, Amsterdam, Berlin comme New York, les gens ne peuvent plus se loger donc travailler », insistait Leilani Farha, rapporteuse de l’ONU pour le logement abordable. Éboueurs, conducteurs de métro, policiers, instituteurs, infirmiers, commerçants et leurs salariés : on donne désormais des noms à ces travailleurs-clés qui peinent à faire fonctionner la ville faute de pouvoir se loger. Pour la sociologue et économiste Saskia Sassen, « la financiarisation mondiale des marchés du logement est un phénomène plus grave encore que la gentrification des quartiers qui chasse les classes moyennes vers les périphéries ».

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