Le pouvoir d'agir à l'heure de la transition écologique - « Réinstaurer des espaces de débats un peu plus conflictuels » Entretien avec Guillaume Faburel, professeur à l'université Lumière Lyon 2

Rédigé par Stéphanie SONNETTE
Publié le 16/04/2017

Dossier réalisé par Stéphanie SONNETTE
Dossier publié dans le d'A n°253

D’a: Pourquoi aborder la critique de la ville écologique par le biais de ce dispositif de procès

 

L’idée vient d’abord des étudiants, c’est une sorte de jeu de rôle sérieux (serious game), un processus expérimental qui renouvelle la pédagogie, et une forme d’expérimentation habitante participative, à l’heure où l’on voit les limites des dispositifs traditionnels. Ensuite, parce qu’il n’y a pas véritablement de lieux où l’on peut en découdre sur des sujets de fond comme l’écologie, la métropolisation des territoires…, nous voulons organiser une dispute au sens philosophique du terme. Un litige, comme certaines cultures ont su le faire dans l’espace public, pour en découdre de manière bienveillante et tout à fait diplomatique, sans décision à la clé. Ce process de procès aspire à montrer qu’on a peut-être besoin de réinstaurer des espaces publics un peu plus conflictuels, où la dispute est un facteur de socialisation. Il répond donc à un besoin pédagogique et à une double nécessité, à la fois participative et politique. 

 

D’a: Dans votre proposition, vous faites référence au procès qui s’est tenu après la démolition des tours Démocratie aux Minguettes1. Quel lien faites-vo us entre ces deux procès

 

Ce procès, qui a été organisé dans le quartier au début des années 1990, avait une dimension politique tout autre puisqu’il s’inscrivait à la suite de plusieurs révoltes urbaines et de programmes nationaux d’intervention. Pourtant, on peut aussi se demander si ce qui était mis en accusation à l’époque, ce n’est pas ce que nous allons aujourd’hui mettre en procès, c’est-à-dire un urbanisme générique, standardisé. Est-ce que les écoquartiers, les écocités, les smartgrids et les villes intelligentes ne sont pas en train de nous proposer aussi une forme de standardisation ? Pour nous, le parallèle est d’abord à trouver dans cette actualisation des standards, qu’ils soient architecturaux ou plus largement urbains, écologiques ou sociaux. 

 

Le procès de Démocratie s’est tenu trente ans après la construction des tours, alors que celui de la vile écologique, que vo us proposez, sepasse quasiment en temps réel. 

 

C’est peut-être ce qui signe la portée politique du geste. À l’heure du déréglement climatique, a-t-on le temps d’attendre trente ans pour faire un bilan ? On voit que de plus en plus d’initiatives de citoyens et d’habitants émergent en même temps que se construisent les écoquartiers, pas nécessairement dans la lutte frontale, mais pour infléchir, au moment même de la conception, des débats qui se disent de plus en plus participatifs. 

 

L’émergence de ces initiatives d’habitants vo us semble-t-ele compa tible avec notre système actuel, avec la manière dont on produit les écoquartiers aujourd’hui

 

On constate que, dans les écoquartiers éloignés des villes centres ou des coeurs d’agglomération, les choses n’évoluent pas toujours de la même manière que dans les écoquartiers des métropoles, du fait de leur petite taille et de moyens financiers moins importants. Nous faisons le pari que ces expériences- là, que nous qualifions d’« infrapolitiques », qui peuvent évoluer vers une forme de réappropriation du lieu par les habitants, pourraient éventuellement être mises à profit dans les écoquartiers des grandes villes. 

 

Les viles moyennes et le monde rural offriraient donc un cadre propice à une vile écologique plus citoyenne

 

En tous les cas, de mon point de vue, les métropoles ne sont pas le milieu le plus favorable à l’émergence d’écologies existentielles alternatives, parce qu’elles sont devenues des locomotives territoriales où le capital, et ce n’est pas un gros mot, vient se déployer et assurer son retour sur investissement. Elles sont donc aussi plus contrôlées par un système d’acteurs, plus contraintes par les réglementations, prises dans une accélération généralisée… On ne peut pas trop braconner dans les métropoles, l’urbanisme tactique y a peut-être un peu disparu.

 

1. Après le dynamitage de 10 tours du quartier des Minguettes à Vénissieux, un faux-procès des tours a réuni des acteurs de la conception, de la fabrication et de la gestion des grands ensembles, entre autre Roland Castro dans le rôle du procureur et Charles Delfante, ancien urbaniste en chef de la Ville de Lyon, en avocat de la défense. 

 

Lire à ce sujet : « Minguettes, le faux procès du vrai échec. Architectes et opposants instruisent “l’affaire” des tours de la démocratie ». Libération, 22 mai 1995. http:// next.liberation.fr/vous/1995/05/22/minguettes-le-fauxproces- du-vrai-echec-architectes-et-opposants-instruisent-laffaire- des-tours-de-_132598 


Lisez la suite de cet article dans : N° 253 - Mai 2017

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