Logements écologique bon marché, Adelaïde, Australie

Rédigé par LECLERC D. & CAILLE E.
Publié le 01/05/2011

L'architecture hédoniste de Troppo Architects s'est d'abord épanouie à l'extrême Nord de l'Australie. Encore étudiants, Phil Harris et Adrian Welke avaient découvert dans les paysages immenses du Top End une architecture créolisée, au sens où l'entendrait Édouard Glissant, à l'opposé d'un vernaculaire se légitimant dans les origines. « Peuplé par les bateaux », ce Finistère, plus proche de Djakarta que de Canberra, a été le théâtre d'un brassage extraordinaire de populations et s'est construit grâce à leurs apports. Les bateaux livraient les matériaux, les peuples croisaient les habitus, à l'exemple de ces vérandas de bambous, importées par les ouvriers de Singapour et devenues une constante de l'habitat australien. Les immigrants y avaient inventé un habitat frugal, adapté au climat tropical.

Troppo a observé longuement ce syncré-tisme et consacré deux décennies à mettre au point, à partir de la maison Green Can construite en 1981, un modèle d'habitat tropical qui interagit fortement avec les éléments. Ce tropicalisme a minima utilise des systèmes ouverts, des matériaux légers, des écrans filtres et des espaces que la nature traverse. Depuis lors, les architectes de Troppo sont entrés en ville et transposent en tissu dense les expériences patiemment amassées au Nord, dans le Top End. À Adélaïde, ville de la Côte sud, ils ont expérimenté ces enseignements dans un petit programme de logement collectif. En 2004, Troppo remporte un concours national de logements situés à l'angle d'une des plus grandes places d'Adélaïde, dans un quartier peu développé de la ville et que le gouvernement local cherche à revitaliser. Au-delà de l'ambition écologique affirmée par le maître d'ouvrage, l'enjeu primordial demeure la création d'une communauté solidaire et engagée dans un développement durable.

Les architectes s'interrogent : « Comment rendre accueillant un programme de logements situé à l'angle d'une place publique ? En offrant aux habitants des vérandas, des garages à voiture et à vélo, des jardins et un espace de travail communautaire ? Comment promouvoir et parler d'écologie urbaine au cœur d'une ville qui gaspille l'énergie et l'eau ? Comment utiliser l'énergie solaire dans un immeuble urbain dense ? Comment faire passer le projet sous la toise de tous les règlements de l'État et de la Ville ? » Vieux étudiants, colocataires, couples libres, familles recomposées, adeptes du yoga, d'Internet ou de couchsurfing, amoureux de vélo, de voiture ou d'animaux de compagnie, en chaise roulante ou aveugles, jardiniers ou oisifs…, le programme s'adresse à cette population représentative des cités modernes à la recherche de confort et de familiarité. Configurant le plan-masse sur la base d'une échelle appropriée aux usages de tous, et de façon presque inclusive, l'agence insiste dès lors sur la présence de cafés, laveries automatiques et ateliers en rez-de-chaussée afin de faciliter la rencontre et l'apparition d'un véritable esprit communautaire.

Même si le jury a critiqué l'aspect relativement austère du bâtiment en comparaison des pittoresques maisons alentour, l'immeuble semble parfaitement intégré au site et permet une véritable perméa-bilité entre les espaces publics intérieurs et les rues adjacentes. L'ensemble se compose de vingt-sept unités d'habitation réparties sur quatre étages ; chaque unité possède son parking et son emplacement vélo. Les habitants ont un accès direct aux espaces de travail, ainsi qu'aux jardins collectifs dans lesquels chacun profite d'une parcelle qui lui est propre pour cultiver fleurs ou potager. On retrouve des vérandas, un des leitmotivs de l'architecture de Troppo. Le tout est conçu en ventilation naturelle, avec orientation étudiée, récupérateur des eaux de pluie, matériaux recyclables et renouvelables. Ainsi, le rez-de-chaussée est construit en pisé provenant des sous-sols, le bois utilisé est local, afin de minimiser le plus possible l'énergie grise. La volonté de sensibiliser le quartier au développement durable et de faire de ce terrain un lieu d'expérimentation devient ici le prétexte pour affirmer l'existence, au Sud-Ouest du pays, d'une architecture locale en perpétuel renouvellement. L'essentiel est de magnifier le génie du lieu en lui conférant la modernité qu'il mérite.



Maîtres d'ouvrages : Mossop
Maîtres d'oeuvres : Troppo Architects, Phil Harris, avec Cary Duffield, Damien Guerin, Alison McFadyen, Carly Williams, Jamie Gill, Tain Patterson, Hugh Wilkinson, Chantal Marks – Paysagiste : Oxigen
Cout : 281,48 $/m2
Date de livraison : 2010

Le projet reflète sans prétention l'architecture protectrice et accueillante du sud-ouest de l'Australie<br/> Crédit photo : TROPPO Architects L'agence a crée dans le quartier un nouveau paradigme d'habitation<br/> Crédit photo : TROPPO Architects A l'extérieur comme à l'intérieur, la stratégie était d'employer des matériaux low-cost et robustes<br/> Crédit photo : TROPPO Architects Troppo a misé sur des matériaux écologiques à faible teneur énergétique<br/> Crédit photo : TROPPO Architects Plan du niveau 1<br/> Crédit photo : TROPPO Architects Plan du niveau 2<br/> Crédit photo : TROPPO Architects Plan du niveau 4<br/> Crédit photo : TROPPO Architects Coupe transversale<br/> Crédit photo : TROPPO Architects "L'air, le feu, la terre, le vent font connexion dans cette architecture écologique"<br/> Crédit photo : TROPPO Architects Le projet est conçu pour "ceux qui s'arrêtent un instant et méditent"<br/> Crédit photo : TROPPO Architects

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