Michel Rémon : d’abord résoudre les questions constructives

Rédigé par Christine DESMOULINS
Publié le 02/11/2015

INES de Chambery - Michel Rémon et Frédéric Nicolas

Dossier réalisé par Christine DESMOULINS
Dossier publié dans le d'A n°240


Michel Rémon considère que, lorsqu’on construit un bâtiment, il faut d’abord résoudre les questions constructives avant d’y accueillir l’innovation. L’innovation en architecture renvoie d’abord pour lui « à l’élan des cathédrales gothiques et à l’époque du Moyen Âge, avec sa fascinante conjoncture entre la culture, la philosophie et l’artisanat au sommet de sa capacité ». Mais aujourd’hui, regrette-t-il, « le bâtiment est l’objet d’avancées importantes, sans être à la pointe. L’élan de la société va plutôt vers la biologie, la technologie ou les nanotechnologies ». En architecture, on ne saurait négliger ce qui sépare la précision à l’infini millimètre d’un dessin et l’édifice construit. « Chaque corps d’état a sa gamme de tolérance de précision variant du millimètre à plusieurs centimètres, selon les matériaux. La perfection d’une forme en informatique ne doit pas faire oublier qu’un dessin parfait n’est jamais construit parfaitement. Ces écarts de tolérance créent des fuites d’air importantes alors que tout est fait pour éviter de gaspiller l’énergie. Résoudre cela en rendant l’enveloppe étanche doit être la question majeure. » Veiller à ces questions est aussi une façon de revaloriser les savoir-faire des métiers de la construction. « Le choix de l’énergie utilisée dans ces bâtiments peut ensuite donner lieu à de vraies recherches selon le contexte. Dans certains endroits, le recours au biométhane sera possible et si l’on installe des panneaux solaires. Ils ne seront pas identiques partout, car on tient compte du climat, ce qui renvoie aux fondamentaux de l’art de construire. » C’est dans le domaine de l’énergie que deux des grands projets industriels sur lesquels travaille Michel Rémon témoignent d’expérimentations. L’Institut national de l’énergie solaire de Chambéry, réalisé avec Frédéric Nicolas, est autonome en énergie. Dans une telle institution, éviter tout dégagement de CO2 lié à la climatisation ou au chauffage s’imposait. Lors du chantier et notamment dans la liaison entre gros oeuvre et second oeuvre, la mise en oeuvre a fait l’objet d’un contrôle qualité très attentif afin d’éviter les ponts thermiques. La climatisation fonctionne à l’aide de panneaux solaires qui, en hiver, servent au chauffage et à l’eau chaude. Sur le plateau de Saclay, il livrera en 2017 des laboratoires pour Air Liquide dont l’activité repose sur la transformation de l’hydrogène. Dans ce bâtiment voué aux activités de pointe d’un leader mondial, l’architecture prend une valeur démonstrative résultant de l’intrication très étroite entre la qualité du construit et l’héliotropie. Le bâtiment produit de l’énergie à hauteur de 100 kW/h et de l’eau chaude avec la chaudière utilisant la plus grosse pile combustible de France. Ce dispositif prévient tout dégagement de CO2 et de gaz à effet de serre ou gaz NOx (toxique). Complétés par le recours au biométhane présent sur le plateau, par l’électricité du réseau et des panneaux photovoltaïques très performants fabriqués en Europe, les dispositifs énergétiques permettent de réduire de plus de 15 % la consommation.  

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