Quelle stratégie d’innovation industrielle face au risque d’ubérisation ?

Rédigé par Christine DESMOULINS
Publié le 02/11/2015

Dossier réalisé par Christine DESMOULINS
Dossier publié dans le d'A n°240


Didier Roux est directeur de la Recherche et de l’innovation chez Saint-Gobain. Pour lui, les acteurs de la construction doivent améliorer d’urgence la « chaîne de valeur » du bâtiment (ensemble des étapes déterminant la capacité d’une organisation à obtenir un avantage concurrentiel) et l’« indice de productivité » (productivité d’une personne pour une heure de travail) du secteur. Selon lui, la construction ne sert pas parfaitement ses clients et elle n’a pas fait de gains de productivité suffisants depuis soixante ans. « Dans la chaîne de valeur de l’automobile, si le taux de satisfaction du client ne dépasse pas 80 %, c’est un échec ; dans le bâtiment, on ne dépasse guère 50 %. » Il ajoute : « Le client subit la chaîne de valeur “à bout de souffle”. C’est un état de fait dans lequel tous les pays et tous les acteurs de la production – maîtres d’ouvrage, architectes, BET, entreprises, artisans, industriels – sont impliqués. » Selon l’enquête de satisfaction sur la maison individuelle de Que Choisir du 25 août 2015, « les particuliers entrés dans un logement neuf ne gardent pas un très bon souvenir de la phase de construction, surtout quand ils passent par un promoteur ». Guère plus brillant, l’indice de productivité du secteur stagne entre 100 et 200 depuis soixante ans, quand il a été multiplié par 16 dans l’industrie. Pour Didier Roux, « bien que les architectes construisent des objets uniques, il n’est pas acceptable de payer plus cher un produit moins bien construit. L’absence de gains de productivité tire aussi la filière vers le bas en l’empêchant d’absorber les innovations techniques alors que l’industrie sait les intégrer. L’État se substitue donc au marché par des réglementations qui sont des palliatifs ». 



LA CHAÎNE DE VALEUR EN QUESTION 

Évoquant l’exemple de la RT2012, il indique que lorsqu’elle augmente le coût d’un édifice, l’amélioration n’est pas absorbée par un gain de productivité et qu’un tel système freine l’innovation dans le bâtiment. Or toute chaîne de valeur qui sert mal ses clients pourrait d’après lui « laisser la porte ouverte à de nouveaux entrants liés à l’arrivée du digital qui amèneraient un service répondant aux besoins des clients et prélèveraient de la valeur sur la chaîne de valeur existante ». Et de souligner que « si les professionnels de la chaîne de valeur ne font rien, des acteurs s’appuyant sur le digital vont se structurer et attaquer le marché, à la façon de TripAdvisor ou de Booking.com, qui s’appuient sur la faiblesse d’une chaîne de valeur pour déstabiliser l’hôtellerie en tuant de petits exploitants et en prélevant des commissions sur les revenus des grands groupes ». Pour faire progresser l’innovation et redonner confiance aux clients, Saint-Gobain s’efforce de travailler avec l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur – contributeurs, architectes, bureaux d’études, start-up et laboratoires académiques. C’est le sens de la stratégie multiconfort et des outils de mesure développés au nom d’un habitat esthétique et économe en énergie doté d’un confort thermique, acoustique et visuel (voir à ce propos le site du DomoLab, le centre d’innovation sur l’habitat de Saint-Gobain). 

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