Mais à quel usage ce bâtiment est-il destiné ? - D'A n°210

Mais à quel usage ce bâtiment est-il destiné ?
  1. Le musée de la Frite à Namur, lieu supposé de l’invention de la "french frie".
  2. La tour molle construite par Salvador Dalí à Cadaqués.
  3. Une aiguille en polyuréthane, attraction centrale de l’édition 2012 du Festival annuel de l’isolation thermique.

Réponse : Excalibur Tower, un mur d’escalade au Bjoeks Climbing Center à Groningue. <www.bjoeks.nl>

Comment faire quand on aime l’escalade et que le destin vous a fait naître dans un pays sans relief, tout au moins en ce qui concerne sa richesse topographique ? La Hollande n’est certes pas le Danemark, dont les humbles montagnes culminent fièrement à 170 mètres. Mais ce n’est pas non plus l’Himalaya et sa route du toit du monde, où s’enchaînent quatorze cimes de plus de 8 000 mètres.
Au royaume de Beatrix, perché sur les 321 mètres du Vaalserberg, vous êtes l’homme le plus haut des Pays-Bas. Un désespoir pour les admirateurs d’Edlinger et pour tous ceux qui aiment moins le rap que la varappe. Heureusement, l’ingéniosité humaine est toujours parvenue à dépasser la fatalité en trouvant, grâce à son ingéniosité, des artifices pour faire ce que la nature lui refusait. Rappelez-vous : durant la guerre froide, on cultivait des fraises en Sibérie. Plus récemment, en plein désert d’Arabie, des pistes de ski sur de la vraie neige ont ouvert à Dubaï. Rien ne devait donc logiquement s’opposer à la construction d’une micro-falaise au nord de l’Europe, ou plutôt d’une aiguille façon Étretat, baptisée Excalibur. Cette tour de 37 mètres – douze étages – s’élève fièrement devant le Bjoeks, un centre sportif dédié aux arts de la grimpe. Le nom est la corruption néerlandaise du toponyme Buoux, célèbre « spot » d’escalade du Lubéron, nous apprend Gert van der Veen, propriétaire du Bjoeks, qui a dessiné la tour avec l’aide d’un ingénieur.
Un bel exemple d’architecture sans architecte, ancrée dans un terreau vernaculaire, dont on se demande immédiatement s’il serait reproductible de ce côté-ci des Flandres. Si elle survivait à son passage au bureau de contrôle, Excalibur serait retoquée par la commission d’accessibilité : pas d’ascenseur, la seule possibilité d’atteindre le premier et unique étage est de s’accrocher à des prises en caoutchouc. Rédhibitoire pour les handicapés ? Pas si sûr : Alain Robert, surnommé le French Spiderman, s’est fait une manie d’accéder aux sommets IGH, ITGH, highrises et autres supertalls en s’accrochant uniquement au mur-rideau. Pourtant, il est considéré comme invalide à 66 % par la Sécurité sociale… Donc, ami lecteur, si tu vas à Groningue, n’oublie pas de monter sur cette tour dingue. Équipé de chaussons de varappe et d’une solide expérience de grimpeur, tu pourras fouler le sommet d’Excalibur moyennant la modique somme de 11 euros…

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