Mais à quel usage ce bâtiment est-il destiné ? - D'A n°211

Mais à quel usage ce bâtiment est-il destiné ?
  1. Sovietopia : Antenne parabolique conçue pour détecter les dissidents de la ville de Mourmansk, à l’époque de l’Union Soviétique.
  2. Vestiges : des boites aux lettres, tout ce qu’il reste de la cité des 30 000, grand ensemble dessiné dans les années 70 par Emile Poulaillot récemment rénové par l’ANRU.
  3. Un fronton de pelote basque à mur gauche tel qu’on en rencontre fréquemment dans le nord de l'Espagne.

Réponse : Hönshus 1 - littéralement Maison de volaille - poulailler dessiné par l’architecte suédois Torsten Ottesjö, offrant à ses résident une charmante vue sur la mer.
Il y a entre la maison de l’homme et celle de l’animal des passerelles trop rarement soulignées. Obnubilés par la « cabane primitive » de l’ami Laugier, nous avons oublié ce que
l’habitat humain devait à la faune. Le « nid », le « terrier », la « tanière » sont des expressions
courantes du langage témoignant de cet héritage. Plus élaborée, la métaphore de la ruche, industrieuse et ouvrière, courant de Gaudi à Le Corbusier - c’est du moins la thèse
de l’ouvrage « la metafora de la colmena » de l’espagnol Juan Antonio Ramirez. Au limite de l’insulte, la métaphore de la termitière ou de la fourmilière est utilisée pour dénigrer les villes : l’homme y est ravalé aux rang d’insecte social. C’est toujours mieux que les clapiers à lapin, qui désignent cette fois les HLM standardisés de la reconstruction.
On ne s’attardera pas sur les « canards », bâtiments palmipèdomorphes qui déshonorent
le règne animal, pas plus que l’on ne saluera le Penguin Pond de Berthold Lubetkin et Tecton, une prison moderniste pour manchots condamnés à perpet’. Les historiens de l’architecture ont souvent fait le parallèle entre les rampes en hélices surplombant le bassin
- calculées par Ove Arup - avec celle de la villa Savoye. Offrir une pente à 6 % pour des oiseaux sans ailes, qui, contrairement au méchant de Batman, ne peuvent donc pas voler, voilà une interprétation étrange des règlements handicapés, et une belle foi dans la modernité. André Bruyère, qui avait imaginé un bâtiment ovoïde, avait aussi conçu
un sanatorium reprenant un projet de poulailler - a moins que ce ne soit l’inverse, départager l’oeuf de la poule ayant toujours été une tâche difficile.
La coexistence de l’homme et de l’animal dans un même espace n’est pas une mince affaire : la transmission des virus du second au premier sont fréquents, avec des conséquences épidémiologiques désastreuses. L’un et l’autre ne peuvent vivre sous le même toit
sans danger. Dès lors, pourquoi ne pas offrir à l’animal les même conditions d’habitat que celle dont profite l’humain ? Après la guerre, inspiré par le contexte de la reconstructions, on imaginera ériger des « cités radieuses » pour animaux : c’est ce que révèle
Hervé Cividino, dans son ouvrage « Architectures agricoles ». La réalité sera moins belle : entassé à six dans des cages minuscule, les pondeuses ne tardèrent pas à souffrir des affres de la surpopoulation. C’est pourquoi il faut saluer le condominium à gallinacés dessiné par l’architecte suédois Torsten Ottesjö. Son aile protectrice incitera le tendre poulet à inviter sa douce vers un foyer protecteur et moderne, en lui chantant éventuellement une antienne bien connue, type « viens poupoule viens poupoule viens ».
Il faut bien le constater : ce qu’a fait Torsten pour la volaille, aucune bête au monde ne
l’aurait fait. L’honneur de l’humanité architecturante reste intact !

Olivier Namias

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