Mais à quel usage ce bâtiment est-il destiné ? - D'A n°213

Mais à quel usage ce bâtiment est-il destiné ?
  1. Le mausolée de Flipper le dauphin en Floride.
  2. Le centre culturel Ayrton-Senna construit par les habitants de la favela Paraisopolis à São Paulo.
  3. Le dépôt de tramways de Celestville, la ville de Babar.
  4. La villa de Philippe Lucas, l’ex-entraîneur de Laure Manaudou, à Ibiza.
  5. Le dépôt de bus de Fantomia, la ville de Casper.

Réponse : le centre aqualudique du Val de Scarpe à Arras.
« C’est le rêve d’un coquillage, bercé par les flots, poli par l’écume »*, nous apprend le dossier de présentation du centre aqualudique du Val de Scarpe à Arras, une des dernières livraisons du toujours très actif Alain Sarfati. La conchyliologie, la branche de l’histoire naturelle consacrée à l’étude des mollusques à coquille, reste muette cependant face à cet étrange spécimen non répertorié dans ses tablettes, assemblage de plusieurs espèces de coquillages et crustacés.
L’évocation des fruits océaniques éveille en revanche chez notre architecte une marée de sentiments. Scientifiques, d’abord, façon mouvement browien : « L’eau circule dans le bassin suivant des vecteurs complémentaires, tandis que le jeu des fentes sur la voûte se combine au mouvement circulaire (encore) [sic] de l’éclairage artificiel sérigraphique. » Historiques : « Sont revisitées ici les voûtes des bains antiques, où la vapeur circulait, retombant en fines gouttelettes et dans lesquelles des ouvertures parfois laissaient filtrer ce qu’il fallait de lumière pour qu’au voyage de l’eau, vienne se joindre celui des reflets. » Poétique : « La façade qui l’abrite est une vague qui ondule sur le ciel. Elle fait danser formes et couleurs, bâtie sur un roc solide. Le minéral déjà s’y lit : les murs de béton semblent être des pierres de schiste nacrées par les embruns. Les vitraux colorés et riants annoncent le loisir. Chapelle romane qui invite, en sa sobriété joueuse, au recueillement agréable. » C’est l’eau de Javel allée avec le soleil, dirions-nous en paraphrasant Rimbaud depuis notre bouée ivre flottant au milieu du bassin, « transfiguré par les lueurs qui y jouent ».
L’architecte se fait prophète et gourou lorsqu’il évoque la perle qui est au cœur de son projet : « [elle] se propose d’être, pour chacun, le lieu de l’éclosion de ce qu’il porte de meilleur, le lieu où il peut renaître à soi. Elle est l’épiphanie architecturale de ce que chacun porte en soi d’éclat. Toutes les lignes y appellent. L’expérience est tangible, dans la douceur confortable de cette bulle où le doré appelle à l’éclat, aimant chromatique insoupçonné et signature litanique d’Alain Sarfati. » Doucement Alain, on voulait juste aller à la piscine ! S’il donne parfois l’impression d’en faire des tonnes, aux sens textuel comme architectural, c’est pour la bonne cause. Frère de Burt Lancaster dans The Swimmer, notre Sarfati nageur agite ses bras pour nous tous sous sa coupole en plexi : « L’expérience sensorielle n’est pas esclave du sensationnel » – mais qui prétendait le contraire ? – « aux couleurs criardes du divertissement dit populaire, Alain Sarfati a substitué les nuances subtiles d’un certain panache à la française, or et couleurs vives. » Une architecture made in France pour défendre nos trois couleurs. Pas de doute, le redressement productif est en marche, les Chinois n’ont qu’à bien se tenir les côtes…

* Les citations entre guillemets sont tirées du dossier de presse fourni par l’architecte.

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