Mais à quel usage ce bâtiment est-il destiné ? - D'A n°218

Mais à quel usage ce bâtiment est-il destiné ?
  1. Un concours de pâtisserie sur le thème du gâteau d’anniversaire SM.
  2. La villa du basketteur Jichael Mordan.
  3. Le retour de la production industrielle en ville : la nouvelle usine de Cachous urbains.

Réponse : « Batman », maison d’accueil pour personnes âgées. Architectes : SADE (Manuel Nuñez-Yanowsky, Miriam Teitelbaum), Alfortville, 1987.

Un jour fatidique, notre chemin croise celui de « ça ». C’est comme un cauchemar qui ne s’évanouit pas au réveil ou comme basculer dans la quatrième dimension sans télécommande pour changer de chaîne. On se tient la tête entre les mains, on essaye de se souvenir de ce qu’on a fait la veille, les boissons que l’on a pu prendre. On se demande : qu’est-ce que j’ai fait pour mériter « ça » ? « Ça », ça ne se mérite pas, ni se démérite, ça se vit, tout simplement. Enfin, en quelque sorte, et plus pour très longtemps, car l’usager des lieux n’est plus dans la fleur de l’âge, comme vous l’apprendrez très bientôt…
Passé le premier choc, les jambes tremblantes, on tente de reprendre ses esprits. On se pose les questions basiques qui aident habituellement à se remettre les pieds sur terre. D’abord, est-ce que « ça » a un nom ? La réponse est oui, et ce nom est Batman – on n’allait pas l’appeler Hortense ! C’est à Alfortville, non loin du magnifique hôtel Huatian Chinagora. Demander l’adresse à un « local » ne vous attirera que des ennuis, il y a bien longtemps qu’il ne préfère plus savoir. Suffoquant, il ne vous restera plus que la question joker : qui a fait « ça » ? Les auteurs sont connus des autorités. Il s’agit de l’agence SADE, l’association Miriam Teitelbaum et Manuel Nuñez-Yanowsky, Manolo pour les intimes, un « starchitecte » des années quatre-vingt. Rappelez-vous : un commissariat couronné d’éphèbes perforés dans le 12e arrondissement à Paris, ce sont eux. Des camemberts géants à Noisy-le-Grand, dans le secteur dit « des arènes de Picasso », c’est Manolo, sans doute un hommage à Manolete, le torero que Vanessa Paradis trouvait « chaud comme une crêpe au chorizo ».
On se souvient de ces œuvres impérissables, mais on a oublié « ça », une MAPA (maison d’accueil pour personnes âgées) prénommée Batman. Bien lui en prit, SADE n’a jamais construit Robin. Mais en 2011, l’agence est revenue sur le devant de la Seine à Paris avec une église orthodoxe couverte d’un tapis volant. Un cadeau pour Vladimir Poutine, ex-Premier ministre et actuel président de Russie. C’était à Paris, et rappelez-vous : une grande voile, une toile d’araignée tendue sur l’ersatz doré des bulbes de l’église du Saint-Sauveur. Le projet fut lauréat du concours international, mais c’est aujourd’hui Jean-Michel Wilmotte – très à l’aise avec le milieu russe* – qui, on ne sait par quel miracle orthodoxe, a hérité du projet, laissant sur le carreau le matador de Samarcande, Nuñez-Yanowsky, qui ne manquait pourtant pas d’accointances avec Moscou. ON

* Jean-Michel Wilmotte est, entre autres, lauréat du projet du Grand Moscou, du stade de Kaliningrad et de trois autres opérations immobilières à Moscou. L’agence SADE vient d’entamer une bataille juridique contre les autorités françaises et entend interdire à Wilmotte le droit d’intervenir sur ce projet.

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