Mais à quel usage ce bâtiment est-il destiné ? - D'A n°235

Mais à quel usage ce bâtiment est-il destiné ?
  1. Une découverte archéologique bouleversante : l’étude des couches stratigraphique est formelle, en banlieue, les grands ensembles ont précédé les pavillons.
  2. Une révolution des loisirs : Disneyland ouvre un parc de loisirs de proximité sur le thème du film d’animation Là-haut (Up),hymne à l’habitat pavillonnaire montgolfier créé par le réalisateur de Monstres et Cie pour les studios Pixar. La pose des ballons de baudruche est programmée d’ici l’été.
  3. Une innovation dans la commande : le premier immeuble dont chaque niveau est confié à un concepteur différent.

Résidence service à Bagnolet, Moatti et Rivière architectes, Gecina investisseur, Philia maîtrise d’ouvrage.


La légende veut qu’en survolant la banlieue, le général de Gaulle ait demandé à Paul Delouvrier, alors délégué du district, de lui « mettre de l’ordre dans ce bordel ». Les villes nouvelles furent la réponse à ce désir martial d’urbanisme. Autre temps, autres mœurs : nous ne sommes plus gouvernés par un militaire en retraite, la société dirigée par des forces tirant à hue et à dia encense le bazar et chérit le chaos. L’extension du Grand Paris menace sournoisement de mettre fin à l’hétéroclite urbanisme banlieusard ? Voyant venir la fin des joyeux entrelacs de Sam suffit, grands ensembles, immeuble faussmanniens ou grand siècle, l’archi réagit !
Récemment, Édouard François empilait trois clichés dans un immeuble HLM à Champigny-sur-Marne. L’agence Moatti-Rivière se lance à son tour dans l’exploration du très riche répertoire formel fleurissant par-delà le périphérique, avec cette étonnante résidence étudiante, qui voit des maisons iconiques et déconnantes perchées au sommet d’un immeuble genre HLM. Entre le sol et les maisons, qui descendent en gradin vers la chaussée, un revêtement brillant à fort pouvoir réfléchissant doit faire passer le ciel sous les pavillons Phénix — une référence inversée à celle de Rimbaud, qui voyait le ciel par-dessus le toit. Construire cette image impose bien des sacrifices et très vite la poésie se transforme en farce : pour autant que l’on en juge, les maisons n’ont pas de jardins, l’invention typologique s’efface devant le collage et il reste à prouver que l’on habite mieux derrière sa façade pavillonnifiée. Mais ce bâtiment et ses avatars ne trahissent-ils pas un profond désir d’ailleurs ? Regardant à l’est du monde, l’Europe semble observer envieuse une histoire et un futur qui se déroulent loin d’elle. La confusion, le chaos, les pittoresques habitats sauvages des toits de Hong Kong portent plus de folie que les macrolots, accompagnés d’une nasse réglementaire et économique qui étouffe les architectes. Comment s’étonner qu’ils regardent le moindre bidonville ou gratte-ciel barbare avec des sanglots de nostalgie? Alors Singapour, Macao, Bangkok, Séoul, peu importe si, pour citer une nouvelle fois le général, « vers l’Orient compliqué [l’architecte] volait avec des idées simples ». L’homme de Colombey poursuivait : « Je savais qu’au milieu de facteurs enchevêtrés une partie essentielle s’y jouait. Il fallait donc en être. » Pour l’enchevêtré, nous y sommes. Pour l’essentiel, on cherche encore... (Olivier Namias)

Crédits Photos : Emmanuel Caille

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