Mais à quel usage ce bâtiment est-il destiné ? - D'A n°237

Mais à quel usage ce bâtiment est-il destiné ?
  1. Le musée du Bunker albanais, une forme en hommage aux bunkers individuels construits lors de la dictature d’Enver Hodja à Gjirokastër, sa ville natale.
  2. Peripheral Park, la version inversée de Central Park, système de lotissement d’espaces où les bâtiments sont au centre et le parc autour.
  3. La patinoire de Saint-Gapour (Drôme), chef-d’œuvre du hard french, voit son architecture années 1970 menacée par une réhabilitation thermique.

Carnal Hall, Centre d’art et de spectacle international de l’Institut Le Rosey, Rolle, Suisse, Bernard Tschumi architecte.


Le french bashing (francophobie), sport mondialement répandu, ne loupe jamais une occasion de mobiliser ses adeptes. Il vient de trouver dans les déboires de la Philharmonie un nouveau terrain de jeu. L’économie est l’angle favori de ces attaques, souvent lancées depuis l’autre rive de l’Atlantique par les milieux néoconservateurs et ultralibéraux dont la jalousie à notre égard motive probablement l’agressivité. Ainsi avons-nous reçu de New York le dossier de presse d’un architecte dont la dernière salle de concert vient d’être inaugurée à Rolle, en Suisse. On peut y lire que « malgré un budget serré… (c’est) un auditorium capable d’accueillir les orchestres les plus prestigieux du monde ». Pour titiller notre susceptibilité, l’architecte précise par courriel que ce bâtiment « a coûté huit fois moins que la Philharmonie de Paris », soit 50 millions de francs suisses.
Mais si l’on commence à faire les comptes, les choses sont loin d’être aussi simple que l’avance notre économe architecte. Car si l’amphithéâtre compte 900 places au lieu de 2400, le coût doit être évalué au siège, qui revient à 55 555 francs suisses – 53 223 euros au taux actuel – sur les bords du Léman contre 152 083 euros sur les bords du périph. Avantage, Suisse ? La salle de concert n’est pas huit, mais trois fois moins cher – 2,85746 fois pour être exact. Si le constat est moins sévère, l’honneur n’est pas sauf pour autant, et il faut bien s’interroger sur ces dérives financières grevant autant nos finances que notre crédibilité à l’étranger. Exhibant tous les chameaux de la caravane qu’est devenue sa salle de concert, Jean Nouvel rejette les responsabilités sur l’entreprise et s’absout de toute faute. De son côté, l’entreprise charge l’architecte, tout en refusant pudiquement de montrer son livre de comptes. Quant à l’État, il avoue avoir donné un faux prix de peur d’effrayer le contribuable. Il sera difficile de trancher ce débat avant des années, c’est pourquoi il faut regarder le Carnal Hall du Rosey comme un benchmark (un édifice étalon), déjà étudié à la loupe dans deux ouvrages en préparation que nous avons pu consulter : Sans Pognon : vers une architecture du flouz, et Le Style hors taxe, à lire une calculette à la main. En voici les révélations les plus épatantes : au Rosey, pas de zoziaux en façade, pas de main tendue aux hordes banlieusardes, pas de toiture praticable par les skateurs, pas d’exposition Bowie pour booster les fréquentations. Une architecture sobre et nue, pour temps de crise, éclôt étrangement dans un pays à l’abri des soubresauts de l’économie mondiale. (Olivier Namias)

Crédit Photo : Christian Richters

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