Mais à quel usage ce bâtiment est-il destiné ? - D'A n°241

Mais à quel usage ce bâtiment est-il destiné ?
  1. Siège du Syndicat de la meringue à Lorgies, Pas-de-Calais.
  2. Premier bâtiment plastique victime du réchauffement climatique à Isbergues, Pas-de-Calais.
  3. Le musée du repassage, vu depuis son côté froissé, Loos-en-Gohelle, Pas-de-Calais.

Réponse : l’extension du SFMOMA, musée d’Art moderne de San Francisco, Snøhetta architectes.

Il fallait s’attendre à ce que la cuisine et la nourriture, deux sujets qui provoquent un engouement et une ferveur presque égale à celle suscitée par les vidéos de chats ou les communiqués sur les émissions carbone à la veille de la COP21, deviennent un jour un thème pour l’architecture. Et il fallut attendre, en effet, avant qu’un architecte n’osât s’emparer du sujet. Timidement, les maîtres d’œuvre tournaient autour du pot-au-lait, bardant leurs projets de baguettes de bois censées évoquer le marché aux primeurs en magnifiant la cagette. Nombre de pavillons exotiques de l’Expo 2015 de Milan déclinaient cette architecture en bourriche d’huîtres éventrée des lendemains de fête, aussi vide et triste que le MIN de Rungis après trois semaines de blocage par des agriculteurs en colère. Seule la crème de la crème de la profession pouvait briser le tabou d’une architecture solide aux allures comestibles. Snøhetta s’y est risqué le premier, à l’occasion de l’extension du musée d’Art moderne de San Francisco, le SFMOMA. Bientôt inauguré, le bâtiment est en passe de devenir une référence majeure de l’histoire de l’architecture contemporaine, en tant que première construction prenant pour modèle un dessert : l’omelette norvégienne. On note l’hommage habile des architectes à leur terre natale – la dimension locale – et plus encore leur capacité à réinterpréter l’objet. Délaissant la logique du « canard », même laqué, ils n’ont pas succombé à la facilité d’agrandir à la photocopieuse les plans d’une bûche chaude et froide à la fois – ce cauchemar redouté du BET HQE. Sur une base plus ou moins parallélépipédique, les architectes ont sorti la poche à douille pour appliquer la meringue italienne – la procédure prescrite par la recette traditionnelle – sans dessiner des rosaces qui ringardisaient le palais du Trocadéro dès 1900. Ils ont préféré tracer des sillons horizontaux aléatoires et crémeux. Le résultat semble menacer ruine, figé dans un état d’effondrement imminent ; il incite à la dégustation immédiate. L’insatiable agitateur Peter Cook peut bien en rester baba : en déplaçant l’architecture vers le terrain culinaire, Snøhetta lance un défi à tous ses confrères. S’ils ne veulent pas faire tapisserie, ils devront se mettre à la pâtisserie, et l’on attend déjà qu’une télévision programme un combat de titans entre les lauréats du « Meilleur pâtissier » et de « Top Chef Archi » ou tous les grands s’affronteront pour construire les bâtiments d’une ville plus appétissante. Impossible de s’en tirer à coup de maison en pain d’épices : il faudra déchaîner son imagination et passer son tablier pour nous étonner à coup de Crumble-Gehry, de Zabaione Hadid, d’Alvaro Pizza et autres Gigots & Gruyère, nappés de ce qu’il faut de Crème Koolhaas. Les produits dérivés de ces bâliments (néologisme forgé à partir de bâtiment et aliment) s’obtiendront simplement par réduction d’échelle des originaux, dans un mouvement conduisant de la $living architecture$ à la $eating architecture.$ Comme les futurs visiteurs du musée de Snøhetta, ils rapporteront de leurs sorties culturelles un opéra-d’Utzon ou une tour-cent-pains. Du pays de sablé à la Madeleine, le public retient son souffle de peur que l’architecte ne fasse un four !

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