Régionale 2015 : LR Ile-de-France instrumentalise l’architecture pour faire campagne

Rédigé par Olivier NAMIAS
Publié le 13/11/2015

Un candidat en campagne a autant besoin du soutien de ses électeurs que de son propre parti. Pour conquérir les premiers, Valérie Pécresse (LR) flatte l’automobiliste qui sommeille en eux. L’adhésion d’une partie des seconds –les maires qui accepteront de la soutenir– passe par une charge aussi grossière que malhonnête contre l'architecture contemporaine. Toute la droite ne suit heureusement pas cette pente obscurantiste (pensons à Bordeaux...) mais on croirait être revenu 30 ans en arrière, dans ce climat où la modernité soulève contre elle des relents nauséabonds et où l'ignorance le dispute à la bêtise.


Les images avant-après sont en bas de page


Accusé de laxisme en matière de construction, et spécialement en matière de logement social, le parti LR contre-attaque. En ile-de-France, Valérie Pécresse, ex-ministre de la recherche et candidate à la présidence de la région a regroupé ses troupes mobilisées sur le front du logement sous la bannière du «club des maires reconstructeurs». Lancé fin janvier 2015, le Club compte 70 membres affiliés à Les Républicains, parmi lesquels des élus de longue date qui ne font pas mystère de leur vision conservatrice de l’architecture : Pemezec, maire du Plessis-Robinson –connu pour transformer le patrimoine de cité-jardin dans un style hybride de faux-haussmano-normand– et de nouveaux maires souvent élus en s’opposant à des projets en cours. Face à la ville moderne générant le mal-être (comprenez la ville de logements sociaux), le club propose un remède : le beau ! En opposition, surement, avec le moche de l’architecture socialo-communiste. La beauté: c’est d’abord une ville sans logements sociaux. Les maires constructeurs ont annulé la construction de plus de 4600 logements franciliens, mais affirment en reconstruire plus.


Au-delà du volet quantitatif et des chiffres, toujours aisément manipulable, le « document fondateur du club des reconstructeurs » - et sa seule trace d’activité publique à ce jour - propose un volet qualitatif. Le club réclame « des immeubles avec des balcons » alors qu'ils sont présents dans la majorité des architectures contemporaines, et plus d’espaces verts (car qui serait contre?) et enfin, l’arrêt des grands ensembles. Cette dernière promesse est facile à tenir puisqu’elle est appliquée depuis le 21 mars 1973, grâce à une circulaire d’Olivier Guichard, ministre de l’équipement UDR (futur RPR), que Valérie Pécresse n’a pas l’air de connaitre. Le meilleur du volet qualitatif ne tient pas à ces slogans, mais à un cahier décrivant par une série d’avant/après les bonnes pratiques en matière d’architecture. On ne pouvait espérer une quelconque mansuétude à l’égard de l’architecture contemporaine, on ne s’attendait pas non plus à une instrumentalisation aussi grotesque trahissant une vision rétrograde et caricaturale de la discipline. Réduite à une façade, le style Pécresse se bâti sur les signes d’un haussmannien compris comme un placage décor évoquant le Paris du XIXe siècle, sans en comprendre ni la logique urbaine, ni la complexité, ni la richesse sociale - l’immeuble de rapport, source d’une diversité honnie - la mixité sociale des HLM.


La Région, dont Pécresse brigue la présidence n’a qu’une compétence marginale en terme de logements : elle peut, éventuellement accorder des subventions, mais son action de maitre d’ouvrage s’accomplit sur les lycées et les équipements. Pas de «campagne de beauté» en vue de ce côté-là. Focalisés sur le privé, les reconstructeurs semblent rêver d’une ville sans architecte qui se dessinerait dans les cabinets municipaux où les élus ne doutant pas de leurs compétences professionnelles en matière d’architectures pourraient dicter leurs visions architecturales à des promoteurs aux ordres. Une belle promesse de démocratie et de respect du citoyen ! Tous les maires, à gauche ou à droite, ne partagent pas cette forme renouvelée du réalisme stalinien, et c’est heureux ! L’adage dit «Maire bâtisseur, maire battu», et «maire reconstructeur - maire de...quoi ?»




Faites ceci, pas cela : les bons conseils des maires reconstructeurs aux architectes.


Dans un édifiant avant-après, le club des maires reconstructeurs donne ses prescriptions en matière de conception architecturale, sans jamais citer les architectes des projets modèles, ni ceux des projets servant de repoussoir. La recherche de ces auteurs escamotés révèle quelques menues manipulations,un rapport distant à la réalité des faits, voire pas mal d’amateurisme... Une désinvolture inquiétante quand on prétend s’attaquer à un sujet aussi délicat que l’aménagement et le logement...


1- 208 logements à Vélizy-Villacoublay


Querelle de famille à Vélizy-Villacoublay. Dans cette commune de l’Est parisien, la bataille pour les municipales opposait Joël Loison, un maire divers droite déchu de son investiture par l’UMP, à Pascal Thévenot, un candidat investit de bon droit par ce parti. Assis dans le fauteuil de sa mairie année 70, le nouveau maire proche de Pécresse a mis en pratique son « programme d’arrêt de « densification » de la ville et de réorientation des projets »(1)

De grands changements radicaux alors ? Ils ne sont pas encore perceptibles sur l’avant/après figurant dans le document des maires reconstructeurs, qui présente pour cette fois deux bâtiments de facture moderne et met fronton et colonnade entre parenthèses. Et pour cause : à gauche, le projet de l’agence Hardel et Le Bihan arrivé deuxième lors d’une consultation lancée par le précédent maire. À droite… le projet lauréat pour cette même consultation, conçue par l’agence Gelin Lafon ! Entre les deux images, la seule chose qui change est le rendu ! Il correspond à droite à une phase plus avancée du projet en cours d’élaboration avec Kaufman et Broad, maitre d’ouvrage depuis le départ des consultations.


(1) Voir Le Parisien, « Pascal Thévenot (UMP) calme le jeu à Vélizy-Villacoublay », 28 avril 2014




2- Projet de la fosse Jean, Colombes


À Colombes comme à Vélizy, les maires reconstructeurs abandonnent le «style domaine des dieux», signe de peu de constance en matière de théorie architecturale. À gauche, un projet de l’agence Ameller et Dubois, à droite, un bâtiment de l’agence « International d’architecture », de l'architecte doublement colombien (diplômé de Bogota) Julian Rincon. « Internationnal » mais surtout habitué de la commande de la ville de Colombe. Il a en effet récupéré un deuxième projet annulé dans cette commune, sur l’avenue Charles de Gaulle, autre annulation brandie comme un trophée dans le bulletin municipal de la ville (1). Une revanche de Nicole Goueta, maire UMP réélue à la tête d’une mairie dont elle avait été évincée par le PS Philippe Sarre. Ce que ne permet pas de voir la perspective : la volumétrie du projet d’Ameller et Dubois, scindée par une faille permettant l’articulation avec le projet voisin de Brennac et Gonzales, projet maintenu malgré « l’objectif de la municipalité, qui a repris plusieurs projets menés par la ville pour y insuffler un maximum de qualité (1)», et le gout du maire pour le pavillonnaire. C’est Bowfund Marignan, maitre d’ouvrage de ce programme mixte comprenant 46 logements et une maison médicale, qui a appris l’abandon du projet aux architectes, qui n’ont jamais eu la moindre occasion de s’expliquer avec la ville.



(1) et (2) voir Colombes Mag’, Bulletin municipal de Colombes, mars 2015


3-26 logements au 6 Place de Gaulle, Fontenay-aux-Roses


À gauche, le projet de l’agence Vallet de Martinis pour le bailleur social OSICA, tiré d’un scan d’un document papier un peu plié. À droite… un projet non identifié, qui ne correspond ni à la parcelle, ni au site, mais comporte tous les signes adéquates : porche, toiture en pente, balcon filant étroit et peu habitable… Construire ce qui est sur l’image impliquerait la destruction d’autres immeubles, et la coupe des trois magnifiques rangées de platanes qui jettent leur ombre sur la place de Gaulle.

Initié sous une municipalité de gauche, ce projet d’un ensemble de 26 logements de Vallet -de martinis avait reçu l’approbation de l’architecte des bâtiments de France, mais avait vu son permis de construire annulé par un jugement du tribunal administratif de Cergy. Le recours, déposé par le gérant d’une clinique vétérinaire mitoyenne du projet et l’actuel adjoint à l’urbaniste, portait sur les espaces en pleine terre, supposés représenter 40% du sol de l’immeuble. Même si le commentaire des intéressés faisait apparaitre d’autres motivations : « Le projet n'était pas du tout harmonieux avec la place du centre-ville et son château. Il est même pauvre architecturalement, explique Michel Faye. De plus, il porte à près de 400 le nombre de logements sociaux concentrés dans un rayon de 200 m. Il n'y a aucune mixité. Il manque à Fontenay des appartements privés pour des familles. » « Si on veut redynamiser un centre-ville, est-ce opportun d'y installer des gens qui n'ont qu'un porte-monnaie réduit et qui ne peuvent pas y consommer ? » avance le vétérinaire.(1) Un des griefs du vétérinaire portait sur l’absence de toitures végétalisées : il faut dire que sur des combles à la Mansart ....


L’arrêt du chantier survient alors que les travaux de fondation sont déjà bien entamés. La parcelle présente aujourd’hui un trou béant et les architectes ont toujours un contrat avec le maitre d’ouvrage. Néanmoins, le projet semble bel et bien abandonné. Difficile pour un bailleur social d’aller contre la volonté d’un maire qui pourrait avoir d’autres projets sur sa commune. À suivre…


  1. Le parisien, 7 juillet 2014

http://www.leparisien.fr/espace-premium/hauts-de-seine-92/la-construction-de-26-logements-sociaux-stoppee-dans-le-centre-07-07-2014-3982257.php




4-Rue de Vanves à Clamart


Entre l’avant et l’après de ce programme de 22 logements sociaux, la volonté du maire de Clamart d’appliquer à sa ville le style «Levallois-Perret», décidément une référence en matière d’architecture et d’urbanisme grand style. Simple et Loosien, le projet originel a été conçu par l’agence Cuadra associée à l’agence Neufville-Gayet. Cette dernière a jeté l’éponge, laissant à son partenaire le soin de dessiner cette improbable mouture d’Haussmannien périphérique.


Le 17 décembre 2015, Libération

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Cyril VALLEE   -   le 23/11/2015

Concernant les candidats, voici ici l'initiative des Syndicats IDF affiliés à l'UNSFA avec la suite qui en est donné par nos futurs élus: http://www.idf-architectes.fr/

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