Résidence Outrebon, logements locatifs à Béthune

Rédigé par Richard SCOFFIER
Publié le 30/08/2011

Dès qu'il sort de la gare de Béthune, le voyageur est interpellé par une tour énigmatique qui émerge du paysage. Un édifice qui semble revenir sur l'une des fonctions premières de l'architecture : le marquage du territoire. Au moment où la question du symbolique semble dépassée, notamment en matière de logement, Frédéric Borel veut rappeler qu'essaimer des repères dans l'espace reste essentiel, même dans l'une des régions les plus touchées par la crise.


Ce bâtiment s'inscrit dans une série d'édifices dessinés ou réalisés par l'agence depuis une dizaine d'années, comme le projet de logements pour la ZAC de la porte d'Asnières ou l'école d'architecture de Paris-Val de Seine. Ces constructions sont composées d'une plate-forme montée sur pilotis, sur laquelle viennent se disputer des volumes élancés, de dimensions, de textures et de couleurs différentes. Les blocs supérieurs ne donnent aucune indication sur leur échelle ou sur leur destination et s'affirment comme de pures apparitions plastiques pour mieux flotter au-dessus de la ville. Ainsi les fenêtres prennent-elles facilement la forme de bandeaux vitrés, verticaux ou horizontaux, qui s'immiscent entre les volumes et renforcent leur autonomie.
La plate-forme de l'école d'architecture répondait au caractère inondable du quai Panhard-Levassor en hissant le bâtiment au niveau des boulevards des Maréchaux. Ici, elle permet de faire glisser sous les blocs en lévitation des constructions de gabarit similaire aux petites maisons d'un ou deux étages qui bordent la rue Alphonse- Outrebon afin d'arrimer efficacement le bâtiment à son site.


CORRESPONDANCES

Tout est conçu en termes de sculpture : totem dressé dans le paysage, intérieurs en forme de coquillage cadrant des terrils qui peuvent se revendiquer comme d'improbables pyramides antiques. Tout le savoir sur les relations physiques entre forme et espace, accumulé par le classicisme comme par le modernisme, semble ressurgir dans ces logements très dessinés. Les maisons aux toitures expressionnistes, qui renforcent l'ancrage de la tour de dix étages dans son site, voient par exemple leurs parois s'infléchir afin de renforcer leur fonction protectrice. Tandis que, dans certains appartements du haut, les poteaux viennent abusivement se positionner dans des emplacements stratégiques. Les logements vides se présentent ainsi comme des lieux habités par l'histoire de l'architecture : le moment où le toit se redresse pour donner nais-sance au mur ; celui où le point porteur se transforme en colonne. Ce qui n'est pas sans poser de problèmes aux occupants qui peinent à caser leurs meubles dans ces espaces contraints.
Ailleurs, les bandeaux vitrés semblent prendre au dépourvu une population habituée à se mettre à la fenêtre. On pense à la scène d'anthologie de Mon oncle, le film de Jacques Tati, dans laquelle les nouveaux propriétaires d'une maison moderne cherchent fébrilement à s'encadrer dans deux grands hublots qui exigent un autre protocole pour se mettre en scène. Mais l'acquisition de nouveaux rituels d'habitation est sans doute le prix à payer pour habiter un palais et jouir de la reconnaissance qu'il ne manque pas d'accorder en retour.
Cette posture propose clairement une alternative à la manière devenue conventionnelle d'aborder le logement social en termes de vides les plus neutres possible pour mieux s'offrir à tout type de détournement ou d'appropriation. Ici, tout est marqué, orienté, comme s'il s'agissait de construire des dispositifs ortho-pédiques capables de rééduquer une population désorientée.
Ce bâtiment s'inscrit dans une mouvance qui persiste depuis le début du XXe siècle dans les marges de l'architecture moderne. 
La tour d'Outrebon entretient des relations évidentes avec la tour des Mariages (1908) de Joseph Maria Olbrich dans le Mathildenhöhe de Darmstadt ou la Price Tower de Frank Lloyd Wright à Bartlesville (1956). Des formes libres et autonomes très précisément mises en œuvre, qui génèrent une impression diffuse de luxe et de volupté.
À l'opposé du minimalisme et du néo-rationalisme ambiants, cette architecture vitaliste semble trouver sa raison d'être dans le supplémentaire, le pléthorique, l'excessif : les formes s'engendrent les unes des autres dans un crescendo exacerbé. 
Le promeneur est toujours surpris lorsque des fragments de la construction esquissent subrepticement des figures anthro-pomorphiques. Quand percements et autres éléments de modénature se redressent et s'affirment comme autant de visages qui regardent et interrogent celui qui simplement voulait voir.



Maîtres d'ouvrages :  Pas-de-Calais Habitat

Maîtres d'oeuvres : Frédéric Borel, assisté de Kenta Yokoo, chef de Projet, et Frédéric Bataillard

Entreprises :  Norpac (MM. Gradel, Ollivier, Gorisse)

Surface SHON :  3 700 m2 Shab ; 5 800 m2 Shob
Cout :  7 millions d'euros HT
Date de livraison : mars 2011


Résidence Outrebon, logements locatifs à Béthune Résidence Outrebon, logements locatifs à Béthune Résidence Outrebon, logements locatifs à Béthune<br/> Crédit photo : BOREL Nicolas Résidence Outrebon, logements locatifs à Béthune Résidence Outrebon, logements locatifs à Béthune Résidence Outrebon, logements locatifs à Béthune Résidence Outrebon, logements locatifs à Béthune Plan R+6 Résidence Outrebon, logements locatifs à Béthune Résidence Outrebon, logements locatifs à Béthune Résidence Outrebon, logements locatifs à Béthune

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