Saucier + Perrotte et HCMA : le stade de soccer à Montréal

Rédigé par Emmanuel CAILLE
Publié le 07/05/2016

Les Québécois Gilles Saucier et André Perrotte ont fondé leur agence à Montréal en 1998 et se sont affirmés comme l’une des agences les plus reconnues du Canada, récipiendaires des prix les plus prestigieux, notamment avec la Faculty of Pharmaceutical Sciences de Vancouver livrée en 2012. En gagnant le concours de cette salle de football, ils ont enfin pu construire un projet d’envergure dans leur propre ville. Ils ont fait des stigmates laissés par l’exploitation industrielle du site la matière même de leur projet, inversant le destin mortifère de ce paysage en lui offrant les bases d’un renouvellement environnemental maîtrisé.


« Soccer » est le nom que les Américains donnent à notre football pour le différencier de leur propre football. Au Canada, c’est un sport en pleine expansion, notamment depuis l’afflux de populations immigrées. Les conditions climatiques québécoises étant peu propices à ce sport de plein air, la ville de Montréal a décidé de construire une salle couverte. Le lieu d’implantation choisi longe l’avenue Papineau, axe reliant le Saint-Laurent et la rivière des Prairies en traversant l’île de Montréal dans sa largeur. Depuis les années 1920, le site accueillait la plus grande carrière de calcaire locale, produisant le sable, le concassé et le béton avec lesquels la ville fut en partie édifiée. L’exploitation s’arrête en 1968 et, jusqu’en 1988, la carrière sert de dépotoir à ciel ouvert, aggravant d’autant la pollution de l’industrie minière. Les déchets en ont rempli la majeure partie et un des plus grands parc de la ville devrait y voir le jour, le Complexe environnemental de Saint-Michel (CESM). Face à la parcelle attribuée au stade, l’immense dépression artificielle de la carrière n’avait pas encore été comblée. Elle servait en hiver à déverser les millions de tonnes de neige déblayée dans les rues de la ville.


Origami de zinc

L’histoire brutale de ce paysage est devenue la matrice du projet de l’agence Saucier + Perrotte qui, associée à HCMA architects, remporte le concours en 2011. Entre les zones d’habitation populaires de l’autre côté de la très passante avenue Papineau et le futur parc, l’immense bâtiment risquait de créer une barrière, d’autant que les architectes ont voulu préserver le talus planté qui borde la voie, comme un signe annonçant le parc.

Modifiant le programme d’origine qui divisait l’opération en deux phases – une salle couverte à laquelle serait plus tard adjoint un terrain extérieur –, ils ont préféré d’emblée englober les deux éléments dans un même mouvement de toiture. La toiture de la salle couverte s’incline ainsi vers le sol en un pliage d’origami de zinc pour embrasser les gradins du terrain de plein air qui la prolonge. L’ensemble, long de ses deux terrains, devient suffisamment grand pour structurer l’horizon du paysage.

La difficulté technique d’une salle de football couverte tient évidemment à sa hauteur (15 mètres) et à sa grande porté (70 mètres en largeur). Les architectes ont exacerbé cette contrainte en choisissant une structure en bois lamellé-collé horizontale et en prolongeant la toiture en porte-à-faux par cantilever sur le parvis d’entrée. Elle est donc très épaisse, avec ses treize poutres de 4 mètres de hauteur formées de trois sections assemblées au sol, soit 100 tonnes à lever à la grue. Dressée sur des poteaux en acier – qui, relativement à la charpente, paraissent très fins –, la toiture semble léviter à 15 mètres du sol. Sur les deux petits côtés et vers le parc, les façades sont entièrement vitrées. Les gradins, côté avenue, ont ainsi en arrière-plan du terrain une vue plongeante sur la carrière abandonnée en attente de son aménagement paysagé.


Un paysage en rémission

Avec son élégante carapace de zinc, à laquelle la matité donne une certaine minéralité, et avec sa sous-face montrant la trame aléatoire de sa charpente, la toiture entretien un rapport d’analogie frappant avec la topographie du site. Elle semble comme arrachée du sol, comme une strate géologique dont l’excavation aurait formé le vide de la carrière. Non seulement les architectes sont intervenus le moins possible sur la topographie qui leur était donnée, mais ils en ont en quelque sorte magnifié les scarifications. Posé comme un volume supplémentaire le long de cette voie rapide, comme le sont les entrepôts ou les supermarchés, le centre sportif aurait pu être un obstacle de plus entre la ville et le parc. Mais par la relation forte que son architecture crée avec le site, il en devient davantage la porte d’entrée.

Les choix techniques et architecturaux des architectes ont engendré un relatif surcoût, qu’ils assument et qui a fait débat à Montréal. Mais ici, le geste architectural n’est pas vain : il se fonde dans l’histoire violente du lieu pour mieux en retourner les symptômes en un acte de résilience. Comment estimer alors le coût de la revitalisation sociale d’un quartier ou le plaisir ressenti à la contemplation d’un paysage enfin apaisé ?



[ Maître d’ouvrage :Ville de Montréal – Maîtres d’œuvre : Saucier + Perrotte Architectes et HCMA –Structure : NCK ; Mécanique/électrique :BPA – Paysage :WAA – Structure bois : Nordic structures inc. – Programme : terrain de soccer intérieur, gradins, bureaux administratifs, vestiaires, salle d’entraînement, salle polyvalente, cafétéria – Surface : 420 m2 – Coût : 1 million d’euros HT – Livraison : 2015 ]


Lisez la suite de cet article dans : N° 244 - Mai 2016

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