Studio Muoto : La génétique de l’espace

Rédigé par Richard SCOFFIER
Publié le 12/12/2022

Gilles Delalex & Yves Moreau, studio Muoto

Article paru dans d'A n°303

L’agence se trouve au dernier étage sans ascenseur et donne sur une cour très calme du 10e arrondissement. Gilles Delalex et Yves Moreau m’attendent au fond d’une grande galerie lumineuse où s’activent une quinzaine de collaborateurs. Les murs sont recouverts de pages d’un ouvrage en gestation qui présentent une sélection de leurs archives : des séries de photos d’édifices génériques rappelant celles d’Edward Ruscha et des esquisses de leurs projets…

 

D’a : J’ai visité récemment le groupe scolaire du numérique à Boulogne-Billancourt, qui m’a semblé être très différent des édifices que vous avez réalisés jusqu’à présent…

Studio Muoto : Oui, c’est un projet plus pictural, dans lequel le rôle de la couleur est primordial. Comme ce bâtiment monte assez haut, nous avons imaginé un bleu qui fasse disparaître sa masse dans le ciel et qui le rende plus furtif. L’idée était de créer une perspective atmosphérique comme dans la peinture de paysage. Au sud, il sert de fond aux frondaisons des arbres qui s’alignent le long de la rue Yves-Kermen pour n’apparaître qu’à l’ouest, à l’angle de la rue Heinrich, et à l’est derrière son grand parvis.

Son programme comporte des éléments hétérogènes : salles de classe, réfectoires des petits et des grands, gymnase mutualisable, appartement du gardien, cours de récréation… Aussi, pour lui accorder une certaine unité institutionnelle, nous avons neutralisé les façades afin qu’elles ne se différencient pas des murs qui entourent les cours de récréation. Et nous avons imaginé un système de strates de hauteurs différentes, recouvertes de tôle plissée, parfois microperforée, imitant des parois de containers.

En France, les architectes sont presque toujours contraints de reconduire un type d’école très fermé autour de sa cour de récréation, à l’inverse des autres pays européens où les établissements scolaires sont plus ouverts. Comme s’il fallait marquer une rupture avec la ville et avec les milieux familiaux pour que les élèves puissent évoluer dans un espace neutre et laïque, un espace initiatique qui se rapproche paradoxalement des espaces religieux.

Notre école est ainsi complètement fermée sur l’extérieur. Mais au moment où vous en franchissez le porche, vous êtes ailleurs. Comme si un espace infini s’ouvrait à l’intérieur d’un volume très circonscrit. Nous l’avons conçu comme une micro-utopie, à l’instar des salles de cinéma ou des théâtres qui sont fermés sur l’extérieur mais qui parviennent à développer en eux-mêmes des ailleurs, des mondes infinis…

 

D’a : Quel est le lien entre tous vos projets ?

Studio Muoto : Nos projets procèdent tous d’une réflexion sur l’ossature. Nous nous sommes toujours méfiés de l’expression architecturale et pendant des années nous avons appris à faire l’économie des éléments architecturaux inessentiels : les volets, les parements, les doublages… Si bien qu’à la fin il ne nous restait plus que la structure : en phase avec nos recherches sur les infrastructures (...)

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