TECHNIQUES - Constructions bois - Structures performantes et innovantes

Rédigé par Jonas TOPHOVEN
Publié le 07/03/2017

Article paru dans le d'A n°252

Le bois n’est que la matière première d’éléments plus ou moins complexes à partir desquels la conception va s’effectuer. Même s’ils ne sont pas nouveaux, ces différents types d’éléments se révèlent parfois méconnus. Apparaissant généralement sous formes de sigles (CLT, LVL, BLC, etc.), ils sont souvent utilisés conjointement pour répondre à des questions structurelles. Accompagné d’un lexique et s’appuyant sur une sélection d’ouvrages récents ou actuellement en chantier, ce dossier constitue un guide pratique, en fonction des essences employées. Les principales nouveautés présentées ici résident dans la diversification entre feuillus et résineux, les évolutions des assemblages et l’interfaçage, notamment dans des conceptions mixtes. Un dossier réalisé dans le cadre de la 7e édition de Forum Bois Construction qui se tiendra les 5, 6 et 7 avril à Nancy et Épinal.


Le monde de la construction est étrange. On construit à un kilomètre de haut en béton et en acier, mais réussir à tutoyer la limite de l'IGH avec du bois devient non seulement le grand challenge technique et architectural du moment, mais semble enfin éveiller vraiment l’intérêt des étudiants pour le bois. Il est vrai que cette asymétrie rappelle l’engouement pour Solar Impulse ou le tour du monde en ballon. Sept concours ont été lancés conjointement fin février pour des opérations R+9 à R+16, dans sept villes moyennes de province, pour un total d’au moins 40 000 m2 de surface de plancher, livrables entre fin 2019 et 2021. S’ajoutent les neuf concours des territoires partenaires ADIVbois, déjà lancés pour certains, et dont on connaît les équipes présélectionnées*. D’ici fin mai, on saura si tous ces concours susciteront le même engouement que « Réinventer Paris ». Mais d’ores et déjà, le charpentier Frank Mathis semble avoir visé juste en proposant la grande hauteur en bois comme « objet d’innovation » permettant de propulser ce mode constructif dans la modernité du XXIe siècle.

Aujourd’hui, le R+10 en bois reste encore expérimental et virtuel. Heureusement que le marché de l’architecture bois ne se résume pas à ça. Ni d’ailleurs à la « maison d’architecte » privative ou aux maisons individuelles proposées par des charpentiers devenus CMIstes. La commande publique, notamment dans le domaine scolaire, a fait émerger en France un secteur d’activité où les architectes côtoient des ingénieurs spécialisés dans la construction bois. Cette interaction est au cœur de ce que le Forum Bois Construction présente année après année. Le fléchissement de la commande publique n’a pas tari ce terrain d’échange qui se reporte sur d’autres marchés : les bureaux, les logements sociaux, les surélévations et autres moutons à cinq pattes. Frappé tard mais durement par la crise du bâtiment, ce secteur du bois connaît une certaine forme de résilience. On assiste à des plans sociaux, des regroupements, on lit des bilans désastreux, mais l’espoir et le savoir-faire ne sont pas anéantis, comme si ce secteur se savait dans le sens de l’histoire.

Un forum aussi riche que celui qui se tient début avril à Épinal et Nancy peut sembler bien luxueux quand on estime que la part du bois dans la construction stagne à 10 %, que la consommation française de sciage baisse en moyenne de 4 % depuis dix ans, et que la part de la construction bois, en comptant les ouvrages mixtes, ne doit guère dépasser 5 % du marché français aujourd’hui. La réhabilitation d’une technique constructive dominante jusqu’au XIXe siècle puis marginalisée au XXe bute sur de nombreux obstacles mais génère également une succession de nouveaux défis stimulants. Hier, c’était encore de bâtir en bois en France de la même manière qu’ailleurs, et avec les matériaux d’ailleurs. Aujourd’hui, c’est de monter plus haut. Demain, ce sera de disposer d’une filière courte de valorisation, notamment d’essences feuillues, au profit d’une architecture bois plus diversifiée, plus subtile et, qui sait, plus authentique.

 

* 24 sites pour des immeubles à vivre en bois. Plus d’infos sur .

 

Lexique des produits dérivés du bois

Aboutage Permet de disposer de longues barres calibrées limitant les chutes lors de l’usinage, notamment par les machines de taille.

BLC Le bois lamellé-collé* est utilisé pour des charpentes longue portée, des solives, poteaux ou linteaux. Les épaisseurs standard des lamelles diffèrent dans les pratiques courantes en Allemagne et en France, mais certains producteurs comme Piveteau ont décidé de s’aligner sur les gammes allemandes qui dominent le marché français de la barre droite standard.

BMA Bois massif abouté. C’est la version française du KVH®* allemand, le terme identifiant des barres en bois massif abouté.

BMR Bois massif reconstitué. À la différence des barres en BMA*, les barres en BMR sont composées de barres reconstituées à partir de lamelles de bois collées, puis aboutées.

Caisson Utilisé en règle générale pour les dalles de plancher, les caissons à base d’éléments en BLC*, CLT* ou LVL* comportent un plénum qui peut servir au passage de réseaux et aussi à accueillir des granulats de lestage optimisant la performance acoustique du plancher.

CLT Cross-laminated timber. Terme générique pour désigner les panneaux lamellés-croisés. En France, on a l’habitude de dire KLH®, d’après le fabricant autrichien qui occupe une place de leader sur le marché hexagonal, ou panneaux massifs.

Élément Un élément en ossature bois se compose au minimum d’un cadre contreventé, mais il arrive que la préfabrication en atelier soit poussée jusqu’à la paroi finie.

KVH® Il s’agit de barres en bois massif abouté répondant à des exigences particulières contrôlées par audit interne et externe. Le dispositif couvre également les poutres Duo* (Duobalken®) et Trio* (Triobalken®).

Lamellé-collé Le bois séché et trié selon des performances mécaniques mesurées, débité en lamelles de même épaisseur, encollées et superposées, effectue sa prise sous presse avant d’être à nouveau raboté.

Lamibois Terme générique qui a longtemps désigné la plupart du temps le Kerto de Metsä Wood, même si l’offre tend à se diversifier, y compris en direction des essences feuillues.

LVL Laminated Veneer Lumber, ou lamibois*, ou Kerto. La grume est déroulée et les plis sont superposés croisés ou non pour former des panneaux rigides ou des barres et poteaux à hautes performances techniques.

Massif Par distinction avec les éléments à base de lamelles ou de plis collés.

Module Par distinction avec l’approche courante en deux dimensions, les modules sont des éléments tridimensionnels dès la phase de l’atelier.

Poutre Duo Ces poutres BMR* sont constituées de deux lamelles contrecollées et aboutée, en prenant soin d’opposer les cernes qui dessinent un X.

Poutre Trio Pour des sollicitations plus importantes, les poutres Trio sont des BMR* qui intercalent une lame supplémentaire entre les deux lamelles à cernes opposés de la poutre Duo.

 

 

L’hégémonie de l’ossature bois

 

À Tout seigneur, tout honneur. Très détaillées, toutes les dernières études de marché de l’Observatoire national de la construction bois confirment le rôle hégémonique que joue l’ossature bois dans la construction bois d’aujourd’hui. En France, où la révision du DTU 31.2 dédié à ce mode constructif passe enfin à l’enquête publique, cette technique revient à fabriquer un cadre en bois massif ou le plus souvent abouté, contreventé par un panneau. L’espace intérieur du cadre est comblé avec un isolant, ce qui fait qu’à épaisseur de paroi égale, l’ossature bois est le champion thermique de la construction. À noter qu’en Allemagne, l’effet conjugué du renforcement des exigences thermiques et de l’industrialisation de la transformation du bois a fait que les montants d’ossature sont systématiquement proposés en lamellé-collé, ce qui n’est pas le cas en France. Les cadres peuvent tantôt constituer à eux seuls la structure d’un bâtiment, tantôt se charger d’une partie des descentes de charge, en relais de poteaux qui eux sont généralement en bois lamellé-collé.

 

 

« Bois Debout », un bâtiment-manifeste à Montreuil

L’architecte Stéphane Cochet (A003 Architectes) est un fervent défenseur de l’ossature bois qui permet d’atteindre notamment un haut degré de préfabrication des façades. Les murs de cet immeuble R+5 de 17 logements sociaux passifs sont constitués d’ossature 200 x 45 mm incorporant donc 200 mm de laine de verre + 60 mm de laine de roche semi-rigide côté extérieur, pour une performance passive en cours de labellisation. La structure est composée d’éléments en deux dimensions souvent de grande taille, formant des parois finies préfabriquées et installées par l’entreprise Socopa. L’ossature bois est associée à des planchers à double solivage. Pour ce bâtiment emblématique, le bailleur dispose d’un premier retour d’une saison de chauffe hivernale.

Présenté pour la première fois au Forum de Nancy il y a deux ans, l’immeuble a finalement été livré en novembre dernier. Stéphane Cochet animera cette année l’atelier C1 consacré à la performance énergétique et environnementale.

 

A003 Architectes

Socopa

 

 

 

Le bois lamellé-collé se diversifie

La technique centenaire a connu un fort développement à partir des années 1960, lorsqu’il a été possible, par la mise au point de nouvelles colles, de permettre aux poutres d’atteindre des portées allant jusqu’à 100 m. Regroupés au sein de la fédération SNBL à présent intégré à l’UICB (Union des industriels construction bois), les fabricants français utilisent essentiellement des lamelles scandinaves, le plus souvent en épicéa. Le marché des grandes charpentes est contrôlé par un nombre réduit de lamellistes qui font face notamment, sur le segment des hangars et bases logistiques, aux fabricants de poutres en béton précontraint. Voilà plusieurs années que ce secteur broie du noir, mais il y a quelques lueurs d’espoir. D’une part, les lamellistes ont tendance à étendre leur activité aux panneaux CLT. Par ailleurs, l’offre se diversifie vers d’autres essences résineuses comme le pin Douglas et même les feuillus. Enfin, le challenge de la construction multiétage en bois replace le lamellé-collé au centre du jeu.

 

« Aqualagon », une pyramide complexe en toiture accessible

Le parc aquatique couvert de Villages Nature Paris, conçu par l’architecte Jacques Ferrier, est en cours d’achèvement à Villeneuve-le-Comte. Aqualagon se distingue par une structure tridimensionnelle complexe avec de nombreux encastrements et de grandes poutres treillis bois, des charges de toitures accessibles importantes et des géométries d’ouvrage tout à fait inhabituelles. Le chapiteau bois, appelé Pavillon de l’eau, comprend une structure en poutres treillis qui suit la circonférence et une structure secondaire en escalier : les « boomerangs ». Ces boomerangs sont constitués, selon le cas, de deux ou trois pièces lamellées-collées, fabriquées selon la technique du recollage en blocs (technique éprouvée notamment pour le stade Allianz Riviera de Nice de Jean-Michel Wilmotte). Les éléments usinés sont ensuite assemblés, en atelier, par tiges scellées dans le bois (9 500 tiges, 5,5 tonnes de résine) – cette technique d’assemblage permettant une connexion invisible. Les boomerangs préassemblés en ateliers sont ainsi livrés avec les ferrures à chaque extrémité, prêts à poser sur chantier.

Le chapiteau est porté en son centre par un fût (appelé Tour de l’eau) constitué d’une résille de bois et d’acier coiffée d’une coupole. Une seconde tour à l’extérieur, appelée Tour de l’air, est également constituée d’une résille dont les éléments en bois lamellé-collé sont doublement cintrés. Les éléments en lamellé-collé représentent un volume de 800 m3, associés dans cet ouvrage à 400 tonnes de charpente métallique et 5 500 m2 de panneaux CLT (KLH® de Lignatec).

À noter que les systèmes structurels en « boomerangs » imposent une excellente rigidité, de sorte que de nombreux assemblages entre éléments ont été réalisés en « goujons scellés à la résine ». Afin de définir les préconisations de mise en œuvre ainsi que les méthodes de calcul pour le système d’assemblages par tiges collées, le constructeur Arbonis, filiale de Vinci Constructions, a suivi une procédure ATEx (Appréciation Technique d’Expérimentation). Aqualagon, dont l’ouverture est prévue en juin 2017, sera présenté en clôture du Forum de Nancy.

 

© Chantiers Modernes Construction

© Jacques Ferrier Architecture/NVBCOM

 

Jacques Ferrier Architecture

Lignatec

Arbonis

 

Le BLC Douglas mis à l’épreuve

 

Suite à une politique de plantation massive menée depuis la fin de la dernière guerre, le Douglas constitue, avec les pins, le grand réservoir français de bois d’œuvre résineux. L’arbre pousse vite et les performances mécaniques du bois d’œuvre peuvent dépasser celles de l’épicéa. Dans la Creuse, le lamelliste Cosylva est de ceux qui se sont fait une spécialité du BLC en Douglas, mettant en avant à la fois les résultats d’une analyse de cycle de vie chiffrant les avantages d’une utilisation du bois en cycle court, et plus récemment d’une étude économique soulignant tout l’intérêt que revêt ce cycle local en termes de réinjection d’argent dans l’économie locale. La technologie du collage de lamelles en Douglas est considérée comme maîtrisée. Les lamellistes français comme Piveteau jouent la carte du Douglas pour se différencier de l’offre standard allemande sur le segment des barres droites (gamme Lamwood). Il n’empêche que toute la filière du Douglas souffre de l’excellence et des prix bas de l’offre internationale de BMA, BMR et BLC en épicéa.

 

Grand porte-à-faux pour le pôle d’échange de Lorient

Le projet de la gare de Lorient, dont l’inauguration est prévue en mai prochain, est exemplaire à plus d’un titre. D’une part, il montre comment le bois continue à investir le domaine des infrastructures de transport. En outre, la structure en BLC conçue par les architectes d’AREP et livrée par Mathis fait l’effet d’un giga-mobilier urbain, avec des lignes adoucies et un soin apporté à des assemblages pourtant sollicités par la géométrie du bâtiment. Les portiques sont taillés en formes organiques complexes – des formes ovoïdes en vagues devant se raccorder parfaitement en « coupe d’onglet » à la jonction des poteaux et des traverses. Le bâtiment semble comme amputé d’une file de poteaux sur une façade, de manière à dégager un large auvent sur le parvis de la gare. Ces poteaux supprimés sont repris par un porte-à-faux très important (20 m) réalisé par un portique en forme de boomerang de 12 tonnes aux dimensions inhabituelles. L’épaisseur de la poutre est de l’ordre de 60 cm et la hauteur va quant à elle à plus de 2,50 m. Le contreventement lui aussi est atypique car il fonctionne en nappe sans aucune stabilité verticale et transmet les efforts de vent de murs-rideaux de plus de 13 m à un noyau béton qui se trouve à plus de 55 m, ce qui donne une poutre au vent de plus 55 m en porte-à-faux.

Le jeudi 6 avril à 15 h 40, au Forum Construction bois à Nancy, le pôle d’échange de la gare TGV de Lorient sera présenté dans le cadre d’un atelier parallèle dédié à la construction urbaine.

 

© AREP/NVBCOM

 

AREP

Mathis

 

 

« Dome of Visions 3.0 », un hémisphère venu du Nord

Élément emblématique de la capitale culturelle de l’Europe en 2017, la version 3.0 de l’hémisphère vitré « Dome of Visions » a été installée dans le port d’Aarhus au Danemark, à l’été 2016. En fait, ce n’est pas le troisième, mais le quatrième dôme construit par l’architecte Kristoffer Tejlgaard depuis 2012. L’intérêt du projet : s’érigent côte à côte un bâtiment en CLT et une ossature vitrée en forme d’hémisphère qui est ensuite soulevée et déposée au-dessus du bâtiment en bois comme une cloche de fromage de 20 m de diamètre. Il se trouve que les membrures de la troisième (ou quatrième) version d’hémisphère sont en LVL Kerto, avec des assemblages cachés. De prototype en prototype, l’architecte danois a ainsi évolué vers une solution d’une grande élégance. La trame triangulée fait qu’on se demande si les poutres sont (à peine) cintrées ou carrément droites. On voit bien comment la structure prend appui sur un hexagone subdivisé en triangles équilatéraux, qui fait en sorte que les mêmes nœuds d’assemblage se répètent partout. Et l’on est curieux de savoir jusqu’où ce procédé constructif permettra d’aller, à la fois en augmentation et en diminution de diamètre.

Film à l’appui, Kristoffer Tejlgaard viendra raconter cette aventure au Forum de Nancy dans le cadre de l’atelier B4 Vivre Bois, vendredi 7 avril à 9 h 40.

 

© Dome of Visions

 

Dome of Visions

Metsä Wood

 

Bâtiment d’accueil de la préfecture de Police de Paris

L’architecte Fabienne Bulle a livré en 2016, sur l’île de la Cité à Paris, un bâtiment d’accueil qui en même temps héberge le poste central de sécurité et supporte les groupes électrogènes. La structure mixte est marquée par une succession à intervalles réguliers et rapprochés de 32 cadres en Kerto-S capotés en tôle acier inoxydable et dessinant comme une sorte de chambre photographique qui débouche en saillie, comme le dormant d’une immense fenêtre de 53 m2. Au-delà de la représentation symbolique, le recours au Kerto se justifie par la charge exceptionnelle des groupes électrogènes. Grâce aux performances mécaniques du Kerto (Metsä Wood), les cadres, même capotés, conservent une certaine légèreté sur le plan visuel, comme s’il ne s’agissait finalement que d’un parti-pris décoratif. Bénéficiant d’une très longue expérience en matière de construction bois, Fabienne Bulle fait partie des architectes français qui savent manier le Kerto comme un élément de construction courant, en pleine connaissance de ses qualités et de ses imperfections visuelles qui justifient le capotage dans le cas présent.

 

Fabienne Bulle architecte

www.fabiennebulle.com

Orégon, BET structure

www.be-oregon.com

SCORE SVBM, entreprise générale et charpente bois

Metsä Wood

 

 

Le lamibois en feuillu : hêtre ou ne pas être

 

Essence naturelle dominante de l’Europe de l’Ouest, le hêtre est menacé dans la partie méridionale de la France, mais prospère en Allemagne dans les plantations mixtes. Il s’agit d’un bois bien mieux adapté à la menuiserie qu’à un usage extérieur. Quand la structure est protégée de l’humidité, les performances mécaniques du hêtre, notamment sa résistance à la compression, peuvent faire des prodiges. On a vu l’architecte Shigeru Ban employer du LVL de hêtre intégré aux jonctions de la charpente caractéristique du bâtiment Tamedia de Zurich. Ralf Pollmeier, l’un des principaux scieurs de hêtre européen, a investi récemment des sommes colossales pour développer une offre de solutions à base de LVL de hêtre désigné par BauBuche. L’une des premières applications françaises du LVL de hêtre a eu lieu dans le cadre de l’extension du groupe scolaire Charlie-Chaplin de La Courneuve, que l’architecte Boris Schneider a présenté au précédent Forum de Nancy en avril 2015. Dans le cadre d’un atelier dédié à la construction en feuillus, le jeudi 6 avril à 11 h 40, le Forum de Nancy fera cette fois un tour d’horizon des réalisations architecturales utilisant la BauBuche, notamment dans sa capacité à affiner encore les structures en comparaison avec le LVL en épicéa.

 

 

La supportable légèreté du LVL de hêtre

Situé à Augsbourg en Bavière, le siège de l’entreprise Euregon AG a été livré par l’architecte Frank Lattke et le constructeur bois Gumpp & Maier en 2015, et constitue donc l’une des premières références notables en matière de LVL de hêtre. D’une surface de plancher de 1 300 m2 en R+2, ce volume simple, avec un couloir central de 2,4 m, est flanqué de deux espaces latéraux de 5,2 m. Les parois verticales sont en ossature bois. Des piliers en BauBuche de 200 x 200 mm, d’un classement GL70, remplacent des poteaux en lamellé-collé d’épicéa dont l’emprise aurait été de 240 x 240 mm. La BauBuche est également employée à l’horizontal, à la fois comme revêtement de sol (20 mm) couvrant une chape hydraulique de 50 mm, ou en panneau de plafond de 40 mm (BauBuche Q). Les dalles d’étage sont portées par des poutres principales de 200 x 400 mm et des solives de 120 x 320 mm. La performance mécanique des poutres principale équivaut à celle de poutre BLC épicéa (GL24h) de 200 x 550 mm. En clair, on gagne 15 cm d’épaisseur complète de la dalle.

 

© Eckhart Matthäus

 

Frank Lattke architecte

Gumpp & Maier

< www.gumpp-maier.de>

Pollmeier/BauBuche

 

 

 

Construction modulaire : une vraie tendance ?

 

Difficile de déterminer si la préfabrication tridimensionnelle en modules à base de bois reflète une tendance lourde ou constitue un serpent de mer. Il y a vingt ans, Houot était le leader français de la construction bois, avec des villages entiers construits selon cette approche, à son actif. Houot n’est plus et BH, la filiale du groupe Bénéteau positionnée depuis quelques années sur ce créneau, a jeté l’éponge fin 2016. Pour autant, l’approche tridimensionnelle est perçue à l’international comme un dépassement de la préfabrication en deux dimensions. Elle est servie par l’émergence ou l’utilisation raisonnée d’éléments constructifs en bois comme le CLT ou le LVL, que l’entreprise CMB utilise dans un concept constructif qui va devenir un produit phare, dans le sillage de BH et à la faveur de nouveaux investissements.

 

Sur les toits de Poissy

À quelques centaines de m de la Seine et de la villa Savoye, les trois bâtiments en R + 4 (Blanche de Castille, Foucauld et Ronsard) appartiennent à un ensemble construit en 1957 pour répondre aux besoins de l’activité des usines Simca. La simplicité et la qualité du dessin initial de l’architecte Gustave Stoskopf, Grand Prix de Rome, ont abouti à la création de 1 500 logements. En mai 2016 débutent des travaux de réhabilitation de 180 d’entre eux, en accord avec l’esprit d’origine, auxquels sont ajoutés 33 logements neufs en surélévation sur les bâtiments existants. Laurent Pillaud (Virtuel Architecture) propose des modules en charpente bois, entièrement préfabriqués en usine (CMB). La qualité des finitions est assurée en amont à tous les niveaux : peintures intérieures, sanitaires, sols, menuiseries intérieures et extérieures… Les raccords entre modules sont étudiés afin de minimiser les reprises sur chantier. Les toitures, elles aussi préfabriquées, sont assemblées sur site et posées sur chaque logement en une fois. Au Forum de Nancy, le 6 avril à 15 h, cette démarche est mise en regard avec une opération analogue de maisons sur les toits à Nanterre (Gérard Pierre, Tecnova Architecture). Mais à cette échelle, le recours à la préfabrication modulaire en surélévation est sans doute une première.

 

© Virtuel Architecture

 

Virtuel Architecture

CMB

 

Le CLT : un héritage du Vorarlberg

 

Les panneaux lamellés-croisés sont un pur produit de l’aventure économique et sociale que la région du Vorarlberg a entrepris avec le bois pour la construction, au cours des dernières décennies. Toutefois, plus récemment, les connaisseurs français de l’œuvre de Jean Prouvé ont remarqué que l’ingénieur avait déjà pensé à la chose, un peu plus précisément que Léonard n’a anticipé le vol. Compte tenu de l’origine autrichienne, les panneaux CLT ont d’abord tous été constitués de lamelles en épicéa contre-croisées. La rigidité de ces panneaux a permis de les utiliser indifféremment comme murs porteurs ou comme dalles de plancher, un peu comme s’il s’agissait de béton préfa. Les constructeurs bois équipés de machines de taille n’ont pas toujours vu d’un bon œil l’arrivée de panneaux venant concurrencer l’ossature bois, tout en étant difficiles à manier et à usiner. Cela a favorisé le développement de conceptions « tout CLT », ainsi que les premières expériences de constructions bois multiétage. Aujourd’hui, le panneau CLT étend son registre à la fois en direction d’un usage purement structurel et de produits à face apparente. La recherche d’autres essences comme le sapin pectiné, le hêtre ou le chêne est en cours. La tentation est grande d’intercaler des bois de second choix dans les strates non vues. C’est une solution de bon sens économique, mais elle ne doit pas menacer la stabilité des ouvrages.

 

« Dalston Lane », projet CLT record

L’agence britannique Waugh Thistleton Architects vient de livrer à Londres le plus grand projet actuel en CLT au monde, avec 121 logements sociaux et en accession, 3 500 m2 de bureaux et 1 500 m2 de commerces. L’ensemble de la superstructure du bâtiment, constituant également la majorité des murs extérieurs et intérieurs, a été livré par 100 camions. Le processus de préfabrication a réduit le programme et donc les coûts. L’utilisation d’une structure légère en bois CLT a aussi permis d’ajouter deux étages de plus au programme initial, tout en respectant la contrainte de poids global imposée par les tunnels du métro Crossrail directement localisés en dessous. En France, après un coup d’essai de 9 maisons individuelles livrées il y a deux ans près de Lyon, l’agence s’attaque ce mois-ci à un tout autre registre. À Aubervilliers, dans la ZAC des Impasses, l’îlot C se composera de 58 logements en accession et d’un local d’activité. L’un des deux fondateurs de l’agence WTA, Anthony Thistleton, interviendra au Forum de Nancy en « special guest » le jeudi 6 avril au soir sur le thème : « construire en bois dans la ville de demain ».

 

© Daniel Shearing

 

WTA, Waugh Thistleton Architects

Ramboll, ingénierie bois

< www.rambo

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