Un écran animé en brique

Rédigé par Sophie TRELCAT
Publié le 29/06/2016

Article paru dans d'A n°246

Le Kunstmuseum de Bâle, en Suisse, vient de s’agrandir de 2 500 m2, avec un nouvel édifice relié par une salle souterraine au bâtiment principal. L’affirmation monolithique du nouveau bâtiment dessiné par les architectes Christ & Gantenbein est atténuée par un bandeau périphérique créant un étonnant effet d’évanescence. Il s’agit en fait d’un écran diffusant des images mobiles – textes ou graphismes –, mais constitué des briques mêmes du mur. La pose, plus ou moins en débord et selon d’épaisses bandes horizontales, de ces fines briques de façade crée un jeu d’ombres et de lumières grâce à des LED placées dans les joints. Dès la phase du concours, en 2010, Emmanuel Christ et Christoph Gantenbein avaient fait appel aux compétences de l’équipe de l’agence iart. Ces Bâlois développent des projets novateurs à la frontière de la communication, de l’art et de la technologie.

Une frise classique

Inspirée des bâtiments classiques, la signalétique du musée prend ainsi la forme d’une frise lumineuse haute de 3 mètres. Encerclant le bâtiment à une hauteur de 12 mètres, elle est composée de briques spéciales : épaisses de 4 cm, elles comportent en partie inférieure une rainure concave dessinée pour refléter la lumière de manière optimale. Sur le dessus des briques sont fixées régulièrement des ampoules de type LED (6 000 K). Chaque brique devient comme le pixel d’un écran géant. Posés sur des profilés en plat reliés à un fin câblage traversant les briques, ces éléments techniques sont invisibles depuis la rue. Lorsque la lumière du jour se pose sur la façade, les rayons du soleil provoquent une ombre dans les rainures des briques et les font apparaître plus sombres. En allumant les LED, cette ombre disparaît. Dès lors, en allumant ou en éteignant certaines des ampoules, il est possible de définir un lettrage, ou n’importe quelle forme d’animation graphique.


Négatif/positif

De jour, le lettrage est formé par les briques éteintes et la frise se trouve dans un affichage dit « négatif » formé par les ombres. À la nuit tombée, le texte est formé par les LED allumées, dans un affichage cette fois positif. Des capteurs placés en toiture permettent de sonder automatiquement l’intensité lumineuse nécessaire tout au long de la journée.

L’installation affiche un étonnant palmarès : la frise s’étend sur 115 mètres de longueur. Elle comprend 40 rangs de 1 306 briques chacun, comme autant de pixels. L’espace entre chaque LED est de 22 mm, un pixel étant formé de quatre LED adjacentes. Leur durée de vie est de dix à quinze années selon l’utilisation, mais elles se changent facilement à l’aide d’un simple clip de branchement étanche. Pour l’ouverture, en avril 2016, l’installation portait de manière fixe le titre de l’exposition : « Sculpture on the Move », mais uniquement durant les heures d’accueil du public dans le musée. Le projet vient de recevoir le Media architecture Award 2016 à la biennale de Venise.


Le petit film animé est visible sur le site de l’agence iart : https ://iart.ch/en/-/lichtfries-neubau-des-kunstmuseums-basel


Fiche technique :

iart.ch

www.kunstmuseumbasel.ch

Superficie : extension de 2 555 m2 d’espace d’exposition

Bâtiment d’origine : 4 630 m2

Coût : 90 358 000 euros (50 % public – 50 % Fondation Laurenz)

Concours : 2010

Livraison : avril 2016

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