Un pavillon de jardin à Renaix - Vers.A

Rédigé par Sebastian REDECKE
Publié le 14/12/2015

En contenant un programme quasi schizophrénique dans une architecture sobre, nichée dans les Ardennes flamandes, les architectes de Vers.A ont doté l’idée préconçue du pavillon de jardin d’un « élan spirituel ».





Un pavillon de jardin ? Cette construction en bois ne devrait pas être considérée, comme le suggère son apparence, comme une petite annexe ou un refuge retiré au fond des bois. Sa surface au sol est même supérieure à celle de la villa. Celle-ci, certes modeste, date de 1938 et se dresse à ses côtés sur le terrain aménagé en parc ; elle a été construite à l’origine pour une danseuse célibataire. Afin d’appréhender la finalité réelle de cette nouvelle construction, il convient tout d’abord d’en découvrir la genèse. Le propriétaire avait imaginé de construire une seconde résidence qui offrirait un espace supplémentaire non seulement pour une partie de sa vaste collection d’art contemporain, mais aussi pour ses livres et catalogues d’art. Il était également essentiel pour lui d’avoir une cuisine superbement équipée, puisque son épouse est un cordon-bleu et que le pavillon servirait aussi pour divertir les invités. En outre, il devait lui permettre de se retirer du monde pour prendre du recul. Ces utilisations mixtes présentaient une certaine difficulté exigeant des idées architecturales et conceptuelles sortant des sentiers battus. Nous nous trouvons au bord d’une grande étendue de verdure avec un étang attenant qui s’étire devant la villa. Au ponant, le terrain s’arrête brusquement à côté du pavillon. D’ici, on peut emprunter des sentiers qui cheminent dans une hêtraie touffue avant de rejoindre une vallée profonde. À l’origine, cette topographie spécifique a exercé une influence déterminante sur la conception du pavillon. Trois étages avaient été proposés. Le premier, en partie enterré sous la surface, devait offrir une vue sur la vallée sombre. Une chambre à coucher était prévue dans la partie plus petite de l’édifice superposée sur le rez-de-chaussée. Cette première idée n’a pas été concrétisée pour des raisons concernant le droit relatif aux constructions sur ce terrain. Le pavillon n’a désormais qu’un seul niveau qui se démarque sur une dalle de plancher. Clairement orienté, il dispose d’un mur arrière en grande partie fermé vers le nord, où se trouve le chemin d’accès à la propriété et un côté sud doté d’ouvertures généreuses de la hauteur de la pièce. Un toit protège la terrasse avant. Deux ans ont été nécessaires pour coordonner les plans avec le constructeur-propriétaire. Pendant tout ce temps sans pression, peu de choses ont bougé… Cet immobilisme s’explique certainement par le fait que le propriétaire est passionné d’architecture et qu’il voulait un temps devenir architecte lui-même. Observateur averti et passionné du monde de la construction en Flandre et au-delà, il est au fait des dernières évolutions. Ce qui pose la question de savoir comment il est entré en contact avec la jeune équipe d’architectes bruxellois de Vers.A. À un jet de pierre de sa villa, il a découvert une maison qui, bien que de concep- tion classique avec son toit à pignons, présentait une série d’améliorations architecturales. Il s’est renseigné sur les architectes de Vers.A et il s’est avéré que l’un des deux partenaires, Kobe Van Praet, était un ancien employé de Robbrecht en Daem. Le propriétaire avait fait appel à ce bureau pour remodeler sa maison dans la ville voisine d’Audenarde sur une durée de huit ans afin d’accueillir sa collection d’art. En outre, quinze ans plus tôt, Robbrecht en Daem lui avait construit une petite cabane enchanteresse faite de simples blocs de bois dans la hêtraie. À cette époque, le propriétaire avait également fait la connaissance de Paul Robbrecht dans le monde de l’art. La boucle était bouclée. 



UNE VILLA D’HIVER 

Si le pavillon est également fait entièrement en bois, le parti pris est toutefois différent. Sa face extérieure est recouverte de pin traité à l’huile foncée. Les supports en bois mettent subtilement l’accent sur la structure de la façade, délimitant des mailles de 80 centimètres. L’isolation est parfaite. Selon toute vraisemblance, les occupants le préféreront à la villa pendant les froides journées d’hiver. La toiture en zinc fait discrètement saillie au-dessus de la façade en décrivant un petit rebord. Le bâtiment est accessible par une porte arrière et un petit hall d’entrée avec toilettes et douche, et par une seconde entrée à côté de la cuisine sur la face ouest. Pour entrer dans la maison surélevée, il convient de prendre appui sur de grands blocs de pierre grossièrement équarris dans une carrière des environs. L’idée architecturale et conceptuelle présidant aux différentes utilisations se manifeste à l’intérieur du bâtiment. Tous les murs et le plafond sont recouverts de panneaux multiplex clairs. Ce revêtement interne de la pièce doit être considéré comme un continuum et recèle une série de détails soigneusement élaborés qui permettent de procéder à des modifications de l’espace en toute flexibilité en fonction des exigences. La qualité de l’espace est donc sa faculté à jouer les conteneurs polyvalents. Par ailleurs, en plus de la cuisinière, diverses autres zones peuvent aussi être séparées avec des parois en accordéon. 



UN ART DE MYSTÈRE 

En quelques manipulations simples, il est possible de créer des parois unies qui confèrent à la pièce le caractère d’un espace d’exposition. Des supports pour photos ont même été prévus dans les quatre éléments muraux. Les rideaux et un store aux fenêtres sont dissimulés derrière le mur multiplex, comme un mur de projection. Même l’ouverture de la cheminée est entourée de panneaux. Le lambris se prolonge par un meuble bas avec une étagère et se termine en un coin salon. Sous l’étagère, dissimulant le radiateur, il est également ajouré de fentes ornementées qui laissent passer l’air chaud. Deux ouvertures rectangulaires sont ménagées dans le plafond légèrement incliné afin de laisser entrer à l’intérieur une lumière rendue cruciale par un environnement végétal extrêmement dense. Le pavillon puise sa force dans la grande uniformité et la polyvalence architecturales qu’il communique en mode ludique. Tout trouve une explication, pourtant l’intérieur recèle encore bien des surprises. Il arrive ainsi qu’on se demande si certains éléments en bois peuvent ou non être ouverts en appuyant et en tournant. L’espace intérieur et la façade avec la terrasse ajoutent encore leur part de mystère en raison de leur légère inclinaison. Cela permet de subdiviser l’espace en fonction des occasions et/ou des usages, afin de créer deux sections distinctes – un geste architectural simple, certes, mais ô combien décisif. Niché dans les Ardennes flamandes de Renaix, ce pavillon de jardin est habité d’un élan spirituel engendré par le concept d’espace, d’effet et d’utilité. Pour le propriétaire, les aspects déterminants aujourd’hui sont la nature, la richesse évocatrice de cet emplacement et sa perception émotionnelle conjuguée à son art. RÉALISATIONS 



MAÎTRE D’OUVRAGE : PRIVÉ

MAÎTRE D’OEUVRE : VERS.A

PROGRAMME : CONSTRUCTION D’UN PAVILLON POUR UN COLLECTIONNEUR D’ART

PAYSAGISTE : VERNEMMEN

ÉTUDE DE STABILITÉ : ENGITOP BVBA

SURFACE : 90 M2
LIVRAISON : MAI 2015

Le pavillon s’inscrit discrètement dans le paysage, à la bordure nord-ouest du terrain. La terrasse orientée sud avec ouverture pleine hauteur La façade est du bâtiment. La terrasse orientée sud avec ouverture pleine hauteur.    Situation

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