XL, concours pour l’Espace Mayenne

Rédigé par Richard SCOFFIER
Publié le 02/11/2015

Article paru dans le d'A n°240

Comment construire un grand équipement en préservant l’écosystème fragile qui a su se développer en bordure d’un grand axe routier ? Comment assembler des programmes divers afin de leur conférer une unité ? Comment éviter l’étalement et espérer une certaine furtivité ? Telles sont les questions contradictoires posées par le conseil général de la Mayenne aux candidats de ce concours pour un espace culturel et sportif, situé dans une zone neutre à égale distance des centres de Laval, Changé et Saint- Berthevin. 

Le futur Espace Mayenne viendra s’immiscer dans un site en mutation aux franges de l’urbanisation, autrefois occupé par le 42e régiment de transmission, dont seul subsiste une plateforme rectangulaire et bitumée flottant dans un écrin végétal. Le terrain délimité, au nord, par une boucle du périphérique de Laval et, au sud, par un quartier pavillonnaire est remarquable par ses qualités paysagères à peine perceptibles. Une prairie descend en pente douce de la courbe de la route et vient mourir lentement à l’est. Ensemencée de plantes calcicoles, elle est scarifiée par des chemins creux hérissés de haies épaisses tandis qu’à son point le plus bas apparaissent des étangs qui recueillent les eaux de ruissellement pour composer une agréable zone humide et ombragée. Les équipes en lice devaient concevoir deux salles de sport : une grande et une petite. La première, totalement polyvalente et d’une jauge modulable oscillant entre 1700 à 4300 places, devait permettre d’accueillir des spectacles, des concerts, des conventions et des expositions… Quant à la seconde, il fallait l’équiper d’un plateau omnisport et d’un mur d’escalade homologué pour les compétitions internationales. À ces salles et à leur logistique venait s’ajouter un espace de congrès rassemblant des salons autour d’un auditorium. Ces différentes entités totalement autonomes devraient pouvoir fonctionner simultanément ou se mutualiser autour de la grande salle pour un événement important. La petite salle se transformant en lieu d’entraînement ou d’échauffement, tandis que l’espace congrès viendrait renforcer l’espace VIP. Il fallait de plus avoir une réflexion sur le contexte paysager, notamment sur la zone humide qu’il s’agissait impérativement de préserver. Les propositions sont toutes très différentes. Herault et Arnod ont su faire découler leur construction d’une description très précise du contexte paysager. Jean Guervilly et Françoise Mauffret ont réussi à rendre leur projet le plus compact possible afin qu’il ne pénètre que sur la pointe des pieds dans ce paysage ordinaire mais entièrement sanctuarisé. Très attentif aux questions d’échelle, Jacques Ferrier ose une fragmentation bienvenue, tandis que le Groupe-6 imagine d’en faire disparaître une partie dans un socle paysager. 



RUBAN DE MÖBIUS 

HERAULT ET ARNOD (LAURÉATS) 

Fidèles à leur démarche, les deux architectes grenoblois ont attaché une grande attention à ce site fragile, à la fois sec et humide, où ils n’ont pourtant pas hésité à plonger. Ainsi le bâtiment vient-il lover sa forme embryonnaire le long du chemin bocager, réactivé et restauré, auquel il s’articule ombilicalement. Ce cheminement, réservé aux cyclistes et aux piétons, contourne respectueusement la zone humide pour rejoindre le parking qui s’étend sur l’emplacement du sol bitumé et étanche qui accueillait les locaux du 42e RT. Ils ont cherché aussi à atténuer le plus possible les nuisances sonores de la rocade urbaine qui ferme l’horizon au nord. Aussi la grande salle destinée à accueillir les manifestations sportives et les spectacles est en partie protégée des bruits extérieurs par l’auditorium et la petite salle. Ces deux blocs soudés s’implantent à sa périphérie de manière à dégager un vaste entre-deux en forme de trompe qui s’étend sous les masses des gradins les plus hauts et s’ouvre généreusement sur un parvis triangulaire. Au-dessous se déploie l’accueil spécifique des congressistes et, à l’opposé, une entrée technique pour la desserte et l’entretien des espaces sportifs et scénographiques vient directement se brancher sur la rocade. Cet ensemble hétérogène, sans forme précise, est ensuite enveloppé par un ruban métallique et brillant. Une bande de Möbius qui s’enroule autour des salles et en permet la fédération, sans jamais en promouvoir l’unification. Elle se soulève ou bascule, accompagne les émergences des salles ou en favorise au contraire la disparition pour mieux ancrer la figure dans son site. 



VOLUME MINIMUM 

JEAN GUERVILLY ET FRANÇOISE MAUFFRET ARCHITECTES 

Guervilly et Mauffret prennent très pertinemment le parti de réduire au maximum l’emprise foncière de leur intervention architecturale pour mieux sanctuariser l’ensemble du site. Leur proposition s’élance de la voie existante qui traverse le terrain d’est en ouest et se lisse comme une nef dans le paysage à proximité immédiate du rectangle construit affecté au parc automobile. La solution retenue exprime une volonté de compacité maximale : un cylindre elliptique enserré dans une courte jupe d’aluminium anodisé laissant voir ses activités. À l’intérieur de ce volume, les salles se compressent et s’enchâssent les unes dans autres, ne laissant que très peu d’interstices inutilisés, comme s’il s’agissait de rentabiliser le moindre centimètre carré. Ainsi la grande salle dissymétrique vient-elle encastrer son côté scène dans l’une des parties effilées de l’ellipse, tandis que la petite salle fait de même avec son mur d’escalade. Un passage sous les gradins des deux salles relie la terrasse et le parvis posés sur un socle formant quai, dans lequel l’ellipse vient en partie s’encastrer. Dans ce socle, les salons VIP et les vestiaires en relation directe avec les aires de jeu sont impeccablement rangés, comme des outils dans leur boîte. 



COMPOSITION PAVILLONNAIRE 

JACQUES FERRIER ARCHITECTE 

Plus sensible aux masses construites que les autres concurrents, Jacques Ferrier prend en compte la présence au sud du site d’une importante zone d’habitations individuelles. Pour éviter la confrontation gratuite de constructions sans commune mesure, il crée des échelles intermédiaires et propose une composition pavillonnaire. Placés sur un auvent à hauteur constante, trois blocs de dimensions différentes se succèdent en spirale du plus petit au plus grand pour monter en crescendo vers la rocade. Un étalonnement qui permet sans heurt le passage du local au territorial. Découpés de toitures concaves, ces blocs prennent l’apparence de structures festives, tendues et éphémères. Leurs silhouettes ambiguës se revêtent de robes d’aluminium en partie perforées au travers desquelles leur structure se met discrètement en scène. Leurs façades savent s’affirmer aussi comme de très efficaces écrans publicitaires, une réalité qu’il est toujours important de prendre en compte dès la conception. Ainsi de grandes affiches annonceront les futurs événements culturels ou sportifs aux automobilistes qui emprunteront la rocade, tandis que les noms des spectacles et des manifestations viendront s’inscrire plus discrètement au-dessus de l’entrée, à la manière des titres des films sur les auvents lumineux des cinémas américains des années 1930. À la fragmentation de la construction correspond celle de l’espace paysager qui se divise en plusieurs jardins thématiques. Se succèdent notamment : sur la prairie, un champ céréalier ; dans la zone humide, un couloir de biodiversité ; enfin, sur l’ancienne plateforme militaire, une aire de glisse réservée aux adeptes du skateboard. 



MONOLITHE FRACTURÉ 

GROUPE-6 

Plus ramassée, la proposition du Groupe-6 se présente face à la rocade urbaine comme un objet monolithique recouvert d’une carapace de plaques de métal rectangulaires disposées en quinconce et rappelant des écailles de poisson. Cet objet se brise de l’autre côté pour dessiner une cour d’entrée reliée au parking par un chemin piéton qui traverse la zone humide préservée. La cour distribue les différentes salles qui s’organisent autour d’elle et leur permet de bénéficier d’accès indépendants. La coque métallique flotte au-dessus d’un socle paysager dans lequel les parties basses des salles de sport viennent s’inscrire en permettant une vue panoramique sur le paysage restauré. La zone humide ombragée est traitée comme une masse végétale, véritable coeur vert de l’opération, qui sait s’opposer opportunément à la masse construite qui regroupe les différents équipements. 



Les membres du jury


Président du Jury : Olivier RICHEFOU, Président du Conseil général de la Mayenne

Collège « Maître d’ouvrage »

Nicole BOUILLON (Titulaire) Gérard LOCHU (Suppléant)

Camille BESNIER (Titulaire) Gérard DUJARRIER (Suppléant)

Jean-Pierre DUPUIS (Titulaire) Yannick BORDE (Suppléant)

Alain GUINOISEAU (Titulaire) Yves CORTES (Suppléant)

Jean-Christophe BOYER (Titulaire) Claude GOURVIL (Suppléant)

Collège des « personnalités extérieures »

Jean-Pierre LE SCORNET

Vice - Président du Conseil régional des Pays de la Loire

Didier PILLON

Conseiller communautaire à Laval Agglomération

Patrice DENIAU

Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de la Mayenne

Michel LIEBERT

Président du Comité Départemental Olympique et Sportif de la Mayenne

Collège des « maîtres d’oeuvre »

Alain MOTTE

Architecte désigné par le Conseil de l’Ordre des Architectes des Pays de la Loire

Philippe BONNEVILLE

Architecte, désigné par la Mission Interministérielle pour la Qualité des Constructions Publiques

Benoît DESVAUX

Architecte urbaniste directeur du Conseil d’Architecture d’Urbanisme et de l’Environnement

de la Mayenne

Hervé JEHANNIN

Economiste de la construction désigné par l’Union Nationale des Economiste de la Construction

Laurent BOISSEAU

Architecte désigné par le Syndicat des Architectes de la Mayenne

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