Enseignants-chercheurs des ENSA-P en colère


Publié le 29/06/2021

« Nous voulons une cohérence de la politique publique en matière de recherche architecturale, urbaine et paysagère »


Entre promesses non tenues et rendez-vous manqués, la réforme des Ecoles nationales supérieures d’architecture et de paysage (ENSA-P) est restée lettre morte, dénoncent 48 directeurs et directrices de recherche.

Tribune. Les vingt Ecoles nationales supérieures d’architecture et de paysage (ENSA-P) françaises sont désormais en co-tutelle du Ministère de la Culture et de celui de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. Cela était très attendu et cela est heureux. En 2018 s’est engagée une réforme visant entre autres à donner à ces établissements et à leurs personnels une véritable reconnaissance de leurs missions de recherche articulées à l’enseignement. Comme chaque réforme, elle s’accompagnait de promesses de moyens et de perspectives nouvelles. Enfin, une réforme à la hauteur des enjeux, capable de lier la production des connaissances et l’enseignement. Enfin, les ENSA-P allaient prendre le chemin d’une synergie forte de la recherche et de l’enseignement et s’engager pour la formation de professionnels armés pour affronter les défis de l’avenir, réorienter l’action sur la ville, les territoires et l’environnement et renouveler les manières d’habiter à l’âge de l’anthropocène… Gâteau sous la cerise : à l’automne 2020, dans le cadre de la loi de finances, était annoncée une enveloppe pour développer une stratégie de recherche au sein du Ministère de la Culture durant la période 2021-2025.


Mais que reste-t-il aujourd’hui de ces promesses ? D’abord, les moyens humains promis pour les ENSA-P ne sont pas là. Pire encore, en 2020, 27 postes ont été supprimés et cela continue en 2021. Là encore pourtant, des engagements avaient été pris après les alertes conjointes des présidents des conseils d’administration et des directeurs des ENSA-P début 2020 et la grève administrative des conseils pédagogiques et scientifiques des 20 ENSA-P.


Une situation d’incertitude génératrice d’impuissance


Non seulement il n’y a pas de soutien à nos unités de recherche mais la politique suivie développe dans nos établissements des situations d’arbitrages impossibles entre activités d’enseignement et de recherche. Cela a pour résultat de nourrir des confits entre ces deux activités qui devraient justement travailler ensemble.


Elles produisent une situation d’incertitude génératrice d’impuissance au sein de nos équipes et pour le futur de nos doctorantes et doctorants. Partout, en région comme à Paris, la colère monte dans les écoles et dans les laboratoires. Leurs instances élues se rejoignent pour dénoncer le caractère inapplicable de la réforme 2018 du fait de l’absence des moyens humains et financiers sur lesquels le ministère s’était engagé.


La reconnaissance du statut d’enseignant-chercheur


Un grand chemin a été parcouru grâce à l’engagement des personnels qui ont historiquement développé la recherche dans les ENSA-P sans reconnaissance de leur statut jusqu’ici… Sérieux et dévoués à leur rôle ils le sont tellement qu’en l’absence de dialogue et de visibilité politique ils ont décidé de travailler et de se constituer en acteur collectif pour engager le dialogue avec les ministères concernés et dépasser l’atomisation entretenue des discussions avec les unités de recherche. Ainsi est né le Collège des directeurs des unités de recherche des ENSA-P. Enfin, un acteur constitué avec qui les ministères pouvaient dialoguer pour développer une véritable politique et stratégie ! Mais au dialogue entre partenaires responsables, a été préféré le clientélisme, ou en référer aux directeurs des ENSA-P, dans une logique verticale qui ne correspond en rien à l’esprit de la réforme. Mais peut-être est-ce là aussi l’effet d’une réforme inachevée qui interroge sur le rôle des directeurs d’établissement, encore un autre sujet… Il y a donc un problème fondamental de reconnaissance du statut d’enseignant-chercheur qui place les ENSA-P dans une situation qui n’est ni à la hauteur des enjeux architecturaux, urbains et paysagers actuels ni au niveau de la réalité de l’enseignement supérieur et de la recherche dans ces domaines au niveau européen et international.


S’aligner sur le régime de l’université


Ainsi, actuellement, la charge horaire d’enseignement des maîtres de conférences et professeurs des ENSA est de 40 % supérieure à celle de leurs collègues à l’université (320 heures/an versus 192 heures) ! Certes, un système de « décharges d’enseignement » pour activités de recherche a été mis en place ; théoriquement, il devait permettre d’aligner les services d’enseignement dans les ENSA sur ceux en cours à l’université. Mais faute d’avoir créé les postes nécessaires pour compenser ces décharges – selon un chiffrage, établi par les propres services du ministère de la culture, à 150 postes sur cinq ans –, le principe des décharges pour recherche ne fonctionne pas : presque aucun enseignant-chercheur des ENSA-P ne dispose du même temps de recherche qu’à l’université.


Dans l’immédiat nous demandons donc de façon urgente :


  • l’augmentation des plafonds d’emploi des établissements et des recrutements d’enseignants-chercheurs et d’ingénieurs de recherche ;
  • l’augmentation des postes d’enseignant pour compenser les décharges d’enseignement pour activités de recherche ;
  • l’explicitation des critères d’attribution des contrats doctoraux et des montants des dotations aux unités de recherche

Il y va de la cohérence de la politique publique en matière de recherche architecturale, urbaine et paysagère et, plus largement, du devenir de la recherche et de la formation au sein du ministère de la culture ; des voies et des moyens pour ces activités à la hauteur des enjeux sociétaux et environnementaux qui sont devant nous. Bref, il y va de la capacité des ENSA-P à préparer les professionnels aux défis du monde d’après, et peut-être un peu aussi de notre confiance en les promesses de nos tutelles évidemment…

  • Les directrices et directeurs des unités de recherche et des UMR CNRS des Ecoles nationales supérieures d’architecture et de paysage (ENSA-P) réunis en collège (CDURE).
  • Les premiers douze signataires de la tribune : Nabil Beyhum et Marie Gaimard, codirecteurs EVCAU, ED 624/ENSA Paris-Val de Seine ; Alessia de Biase, directrice du LAA-LAVUE UMR 7218 CNRS/ENSA Paris-La Villette ; René Borruey, directeur UR INAMA/ENSA-Marseille ; Olivier Chadoin, directeur de PAVE/Ensap Bordeaux ; Livio De Luca, directeur de l’UMR CNRS/MC 3495 MAP ; Georges-Henry Laffont, directeur d’Architectures & Transformations/ENSA Saint-Etienne ; Antonella Mastrorilli et Céline Barrère codirectrices du LACTH/Ensap Lille ; Guillemette Morel Journel, codirectrice d’ACS UMR AUSser 3329 CNRS/ENSA Paris-Malaquais ; Nathalie Simonnot, directrice du LéaV, ENSA Versailles ; Daniel Siret, directeur de l’UMR 1563 AAU CNRS/ENSA Grenoble/ENSA Nantes/Centrale Nantes.

Liste complète des Signataires relevant du Collège des directeurs 

des Unités de recherche et des UMR des ENS d’Architecture et paysage, de la Tribune de le Monde


Marco Assennato et Guillemette Morel Journel, co-directeurs d’ACS UMR AUSser 3329 CNRS / ENSA Paris-Malaquais

Aline Barlet et Denis Bruneau, co-directeurs du GRECCAU / ENSAP Bordeaux,

Nabil Beyhum et Marie Gaimard, co-directeurs EVCAU, ED 624 / ENSA Paris Val de Seine,

Alessia de Biase, directrice du LAA-LAVUE UMR 7218 CNRS / ENSA Paris La Villette,

Alexandra Biehler, directrice du laboratoire PROJECT[s] / ENSA.Marseille

Denis Bocquet, directeur-adjoint, AMUP, ENSA Strasbourg,

Jérome Boissonade, Jean-Fabien Steck, Jodelle Zetlaoui-Léger, co-directeurs et codirectrice de l’UMR CNRS 7218 LAVUE,

René Borruey, directeur UR INAMA / ENSA-Marseille,

Anne Bossé, directrice du CRENAU, directrice adjointe de l’UMR 1563 AAU/ Ensa Nantes,

Vincent Bradel, directeur du LHAC/ ENSA de Nancy,

Sabrina Bresson et Yankel Fijalkow, co-directeurs du CRH-LAVUE / UMR CNRS 7218, ENSA Paris Val de Seine,

Maurizio Brocato, directeur du laboratoire GSA, ENSA Paris-Malaquais,

Olivier Chadoin, directeur de PAVE / ENSAP Bordeaux,

Béatrice Collignon, Bernard Davasse et Pascal Tozzi, co-directeurs de l’UMR 5319 Passages / ENSAP Bordeaux,

Livio De Luca, directeur de l’UMR CNRS/MC 3495 MAP,

Philippe Dufieux, directeur du LAURe / EVS UMR 5600 Ensa Lyon,

Isabelle Grudet, directrice du Let-Lavue UMR 7218 CNRS / Ensa Paris La Villette,

François Guéna, directeur du MAP-Maacc, UMR 3495 MAP CNRS / ENSA Paris La Villette,

Georges-Henry Laffont, directeur d’Architectures & Transformations / ENSA Saint-Etienne,

Paul Landauer, directeur de l’OCS UMR AUSser CNRS 3329 / ENSA Paris-Est,

Hervé Lequay, directeur du MAP-Aria, UMR 3495 MAP CNRS / ENSA de Lyon,

André Lortie, directeur IPRAUS/AUSser UMR CNRS 3329 / ENSA Paris Belleville,

Khedidja Mamou, directrice du LIFAM, ENSA Montpellier,

Caroline Maniaque, directrice ATE / ENSA Normandie,

Jean-Baptiste Marie, directeur de l’UMR Ressources, ENSA Clermont-Ferrand,

Philippe Marin, directeur du MHA / ENSA de Grenoble,

Antonella Mastrorilli et Céline Barrère co-directrices du LACTH / ENSAP Lille,

Catherine Maumi, directrice AHTTEP UMR AUSser 3329 CNRS / ENSA Paris La Villette,

Cristiana Mazzoni, directrice de l’UMR 3329 CNRS/MC AUSser,

Tommy Messaoudi, directeur adjoint du MAP-CRAI, UMR 3495 CNRS/MC / ENSA Nancy,

Élodie Nourrigat, directrice HITLab / ENSA Montpellier,

Rémi Papillault et Nathalie Tornay, codirecteurs du LRA, ENSA Toulouse,

Dominique Rouillard, directrice du LIAT, ENSA Paris -Malaquais,

Stéphane Sadoux, directeur et Thierry Joffroy, directeur adjoint, Unité de recherche AE&CC / ENSA Grenoble,

Nathalie Simonnot, directrice du LéaV, ENSA Versailles,

Daniel Siret, directeur de l’UMR 1563 AAU CNRS / ENSA Grenoble / ENSA Nantes / Centrale Nantes,

Nicolas Tixier, directeur du CRESSON, directeur adjoint de l’UMR 1563 AAU / Ensa Grenoble

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