d'architectures
Le magazine de la création architecturale
Le collectif, envers et contre tout. Les individualismes au second plan. L’axiome qui fit les grandes heures du football nantais dans les années 1980 sied aujourd’hui plutôt bien à l’état d’esprit de l’atelier Raum1. Derrière ce patronyme allemand et neutre se cache l’agence fondée à Nantes par Benjamin Boré, Thomas Durand et Julien Perraud qui, pour l’heure, peut se prévaloir d’un parcours sans faute.
On pourra s’étonner que cette rubrique revienne sur la carrière de l’AUC (Ab Urbe Condita, depuis la fondation de la ville), agence à la notoriété acquise, quand elle consacre plus habituellement ses pages à la génération montante. Le prétexte pour mieux cerner l’approche exigeante et hautement cultivée de ses fondateurs, François Decoster, Djamel Klouche et Caroline Poulin. Trois personnalités qui, sous leur côté dandy – et rock-and-roll –, développent, avec leurs redoutables outils méthodologiques, un travail théorique et pratique incisif face aux idéologies urbaines et architecturales dominantes.
Anna Chavepayre a tourné le dos à la ville. Cette architecte formée à Stockholm, puis à Bordeaux auprès de Jacques Hondelatte, passée par l’OMA puis par l’agence de Jean Nouvel, ne manquait pourtant pas d’atouts pour y briller par son esprit acéré et son répondant polyglotte. Ce ne sera pourtant pas en ville qu’elle choisira d’exercer son art. Avec David Pradel et Julien Chavepayre, rencontrés lors de son séjour à Bordeaux, elle s’installe dans le Béarn pour fonder le collectif Encore, orienté vers une pratique architecturale rurale. Projet après projet, s’élabore une pratique entière, hédoniste et respectueuse de l’existant, dont l’ambition est de participer à un réenchantement de la condition rurale. Une pratique de l’architecture apaisée, moins concurrentielle, capable de proposer de nouveaux cadres de vie. Portrait d’un collectif d’architectes qui réalise la synthèse entre la socialité créative de la ville et l’environnement libérateur de la campagne.
Sophie Delhay est maintenant clairement identifiée dans le paysage architectural français. La livraison des logements en début d’année dans l’Écocité Jardin des maraîchers à Dijon est une bonne occasion de revenir sur une démarche aussi exigeante que cohérente.