Peau neuve : rénovation de la Neue Nationalgalerie de Mies van der Rohe

Rédigé par Soline NIVET
Publié le 10/12/2017

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Article paru dans d'A n°259

Émouvante visite cet été du chantier de rénovation de la Neue Nationalgalerie de Mies van der Rohe à Berlin. Fermé depuis 2015, l’édifice – qui ne rouvrira ses portes qu’en 2020 – fait peau neuve, sous la direction de l’architecte britannique David Chipperfield.

De retour à Berlin, qu’il avait quittée en 1938 pour les États-Unis, Mies reçut en 1961 pour son 75e anniversaire un télégramme du sénateur de la ville lui offrant d’y construire un équipement public. Parmi les programmes et les sites qui lui furent proposés, il choisit celui d’une Galerie nationale d’Art moderne sur la Potsdamer Straße, à l’emplacement du quartier où se situait son agence avant guerre. Là où, une fois les décombres dégagés, ne restait plus qu’une vaste esplanade flanquée d’une église, l’Allemagne de l’Ouest avait en effet pour projet d’édifier un Kulturforum réunissant quelques autres programmes culturels majeurs, dont une philharmonie puis une bibliothèque (Hans Scharoun, 1963 et 1978).

Tout a déjà peut-être déjà été écrit sur ce temple de verre et d’acier, seule matérialisation européenne de la période « américaine » de l’architecte arrivé alors au summum de l’épure moderne : les quelques marches pour célébrer l’horizontale d’un socle, les six points d’appui et la vaste toiture sous laquelle semble filer la canopée du Tiergarten, puis la descente vers les salles d’exposition placées en entresol. Ceux qui ont connu Berlin avant 1989 se souviennent de l’atmosphère très particulière qui régnait alors ici. À proximité immédiate du Mur, la noble majesté teintée d’anachronisme de cet ultime monument moderne, construit à une époque qui ne l’était déjà plus, et comme en attente du retour d’un monde, si ce n’est meilleur, du moins ouvert.

Pendant les vingt ans qui ont suivi la réunification allemande, le quartier s’est mué en un interminable chantier, vaste champ de grues au milieu duquel le musée faisait figure d’élément stable, comme immuable. Les alentours sont maintenant achevés, et la rénovation de la Neue Nationalgalerie évoque le soin qu’il s’agirait désormais d’apporter à un ancêtre respectable, vivant mais fragile, précieux car légataire d’un passé enfoui sous plusieurs couches d’histoire.

Lors de notre visite au mois d’août, la totalité des espaces intérieurs avait été vidée. Mise à nu, déshabillée de tous ses revêtements (sols, faux plafonds) et éviscérée de ses gaines, fourreaux réseaux, la Neue Nationalgalerie évoquait une ruine antique aux proportions parfaites.

 

Réfection à l’identique

Inauguré il y a tout juste cinquante ans, le bâtiment n’avait fait jusque-là l’objet que de quelques réfections (étanchéité, changement de panneaux vitrés en façade) au coup par coup.

Considérant qu’il avait atteint la fin de son premier cycle de vie (ses équipements techniques de ventilation, chauffage et électricité doivent être renouvelés), sa réfection complète sera l’occasion d’en améliorer quelques fonctionnalités telles que la librairie, les locaux du personnel ou les espaces de stockage et de déballage des œuvres. Retenue en 2012 à l’issue d’une procédure négociée, l’équipe berlinoise de Chipperfield (qui a déjà dirigé la reconstruction du Neues Museum) est globalement tenue à une rénovation à l’identique, car le bâtiment est protégé au titre du patrimoine. Mise à part l’extension des réserves en sous-sol et l’aménagement de la cafétéria, il s’agit donc essentiellement de rendre au musée sa splendeur d’origine. Un des principaux enjeux techniques réside dans le remplacement des monumentaux panneaux de verre en façade (3,6 mètres par 5,60 mètres chacun) acheminés depuis la Chine, car il n’existe plus d’usine en Europe en mesure d’en fabriquer de si grands.

La fin de ce chantier à 110 millions d’euros est prévue en 2020, avec l’ambition, pour l’Allemagne, de faire coïncider la réouverture du musée avec son classement au patrimoine mondial de l’Unesco.

 

[ Maître d’ouvrage : BBR (Bundesamt für Bauwesen und Raumordnung), Berlin

Maîtrise d’œuvre : David Chipperfield, avec BAL Bauplanungs und Steuerungs GmbH, Berlin

Paysagisme : TOPOS Stadtplanung Landschaftsplanung und Stadtforschung, Berlin

Ingénierie structure : GSE Ingenieur-Gesellschaft mbH, Saar, Enseleit und Partner, Berlin

Surface utile : 9 236 m2

Calendrier, réouverture prévue en 2020 ]


Lisez la suite de cet article dans : N° 259 - Décembre 2017

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