Six logements en centre-bourg, Mauves-sur-Loire

Rédigé par Maryse QUINTON
Publié le 02/04/2016

Patience, dialogue et un engagement de chaque instant sont les clés de lecture de cette opération réalisée à Mauves-sur-Loire par l’agence nantaise TACT. L’histoire de ce projet démontre qu’à force de détermination, le domaine du logement dans les centres-bourgs peut encore sortir des standards et offrir de belles surprises.

Peu d’architectes s’attaquent – ou ont la possibilité de le faire – à la densification des centres-bourgs, un enjeu majeur pour combattre l’étalement urbain et dynamiser les territoires ruraux et périurbains. Parce que la commande demeure encore rare ; parce que la densité est plus difficile à accepter hors milieu urbain, tout comme les écritures contemporaines sont difficilement reçues ; parce que ces opérations chronophages et complexes à mener sont délaissées par beaucoup de professionnels. Il aura effectivement fallu beaucoup de patience, de dialogue et d’énergie à Maëlle Tessier et Matthieu Germond de l’agence TACT pour mener à bien la réalisation de ces six logements au cœur de Mauves-sur-Loire (44). Située à une quinzaine de kilomètres à l’est de Nantes, cette commune de 3 000 habitants où seul le théâtre situé à l’entrée de la ville semble avoir mis un pied dans le XXIe siècle n’était certainement pas familière de l’architecture contemporaine.

À quelques pas de l’église se trouve un EHPAD privé, géré par une association qui possède également la parcelle voisine. Jusqu’alors occupée par des logements en mauvais état, ce patrimoine bâti devenu obsolète semblait néanmoins intéressant à valoriser. Alors qu’il avait planché quelques années auparavant sur l’extension de cette maison de retraite, Matthieu Germond avait su établir une relation de confiance avec le maître d’ouvrage. Ce dernier s’est donc naturellement tourné vers l’architecte et son associée Maëlle Tessier, pour leur confier une étude de faisabilité sur le devenir de cette petite parcelle de 560 m2. Petite, mais exposée plein sud et porteuse de qualités à révéler.


Sans a priori, avec pédagogie

Maëlle Tessier a fait ses classes chez Forma6 ; Matthieu Germond chez Michel Roulleau et Tangram Architekten, aux Pays-Bas. Mauves-sur-Loire figure parmi les tout premiers projets confiés à l’agence TACT créée en 2012. Si leurs parcours respectifs les ont habitués à travailler sur des équipements publics, les deux architectes n’ont en revanche que peu d’expérience du logement. C’est donc avec une certaine fraîcheur et sans a priori qu’ils abordent cette commande.

Face à la parcelle à réinventer, un bâtiment en enduit beige médiocre et mal construit fait figure d’étalon de la modernité dans le centre-bourg. C’est dire s’il a fallu faire preuve de pédagogie auprès du conseil d’administration de l’association : 25 personnes très impliquées mais totalement étrangères à l’univers de l’architecture et du bâtiment. Pour autant, la dimension qualitative de l’opération s’impose rapidement comme un objectif partagé par tous. La maîtrise d’ouvrage s’avère ouverte et efficace dans sa capacité à prendre des décisions. Un cercle vertueux se met spontanément en place.

Le premier acte de TACT fut de refuser la démolition d’abord envisagée. Faire table rase, c’était perdre en surface constructible en raison des règlements d’urbanisme en vigueur. Certains éléments pouvaient être par ailleurs préservés. Le choix s’est donc porté sur la restructuration d’un bâti préexistant et sur l’adjonction de nouvelles constructions. L’autre décision a consisté à utiliser systématiquement le maximum des gabarits autorisé par le PLU.

Résultat, six logements s’imbriquent dans un jeu d’échelles multiples que relient des seuils réglant les degrés d’intimité du public au privé. Du simple appentis au bâtiment à R + 2 sur la rue, les interactions spatiales, les points de vue inattendus se ressentent physiquement, tout comme les profondeurs visuelles pondèrent la densité en place. L’espace extérieur, densifié et recomposé, reconstruit un rapport à l’espace public qui avait disparu. À l’échelle urbaine, le bâtiment de tête, situé à l’angle de la parcelle, est rehaussé d’un niveau. De l’aveu des architectes, ce fut la bataille la plus dure à mener auprès de l’Architecte des bâtiments de France qui a par ailleurs fait montre de bienveillance. Matériau unitaire de l’opération, la brique claire manifeste la volonté d’établir un dialogue avec ce qui est déjà là. À l’exception du bâtiment sur rue, réenduit à la chaux, elle recouvre l’ensemble des façades, le sol des parties communes et les clôtures en appareillage ajouré qui vont chercher les limites de la parcelle.


Dès que c’est possible

La stratégie des architectes permet d’offrir six logements locatifs aux typologies variées (du T2 au T4, de 50 à 83 m2) échappant aux standards usuels, qu’il s’agisse de la taille des pièces ou des hauteurs sous plafond généreuses « dès que c’était possible ». C’est finalement par ces mots simples que naît la richesse du processus de conception mis en œuvre à Mauves-sur-Loire : « Dès que c’est possible », être généreux en termes d’espace ; « dès que c’est possible », offrir un rangement supplémentaire, un bureau, une étagère, un banc en guise de rebord de fenêtre, une vue. Ne jamais laisser de possibilité inexploitée ou de recoin inexploré. Ce soin et la multitude d’attentions portées à chaque habitation font ainsi toute la différence pour un budget standard (1 685 euros/m2).

Maëlle Tessier et Matthieu Germond ont ainsi poussé autant qu’ils ont pu la qualité des prestations, argumentant auprès du maître d’ouvrage pour faire passer des menuiseries en bois, des garde-corps vitrés pour ne pas altérer les vues, l’absence de volets roulants en PVC au profit de rideaux occultants, des carrelages élégants, de beaux parquets, des meubles simples mais sur mesure pour les cuisines et les salles de bains. Une démarche qui va bien au-delà des intérieurs. Chaque logement est par exemple doté d’un espace extérieur et d’un appentis envisagé comme une pièce en plus laissée libre à l’appropriation. Par sa justesse et sa pertinence, cette opération prend des allures d’exemple à suivre, témoignant une nouvelle fois de la vivacité de la scène nantaise en matière d’architecture.



[Maître d’ouvrage : Résidence le Verger – Maître d’œuvre : TACT architectes – Programme : réhabilitation et extension de six logements – BET fluides : Albdo – BET structure : PLBI – Économiste : Naonec – Entreprises gros œuvre et démolition : Delaunay – Charpente bois/menuiserie extérieure bois/escalier bois : Bercegeay – Couverture ardoise : CZF – Couverture zinc : Claude – Parement briques/enduit à la chaux : Bath – Menuiserie intérieure : Sainte-Anne – Placoplatre et isolation : Tertrin – Carrelage/faïence : Alpha Carrelage – Sols stratifiés/peinture : Frémondière Décoration – Espaces verts : Atlantique Paysages – Plomberie/chauffage : ADECLIM – Électricité : FEE – Surface : 420 m2 – Coût travaux : 708 000 euros HT – Calendrier : début des études en 2013 ; livraison en février 2016 ]




Lisez la suite de cet article dans : N° 243 - Avril 2016

les espaces extérieurs créent des interactions spatiales multiples inattendues.<br/> Crédit photo : CHALMEAU Stéphane Le projet recompose le rapport à la rue de façon progressive.<br/> Crédit photo : CHALMEAU Stéphane les architectes ont cherché à pousser au maximum la qualité des prestations dans le budget qui leur était imparti<br/> Crédit photo : CHALMEAU Stéphane de nombreux détails qui font la différence<br/> Crédit photo : CHALMEAU Stéphane Le RDC de l'ensemble<br/> Crédit photo : dr - Coupe longitudinale<br/> Crédit photo : dr -

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