Architecte de renom, Paul Chemetov se bat aujourd'hui pour sauver de la démolition une de ses réalisations. En effet, dans le cadre d'un projet de rénovation urbaine, son immeuble de 80 logements, en forme de L, face à l'hôpital de Courcouronnes dans le quartier du Canal est promis à une destruction prochaine. Le projet qui vise à préparer l'arrivée du tram et à désenclaver le quartier doit commencer l'année prochaine par la démolition de ce fameux immeuble, construit en 1983.
Retour par Paul Chemetov sur plusieurs mois de combat et d'échanges houleux.
« J'avais construit, au début des années quatre-vingt, un immeuble de logements face à l'hôpital d'Evry.
En 2007, le GIP Centre Essonne avait même recommandé de rénover le bâtiment, ce qui fut fait.
Au printemps dernier, je reçois une lettre signée de Stéphane Beaudet, Maire de Courcouronnes.
Que me disait-il ? « Grace au projet de rénovation urbaine du Canal, validé par l'ANRU, il a été convenu la démolition de l'immeuble que vous avez conçu. Cette démolition permettra d'ouvrir la perspective visuelle et les liaisons entre le canal et le futur éco-quartier ».
« Mais il est, pour certains habitants, très difficile de devoir quitter leur logement. Nous avons donc décidé de les accompagner en mettant en place un projet intitulé « Mémoires de quartier ».
« En tant qu'architecte du bâtiment en question, je serai heureux de vous inviter à contribuer à la réussite de ce projet en participant à une conférence sur la manière dont il a été pensé et conçu »...
Je lui répondis donc.
« L'immeuble que vous voulez démolir est cité dans l'exposition qui vient de s'ouvrir au Pavillon de l'Arsenal « les années 80 » comme une réussite. Il figure, par ailleurs, sur votre site officiel comme l'un des monuments de votre ville »...
« Je pense que cette destruction est inutile et, par ailleurs, contraire à l'état actuel des finances publiques et à la pénurie des logements en Ile-de-France. Je doute qu'elle soit faite au service des habitants, pour un immeuble non encore amorti et en bon état. Ceux qui ont le moins savent le prix des choses et mettent en regard les difficultés de leur vie quotidienne et la gabegie d'argent programmée « au service des habitants ».
« Vous n'espérez pas, tout de même, que je vienne servir de caution pour accompagner leur chagrin et leur deuil ».
En réponse, le Maire m'écrivait que je n'étais pas « ni propriétaire de la ville, pas plus de l'immeuble (que j'avais conçu) et encore moins dépositaire de l'intérêt général que seul le peuple est à même de déléguer » et ajoutait « Monsieur Chemetov, le projet de rénovation urbaine du Canal n'est pas le projet délirant « Bucuresti 2000 » du dictateur déchu Nicolae Ceaucescu. Je vous invite vraiment à vous consacrer à des tâches plus utiles pour l'architecture et l'urbanisme, car dans un Etat de droit où les représentants du peuple sont démocratiquement élus, les projets municipaux ne peuvent être remis en cause sur l'autel du corporatisme ».
Je trouvais encore la force de lui répondre.
« Vous écrivez que je n'en suis pas propriétaire (du bâtiment), bien évidemment, j'en suis l'auteur. Il est le résultat d'un projet ».
« Mais au nom de quel projet faut-il détruire un bâtiment récent et non amorti pour établir une perspective visuelle ? D'autant que, dès l'origine, le plan d'urbanisme de votre ville demandait qu'une percée soit pratiquée dans le bâtiment, c'est le cas. Des guichets en quelque sorte, comme on en voit au Louvre »…
« Il est encore temps d'établir un projet qui parte de l'existant. Je suis tout prêt à l'accompagner »…
Est-ce la lutte du pot de terre contre le pot de fer ! Cela peut le devenir, à moins que tous ceux qui sont impliqués dans la transformation des villes, affirment avec force, que l'urbanisme ne peut être celui de la table rase : sans mémoire, ni circonstances atténuantes ; sauf s'il s'agissait avec l'architecte de faire disparaître la pauvreté… en la rendant invisible. »
Paul CHEMETOV

