Jardins de guerre, les cimetières britanniques sur le front ouest

Rédigé par Emmanuel CAILLE
Publié le 11/09/2014

Jardins de guerre, les cimetières britanniques sur le front ouest

Article paru dans d'A n°232

Voilà un livre qui par son sujet risque de passer inaperçu malgré le regain d’intérêt que cette année commémorative offre au premier conflit mondial. Ce serait dommage, car l’ouvrage de Frank Rambert, d’une ambition peu commune, est un des meilleurs livres parus cette année : ne se réduisant pas, loin de là, à un livre d’architecture, il mêle récit historique et géographique, biographie, essai architectural et journal personnel, trahissant une volonté littéraire que ne dément pas une érudition qui a plus à faire avec la philosophie et la littérature qu’avec l’histoire ou l’architecture. Il faut d’abord faire un sort à l’idée que le sujet – les cimetières britanniques sur le front ouest – pourrait être anecdotique ou rébarbatif. Frank Rambert convainc rapidement de sa pertinence en montrant combien les enjeux qu’il soulève sont universels. Il faut espérer que son ouvrage passionnant sortira de l’oubli une entreprise architecturale et paysagère exceptionnelle : dès avant la fin du conflit, les Britanniques décident d’enterrer et de commémorer leurs morts sur le lieu même des combats. Ce sont 967 cimetières qui seront ainsi édifiés sur l’ancienne ligne de front par l’Imperial War Grave Commission sous l’égide de Fabian Ware. Quatre des plus grands architectes anglais issus du mouvement Arts & Crafts concevront ces sites : Herbert Baker, Reginald Blomfield, Charles Holden et Edwin Lutyens, le plus célèbre, auquel la grande paysagiste Gertrude Jekyll apporta sa contribution. De ces lieux que l’on ne fréquente qu’en lisière de nos cimetières communaux, on ne retient bien souvent que la qualité du gazon. La seule comparaison avec les sinistres et emphatiques sites français suffit à mettre en valeur la richesse avec laquelle ces carrés de terre britannique se sont inscrits dans le paysage. Loin de toute représentation figurative de la guerre, de la douleur ou de la mort, leur qualité d’abstraction et de distanciation leur permet d’échapper à la morbidité de nos ossuaires. L’intensité du rapport qu’ils établissent avec les paysages auxquels ils se confrontent, le dessin et la mise en œuvre de chaque édicule, muret, pierre ou sol, les matériaux choisis en font de parfaites leçons d’architecture. Est-il besoin d’ajouter que ces lieux magnifiques, parfaitement entretenus, sont proches de nous, accessibles et libres d’accès ?



Jardins de guerre, les cimetières britanniques sur le front ouest, Frank Rambert, MétisPresses, 272 pages, 38 euros.



À lire dans d'a 232 : 2014. La sélection des livres de la rédaction

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