La carte et le territoire,
Michel Houellebecq, Louis Paillard (illustrations), Flammarion,
24 x 34 cm, 156 p., 28,90 euros.
Étrange objet que ce roman graphique, adaptation du célèbre
roman de Michel Houellebecq par un architecte dont on connaissait les talents
de dessinateur mais dans un domaine très éloigné des canons de la bande
dessinée. La carte et le territoire, notamment sa fin crépusculaire, est
sans doute un des romans les plus visionnaires sur l’avenir de nos territoires.
Louis Paillard avait été tellement touché par sa lecture qu’il envoya une
lettre à l’auteur. Une relation épistolaire s’ensuivit jusqu’au jour où, l’écrivain
ayant besoin d’un architecte, c’est naturellement à lui qu’il s’adressa. Lors
d’une réunion de chantier, Louis Paillard proposa à Houellebecq une adaptation
graphique de son roman. C’est donc d’un commun accord que le projet s’est
construit, collaboration indispensable notamment pour modifier légèrement
certains passages afin de fluidifier le récit lorsqu’une partie était coupée.
Reliure à l’horizontale, nouvelle typographie, style de dessin changeant
suivant les scènes, jusqu’à oser imaginer les tableaux de Jed, le célèbre
peintre et héros du roman, Louis Paillard s’est donné une grande liberté pour
inventer son propre monde de représentation. Le pari de retranscrire l’humour
acerbe et la mélancolie houellebecquienne est en partie tenu, et c’est déjà
beaucoup au regard de ce grand roman. EC